Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Un Territoire de Angélique Villeneuve

Angélique Villeneuve
  Grand Paradis
  Un Territoire
  Les fleurs d'hiver
  Dès 04 ans: Le festin de Citronnette
  Nuit de septembre

Angélique Villeneuve est une auteure française née en 1965.

Un Territoire - Angélique Villeneuve

« Faute de soleil, sache mûrir dans la glace »
Note :

   Décidément, il fait bon lire Angélique Villeneuve. Après "Grand Paradis", inspiré des femmes soignées à la Salpétrière par le docteur Charcot mais traitant aussi d'histoire familiale et de quête de soi, "Un Territoire" nous ouvre les portes d'une drôle de maison, où les secrets de famille ne manquent pas.
   
   C'est un sujet bien curieux que celui qu'a choisi Angélique Villeneuve : une femme vit dans une maison sous la coupe de deux jeunes gens, le Garçon et la Fille, dont on sait qu'ils étaient proches d'elle lorsqu'ils étaient encore enfants mais qui, à la suite d'un événement qui nous est d'abord inconnu, se sont soudain ligués contre elle. La femme passe ainsi ses journées à faire le ménage et la cuisine, à se plier à leur bonne volonté, recluse dans un réduit qui lui a été gracieusement alloué par le frère et la sœur, qui se sont octroyé les deux chambres à l'étage. Plus le récit avance, plus les actes de cruauté à son égard se précisent : ricanements, provocations mais aussi, curieusement, un matelas toujours humide et des disparitions d'objets. Ainsi, alors que la femme finit par trouver un moyen de se retrouver et d'avoir un jardin secret, un trésor, en se lançant dans la couture, il lui faut trouver des cachettes pour que son ouvrage ne disparaisse pas.
   
   Ce nouveau roman m'a rappelé ma première lecture par bien des aspects : les relations compliquées, le style bien évidemment, une certaine distance prise vis-à-vis des personnages dont l'intimité nous est dévoilée. Curieusement je ne saurais dire des deux romans lequel m'a le plus plu.
   
   J'avais beaucoup aimé le contexte historique fascinant de ma précédente lecture. Ici le cadre est bien moins alléchant : une maison sans charme, une petite commune sans intérêt, un personnage principal dont la vie se résume à quelques activités toujours répétées. En général j'aime tout savoir de la psychologie des personnages, or me voilà en présence d'anti-héros sans nom, quelconques voire pour deux d'entre eux, sans grand intérêt. Pourtant, une fois ma lecture commencée, j'ai eu bien du mal à me détourner de ce texte lu presque d'une traite. La souffrance morale palpable de l'(anti-)héroïne est communiquée rapidement au lecteur, qui tremble de voir son chat découvert, son matelas plus humide encore, ses outils de couture jetés à la poubelle, ses plats renversés par terre. C'est pourtant avec une certaine jubilation que l'on voit cette femme apparemment quelconque trouver des ressources, puiser de l'inspiration dans les petits détails du quotidien et ainsi s'arracher à la terne réalité de sa vie auprès du Garçon et de la Fille. Un roman porté une nouvelle fois par la très jolie plume d'Angélique Villeneuve.
   
   Le titre du billet n'est autre que la citation d'H. Michaux choisie par l'auteur pour introduire ce roman.
    ↓

critique par Lou




* * *



Indispensable !
Note :

   "Le chat est comme elle est, au ras des choses."
   
   La cuisine, le cagibi, où elle dort, tel est Le territoire de la narratrice. Un espace où l'ont cantonnée deux tyrans : le Garçon et la Fille, des enfants devenus grands qui, eux, occupent le reste de la maison . Qui sont ces personnes? Quels liens les unissent? Nous le découvrirons peu à peu, au fur et à mesure des souvenirs de la narratrice, au fur et à mesure de sa réappropriation d'une nappe, vestige d'un repas où s'est noué le drame fondateur.
   
   Ainsi se dessine une situation qui avait tout pour être sordide mais qui est transfigurée tout à la fois par l'écriture dense et sensuelle d'Angélique Villeneuve, "L'idée du couvre-lit enfle dans sa tête." et aussi par la manière dont la narratrice arrive à se frayer un chemin vers la liberté. Une liberté qu'elle s'invente au cœur même des tâches qu'elle accomplit, détachée de tout sentiment face aux remarques désobligeantes : "Lui invente un cœur haché qui n'existe pas." En effet, "Elle est un cœur blanc, peut être. Une feuille de papier vierge de toute écriture." Et l'amour qu'elle a reçu enfant, ce viatique qu'on lui a transmis, elle va l'utiliser pour conquérir, sans violence, un espace où vraiment trouver sa place.
   
   On a le cœur qui bat au fil des révélations qui scandent ce roman, au fil des émotions, des craintes que suscite le récit, on salive aussi devant la description de ces cailles dorées qui ont "mariné l'après-midi entier dans du miel, du vin, des épices et des poudres secrètes.", on s'attache à cette narratrice jamais nommée, à la description d'un quotidien banal mais réenchanté.
   
    Bref, on se régale de bout en bout et on fait durer le plus longtemps possible ces 152 pages denses et lumineuses.
   
   Et zou, sur l'étagère des indispensables!

critique par Cathulu




* * *