Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le corbeau – Histoire vraie d’une rumeur de Jean-Yves Le Naour

Jean-Yves Le Naour
  Le corbeau – Histoire vraie d’une rumeur

Le corbeau – Histoire vraie d’une rumeur - Jean-Yves Le Naour

Un polar documentaire
Note :

   Jean Yves Le Naour, historien spécialiste de l’entre-deux guerres, nous livre ici une enquête minutieuse sur l’origine du « Corbeau » qui a inspiré le film de H-G Clouzot.
   
   Tout commence dans la ville de Tulle, et plus précisément dans la préfecture de la Corrèze où un dépit amoureux provoque l’avalanche de lettres anonymes ordurières voire pornographiques. L’émoi est à son comble et la tâche n’est pas facile pour le juge d’instruction d’autant que les soupçons se portent sur un couple fraîchement marié, seules personnes louées par l’anonyme, dont le mari a justement été l’objet des assiduités d’une vieille fille jalouse. Sur ce, se greffent les luttes de pouvoir et les mesquineries de bureau. Mais un premier mort, greffier rendu fou par les fausses accusations, relance la machine judiciaire. Le juge convoque un expert « graphomaître », rendant la justice sceptique, et hilare la presse populaire des années 1920.
   
    Les soupçons changent de camp et l’on s’attache au personnage de Angèle Laval, « vierge folle », vieille fille maniaco-dépressive et suicidaire. L’intérêt de l’analyse de Le Naour réside dans la description au scalpel à la fois de l’appareil judiciaire de l’époque mais aussi des préjugés et des a priori de la population, notamment en ce qui concerne le mythe de la vieille fille, entretenu longtemps dans la littérature du 19ème siècle. Bien sûr, en lecteur, on cherche d’abord l’auteur probable de ces lettres et le documentaire historique devient un roman policier. On ressent comme un malaise à lire ces extraits de lettres, on revoit comment la presse populaire et nationale s’empare d’un faits divers, comment le secret de l’instruction peut être trahi dans cette époque lointaine et si proche à la fois.
   
   Suit une conclusion sur le film de Clouzot et les conditions de sa sortie dans la France occupée. On apprend qu’on a reproché à Clouzot d’être produit par la Continentale, dirigé par un nazi, de faire, dans ce film qui se déroule « dans une petite ville de province », de la propagande anti-française. Il faut dire que le film sort lui–même dans une atmosphère de délation et de dénonciations anonymes et rompt avec les bons sentiments ambiants.
   
   Une lecture prenante à rendre parano !

critique par Mouton Noir




* * *