Lecture / Ecriture
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L'assassin de Liam O'Flaherty

Liam O'Flaherty
  L'Ame Noire
  Famine
  L'assassin

Liam O’Flaherty est un écrivain irlandais né en 1896 et décédé en 1984.

L'assassin - Liam O'Flaherty

L'ange exterminateur à Dublin
Note :

    Déjà lu il y a des lustres "Le mouchard et Insurrection". Un peu plus récemment "L'âme noire". O'Flaherty pour moi c'est l'intrusion de personnages dostoievskiens dans l'univers du roman noir, du roman noir insulaire si spécifique à l'Irlande. Il est patent que le thriller est en soi un monde d'innocents et de coupables, lesquels se fondent allègrement en une sorte de Tragedia dell'arte ou plutôt d'Irish Tragedy remplie d'Humiliés et offensés, entre Crime et châtiment et cauchemars théistes. D'ailleurs n'y-a-t-il pas du Raskolnikov chez McDara, l'assassin de ce roman sombre et d'une sécheresse lyrique ce qui n'est pas incompatible?
   
    L'excellente préface d'Hervé Jaouen montre bien les similitudes entre McDara et O'Flaherty lui-même. Il faut se souvenir qu'O'Flaherty ne jouit pas de l'unanimité en Irlande, personnage controversé qui fut obligé de s'exiler quelque temps en Amérique et en France. Il y a dans L'assassin une face totalement mystique qui peut déplaire et qui est peut-être en rapport avec les années de séminaire de l'auteur. Mais je trouve que "L'assassin" est un grand livre qui, outre le côté messianique voire christique du personnage, certes envahissant, nous offre de superbes lignes sur les fantasmes guerriers du tueur (impressionnante vision des légions d'Hasdrubal, général carthaginois auquel McDara s'identifie lors de sa balade dublinoise meurtrière). Car bien sûr un Irlandais a toujours un peu envie d'en tuer un autre pour peu qu'il ait une fois conversé avec un Anglais. Pardonnez-moi cette exagération mais j'aime tant ce pays qu'il m'arrive de le taquiner.
   
    L'hybridation va plus loin et O'Flaherty finit par nous donner le vertige comme si l'assassin et sa victime, ce politicien évidemment corrompu étaient la seule et même personne. Allégorie qu'on peut étendre à l'île toute entière, dichotomisée depuis si longtemps. Heureusement il me semble que le vent d'Irlande tende à se faire plus clément. Dans ce portrait d'un assassin, politique à la rigueur, le style d'O'Flaherty très efficace et jusqu'au-boutiste, est tendu comme l'arc de la volonté. Et l'auteur a le cran de ne pas éluder les saletés qui accompagnent les luttes politiques, qui ressemblent souvent aux guerres des gangs, quand des "généraux" de 20 ans se comportent comme des serial killers. Et les amoureux d'Erin dont je suis doivent être les plus ardents à ne pas idéaliser la violence quelle qu'elle soit. Ce pays n'en sera que plus beau avec sa littérature magnifique et inépuisable.

critique par Eeguab




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