Lecture / Ecriture
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Phinéas Finn de Anthony Trollope

Anthony Trollope
  Miss Mackenzie
  Le cousin Henry
  Quelle époque!
  Peut-on lui pardonner?
  Phinéas Finn
  Les diamants Eustace

Anthony Trollope (1815 – 1882), est un romancier britannique de l'époque victorienne.

Phinéas Finn - Anthony Trollope

Quand Phinéas était un prénom à la mode
Note :

   En cette année Dickens (1812-1870) (Charlie, je t'aime toujours, je ne t'oublie pas!), quoi de plus naturel que de lire Anthony Trollope (1815-1882), et donc quasi forcément un pavé. Si on s'interroge sur le sort cruel s'abattant en ces occasions sur le lecteur moderne pressé, il faut savoir que ces romans paraissaient d'abord en feuilleton. Phinéas Finn, par exemple, fut publié mensuellement d'octobre 1867 à mai 1868.
   
   Un dialogue entre Lady Laura et Violet, deux amies de notre héros, le présentera merveilleusement:
   "-Je soutiens, Laura, que ton ami Mr. Finn est amoureux de toi, dit un soir Violet à Lady Laura.
   -Je ne le crois pas. Il m'aime bien, et la réciproque est vraie. Il est si honnête et si naïf, sans être gauche! En outre il est indubitablement intelligent.
   -Et d'une si rare beauté, reprit Violet.
   -Je ne crois pas que cela compte beaucoup.
   -Je crois que si, pourvu que l'homme en question ait aussi l'air d'un gentleman.
   -Il est certain que Mr. Finn a l'air d'un gentleman, convint Lady Laura.
   -Et il l'est sans doute. Je me demande s'il a un peu d'argent.
   -Pas un sou, que je sache.
   -Mais comment arrive-t-il à survivre? On voit tant d'hommes dans ce cas, qui sont pour moi de vrais mystères. Je suppose qu'il lui faudra épouser une héritière.
   -Celle qui l'épousera, en tout cas, n'héritera pas d'un mauvais mari."

   
   L'histoire, version rapide:
   Jeune irlandais ayant terminé ses études de droit, Phinéas Finn préfère ne pas devenir avocat pour l'instant, et se lance dans la politique. Parrainé par des amis, aidé par Lady Laura et son père, ce jeune homme sympathique voit s'ouvrir pour lui les portes de la Chambre des Communes. Travailleur et chanceux, il fait son chemin, mais faut-il obéir à son parti ou sa conscience? Devant aussi souvent choisir entre son cœur et son ambition.
   
   Indigeste pavé?

   Que nenni! Le dialogue précédent prouve qu'on ne s'ennuie pas du tout. Les passages plus politiques sont habilement stoppés par l'auteur qui n'a pas l'intention d'assommer son lecteur (ni sa lectrice).
   
   Cependant les dessous de la politique anglaise des années 1860 sont abordés et parfois on se croit à notre époque. Certain député ne se sent à l'aise que pour critiquer sans daigner agir, un autre préfère passer dans l'opposition plutôt que de suivre son parti qu'il n'approuve pas sur un sujet donné.
   "Dans la fabrication des vêtements destinés à la nation, le grand art consiste à en créer d'assez solides pour triompher de la recherche des trous, passe-temps favori de l'opposition."

   
   Grâce à son ironie distanciée, Trollope nous maintient (trop?) loin de l'émotion, on suit en s'amusant les aventures de ses personnages, pensant -à juste titre- que ça va bien s'arranger. Il ne maltraite pas son lecteur!
   
   Cependant, comment ne pas vibrer en découvrant Lady Laura et son histoire fort triste finalement. Je me suis vraiment attachée aux personnages féminins gravitant autour de Phinéas, ce veinard au cœur d'artichaut parfois. Lady Laura qui n'a pas su écouter son cœur, Lady Laura la mal mariée, obligée de se conformer au sort des femmes de l'époque.
   "Je considère qu'une vie de femme n'est qu'une moitié de vie puisqu'elle ne peut être député."
   "Aux femmes appartient le rôle de spectatrices, d'admiratrices pleines d'espérances."

   
   Soulignons qu'à cette époque les hommes n'avaient pas tous le droit de vote non plus... Mais tous les maris avaient des droits sur leurs épouses...
   
   Evidemment ces femmes appartiennent à la bonne société, même si elles ne sont pas toutes financièrement indépendantes, et elles ont parfois une liberté de parole étonnante.
   
   Trollope vs Dickens?

   De nombreuses ressemblances forcément entre ces deux auteurs. Il me semble cependant que Trollope a un style élégant et coulant, plus "neutre". Chez Dickens, de grandes envolées parfois, des trouvailles langagières (en VO, c'est net) et surtout la création de personnages devenus des types. Quitte à proposer des passages plus délirants où il pousse le bouchon très loin sans faire avancer l'histoire. Il faut s'y faire, c'est son génie.
   Avec Trollope, tout est "utile" mais il sait aussi créer de forts beaux personnages.

critique par Keisha




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