Lecture / Ecriture
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Tibère et Marjorie de Régis Jauffret

Régis Jauffret
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Régis Jauffret est un écrivain français né en 1955 à Marseille.

Tibère et Marjorie - Régis Jauffret

Dégouts et phobies... la vie est jolie
Note :

   Avec certains auteurs, les relations sont particulières, indéfinissables. Mon rapport avec l'œuvre de Régis Jauffret se situe dans cette catégorie. J'apprécie son écriture, sa manière de raconter des événements souvent sinistres, glauques, tout en ayant une retenue certaine par rapport aux sujets abordés. Pourtant, chaque plongée dans un roman de Jauffret est une aventure. Voyons ce qu'il en est de sa dernière production en date.
    
   Pour ce qui est du thème, Jauffret poursuit sa plongée dans le couple. Ici, ce sont Tibère et Marjorie qui occupent le centre de l'intrigue. Revenu d'un voyage à Chicago, Tibère apprend de Marjorie qu'elle souhaite mettre fin à leur couple. Non pas parce qu'elle ne l'aime plus, mais au contraire car elle l'aime trop. Et non seulement elle veut arrêter leur relation, mais également prendre possession de leur appartement boulevard Raspail, à Paris.
    
   Tibère, sidéré, refuse de laisser l'appartement, et vivra donc encore quelques jours avec Marjorie. Il apprend alors qu'un des problèmes majeurs dans leur relation est la phobie que Marjorie a des pénis. S'il avait bien vu qu'elle collectionnait les godemichés au pied du lit, il n'avait pas perçu que Marjorie rejetait de manière aussi forte les pénis. Même leur vue lui donne des sueurs froides.
    
   Le cœur de l'ouvrage est donc cette relation complexe entre les deux amants. Mais l'auteur élargit le spectre du roman en faisant intervenir un ministre des Affaires étrangères, attiré par Marjorie. De manière si irrésistible qu'il oublie ses rendez-vous, ne répond pas au président, uniquement pour se promener boulevard Raspail. Cette figure lunaire, qui oublie tout pour se concentrer sur Majorie, est assez novatrice dans la galerie des personnages de Jauffret : on ne ressent pas chez lui la violence ou le cynisme habituel.
    
   D'ailleurs l'ouvrage est beaucoup moins sombre que les précédents. Les situations sont plus cocasses que glauques, et les très nombreuses comparaisons qui ponctuent le récit sont pour beaucoup d'entre elles très bien trouvées. La contrepartie est une répétition systématique de "comme", qui saute aux yeux au bout de quelques centaines de pages.
    
   Pourtant, l'humour noir n'est pas absent. Un des personnages se suicide dans sa cuisine, et le couple Martinet, Galopin et Cruche, voit son plafond s'effondrer en pleine scène d'humiliation. Mais c'est un peu comme si cet aspect du roman et de l'écriture de Jauffret était passé au second plan, car les figures de Tibère, Marjorie ou du ministre prennent finalement le pas. En somme, "Tibère et Marjorie" constitue une bonne entrée en matière pour ceux qui ne connaîtraient pas l'œuvre de Régis Jauffret et qui auraient reculé devant la réputation parfois sulfureuse des écrits de l'auteur.

critique par Yohan




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