Lecture / Ecriture
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Murs de Claude Quétel

Claude Quétel
  Murs

Murs - Claude Quétel

Des murs entre les hommes
Note :

   Venant d'un chercheur qui a une longue pratique de l'histoire de l'enfermement, — son essai sur les lettres de cachet date de 1981 — une histoire des murs ne pouvait qu'être passionnante. Après les célèbres murs d'antan, l'auteur étudie de nombreux murs contemporains, tout en essayant de classer les murs selon leurs fonctions : frontières, proscription, ségrégation, etc.
   
   La part belle est faite d'abord à la Grande Muraille de Chine et au limes des Romains : deux systèmes qui protègent les civilisés contre les barbares — avant que les "barbares" ne prennent le pouvoir dans l'espace protégé : dynastie mongole en Chine, royaumes issus des "grandes invasions" de l'antiquité tardive. D'autres murs de protection sont évoqués, tels la ligne Maginot et le Mur de l'Atlantique, murs illusoires. La Guerre froide nous donna plus longuement le rideau de fer et le Mur de Berlin, ou Mur tout court, dont les vestiges sont muséifiés. Si d'autres "murs" politico-militaires existent encore aujourd'hui comme celui qui sépare les deux Corées, ou les deux parties de Chypre, c'est le mur anti-immigration qui est devenu plus caractéristique de notre temps : entre Inde et Bangladesh, ou le long de la frontière du Mexique, tandis que la défense de l'espace Schengen conduit l'Union européenne à financer les barrières de Ceuta et Melilla et le dispositif Frontex. Certains murs mélangent plusieurs fonctions : le Mur construit par Israël a été justifié par la lutte contre le terrorisme, il réduit aussi les mouvements pendulaires —de Palestiniens travaillant en Israël— et surtout vise à grignoter les campagnes de Cisjordanie mitées par l'implantation de nouvelles colonies. Les nouvelles technologies investissent ces nouvelles murailles, quelle que soit leur finalité : qu'il s'agisse de détecter des franchissements illicites de telle ou telle frontière géographique, ou qu'il s'agisse d'empêcher les internautes d'accéder à des informations contraires au confort des régimes autoritaires.
   
   D'autres murs n'impliquent pas l'État. En rupture avec le sens ancien de quartiers juifs maintenus à l'écart, les nouveaux ghettos que sont les "gated communities" multiplient les murs choisis, des murs composites de béton, de grillages, de caméras et d'électronique autour des nouveaux quartiers résidentiels du continent américain. L'auteur dépeint ce phénomène sur la base du film mexicain La Zona (2007) : les effets pervers de la communauté fermée sont donc bien soulignés. Mais on passe peut-être un peu vite sur les explications du succès de ces quartiers par la seule "sécurité".
   
   Il est facile de dresser un bilan affirmant le peu d'efficacité des murs : « Ils ne prétendent pas être des solutions. Ils sont des réponses.» On assiste donc au XXIe siècle à la multiplication des murs de toutes sortes à mesure qu'avance la "mondialisation" qu'ils contredisent ou retardent. À une globalisation qui serait comprise comme la disparition idéale des frontières, et le triomphe de l'uniformité, ces murs opposent la revanche du "local", et l'affirmation de l'identité contre le "melting pot".

critique par Mapero




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