Lecture / Ecriture
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Vue cavalière de Wallace Stegner

Wallace Stegner
  Angle d’équilibre
  Vue cavalière
  La vie obstinée
  Le goût sucré des pommes sauvages
  La montagne en sucre
  En lieu sûr
  Lettres pour le monde sauvage

Wallace Earle Stegner est un écrivain et historien américain écologiste né en 1909 et décédé en 1993. Il a été surnommé "le Doyen des Ecrivains de l'Ouest".

Vue cavalière - Wallace Stegner

Méditation et désenchantement
Note :

    J'ai opté pour ce titre à la Bergman parce que j'ai trouvé dans ce livre d'un auteur peu lu en France et inconnu pour moi des résonances qui font penser au maître suédois. A commencer par ces quelques lignes sur l'âge:
   
    "Le sentiment d'être remisés derrière le garage, au milieu des herbes folles, avec les quatre pneus à plat et la moitié des pièces qui manquent. Et puis aussi le courrier qu'on reçoit. Telle semaine c'est Kenneth qui entre à l'hospice dans le Queens, pratiquement aussi mort que si on venait de l'enterrer. La semaine suivante c'est Roy qui casse sa pipe à Savannah. Deux jours plus tard on apprend qu'à Princeton Dick est atteint de la maladie de Parkinson. Et maintenant c'est Tom qui vient d'entrer dans le quartier des condamnés à mort. Et jusqu'à ces carnets que je suis en train de te lire, qui nous rappellent à quel point nous sommes vieux et diminués. A nos âges chaque nouvelle est une mauvaise nouvelle. Je n'aime pas faire la queue devant la guillotine. Je n'aime pas être convié à l'exécution de mes amis".

   
    "The spectator bird", très beau titre original, se présente en effet comme une réflexion amère sur le temps et la peine de vivre, de vivre cette vie finalement brève, réflexion qui me touche profondément et je crois que là encore les années ne sont pas étrangères à cela. De même que nos lectures prennent un sens différent au fil des décennies Joe se surprend à rouvrir un journal intime tenu 25 ans plus tôt lors d'un voyage au Danemark. Et, retrouvant ces lignes jetées sur ces cahiers puis oubliées, l'amertume, la tristesse, le découragement se mettent à le tenailler d'abord presque gentiment puis plus durement. Septuagénaire il a vécu avec Ruth une vie plutôt pas mal, dans un milieu intellectuel new-yorkais, nanti d'amis brillants et de dîners en ville. Mais la fêlure est là comme pour nous tous, non seulement la mort de leur fils unique mais aussi les élancements d'un cœur vieillissant à l'évocation de ces souvenirs parfois d'une certaine complaisance.
   
    Comment ne pas être bouleversé par ce roman, très secret et sensible, qui, je crois, est en parfaite cohérence avec ses autres livres? Au moment où les jeux sont faits, quel peut être le presque ultime sursaut de l'homme, quand à travers le miroir on ne lui renvoie que l'image de cette liberté captive qui laisse chacun seul? Et comme je ne peux m'empêcher de truffer mes mots de références, mais on peut en avoir bien d'autres, je citerai une fois encore les incontournables "Gens de Dublin" ou "Mort à Venise". La compagnie de Joyce et de Mann ne me semble pas trop déshonorante.
   
   Phébus a publié plusieurs livres de cet écrivain mort en 93.

critique par Eeguab




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