Lecture / Ecriture
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La ligne d’ombre de Joseph Conrad

Joseph Conrad
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Joseph Conrad est le nom de plume de Teodor Józef Konrad Korzeniowski, écrivain anglais d'origine polonaise, né en Ukraine en 1857, et mort en Angleterre en 1924. Orphelin à 11 ans, Conrad s'enrôla comme mousse en 1874 et sera marin jusqu'en 1894. Il se consacra ensuite à l'écriture.

La ligne d’ombre - Joseph Conrad

Dans l’étouffoir d’une pétole
Note :

   "La ligne d’ombre" est une histoire de marin, entre Bangkok et Singapour. C’est aussi un roman sur le passage de l’âge d’enfant, ou de jeune homme, à celui d’adulte. Joseph Conrad le détaille dans les premières lignes du roman :
   "Seuls les jeunes gens connaissent de semblables moments. Je ne veux pas dire les tout jeunes gens. Non. Les tout jeunes gens n’ont pas, à proprement parler, de moments. C’est le privilège de la prime jeunesse que de vivre en avant de ses jours, dans cette magnifique et constante espérance qui ignore tout relais et toute réflexion.
   …/…
   Plein d’ardeur ou de joie, on marche en retrouvant les traces de ses prédécesseurs, on prend comme elles viennent la bonne et la mauvaise fortune – un coup ou un sou, comme on dit – tout ce pittoresque sort commun qui tient tant en réserve pour ceux qui le méritent ou peut-être pour ceux à qui sourit la chance. Oui. L’on marche. Et le temps marche aussi – jusqu’au jour où l’on découvre devant soi une ligne d’ombre, qui vous avertit qu’il va falloir, à son tour, laisser derrière soi la contrée de sa prime jeunesse."

   
   Le narrateur est un homme encore jeune, parvenu au grade de second du capitaine sur un bateau qui évolue dans la Mer de Chine, et qui, sur un coup de tête, sans pouvoir l’expliquer, alors que les relations sont bonnes avec l’équipage, avec son capitaine, décide de quitter le bord lorsque le navire touche Singapour. Il pense regagner par le prochain bateau l’Angleterre de ses origines quand, dans des circonstances curieuses, on lui propose le grade de capitaine sur un voilier en rade à Bangkok, dont le capitaine vient de mourir. Il s’agit de le remplacer au pied levé, promotion à la clé.
   
   Voilà donc notre narrateur prenant possession de son poste, son premier capitanat. Et qui prend peu à peu connaissance des conditions dans lesquelles son prédécesseur opérait et mourût. On rentre alors dans un récit où le fantastique n’est guère loin, comme une ligne d’ombre qui serait posée sur le fil du récit. Le voilier quitte Bangkok et rentre dans une période de pétole à ne pas décoller d’un mètre alors que presque tout l’équipage est soumis à de fortes fièvres tropicales. De très belles pages sans aucun doute directement tirées d’épisodes de la vie de Joseph Conrad qu’on verrait bien dans la peau du narrateur. Tout l’équipage, et le capitaine avec, pense y rester. Burns, le second du capitaine qui a connu le capitaine précédent agit comme s’il était persuadé que l’esprit maléfique de celui-ci les poursuit…
   
   Jusqu’au dénouement final. Un dénouement qui fait franchir au narrateur la ligne d’ombre évoquée plus haut, comme si l’événement avait été l’étape initiatique dont il avait besoin. Toujours de formidables descriptions d’atmosphères, de situations marines, de rapports humains (marins, plutôt!).
   
   Joseph Conrad est un narrateur hors pair.

critique par Tistou




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