Lecture / Ecriture
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La consolation des grands espaces de Louise Erdrich

Louise Erdrich
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Karen Louise Erdrich est une écrivaine née en 1954 aux États-Unis, se rattachant au mouvement Native American Renaissance.

La consolation des grands espaces - Louise Erdrich

Chaque brin d'herbe compte
Note :

   Pour ce billet, je vous emmène dans l'un des états les moins peuplés des U.S.A., le Wyoming, patrie des cow-boys, des paysages somptueux et du parc de Yellowstone.
   
   Ce livre est un essai rédigé sur plusieurs années par Gretel Ehrlich qui s'exila dans le Wyoming, en 1976, à la suite d'un deuil. Il ne fallait rien moins que la solitude et la beauté des grands espaces pour supporter la perte d'un être cher. C'est l'Ouest américain dans toute sa splendeur, âpre, démesuré, sauvage (encore un peu, mais oui) et grandiose. Gretel choisit l'isolement dans une ferme où elle va exercer le métier de wrangler notamment. Elle garde les immenses troupeaux de moutons, participe un peu à la vie des ranches, décrit ses rares rencontres avec les locaux, disserte sur le mythe du cow-boy, rencontre des Indiens lors d'un pow-wow... des petits moments de sa vie qui paraissent bien anodins mais qui sont tout empreints de la nature qui l'entoure. C'est elle qui imprime sa marque sur les gens : au Wyoming, chacun, hommes et bêtes, agit en fonction de la saison, du relief, du temps. On affronte le froid et la neige, la chaleur et les insectes, le manque d'eau. Vos meilleurs amis ne sont pas nécessairement vos plus proches voisins - même si une solidarité instinctive s'établit rapidement - mais bien votre chien et vos chevaux; compagnons d'errance, témoins de vos joies et de vos peines.
   
   « La nuit, au clair de lune, le pays est rayé d'argent - une crête, une rivière, un liseré de verdure qui s'étend jusque dans la montagne, puis le vaste ciel. Un matin, j'ai vu une lune toute ronde à l'ouest, juste au moment où le soleil se levait. Et tandis que je chevauchais à travers un pré, je me suis sentie suspendue entre ces deux astres, dans un équilibre précaire. Pendant un moment, il m'a semblé que les étoiles, qu'on voyait encore, tenaient ensemble toutes choses comme des cercles de tonnelier.»

   
   Dans ces immenses étendues, propices à la rêverie et à la réflexion, Gretel finit par relativiser beaucoup de choses. "un jour passe. Chaque brin d'herbe compte". J'ai aimé que, pour une fois, un tel texte soit écrit par une femme. J'étais curieuse de savoir si les femmes sont aussi réceptives que les hommes au pouvoir de la nature, et comment elles envisagent leurs relations avec la nature. Gretel Ehrlich est lucide.
   
   "Nous autres Américains, nous aimons ajouter, remplir, comme si ce que nous avons, ce que nous sommes n'était pas suffisant. Nous avons tendance à le nier, et pourtant malgré toute notre richesse, nous ne nous reconnaissons plus dans nos biens matériels. Il suffit de regarder nos maisons pour constater que nous construisons contre l'espace, de même que nous buvons contre la souffrance et la solitude. Nous remplissons l'espace comme si c'était une coquille vide, avec des choses dont l'opacité nous empêche de voir ce qui est déjà là."

   
   Une fois le livre terminé, on a l'impression que l'auteur (qui n'habite pas le Wyoming toute l'année) ne vit pleinement que lorsqu'elle est au contact de la nature, au sein d'une relative solitude. Il ne se passe pas grand-chose, surveiller les moutons, planter, semer, nourrir les bêtes, contempler les paysages, mais chaque geste, même le plus infime, le plus banal, est empreint de grâce et possède sa propre importance : marcher le long d'un ruisseau, se préparer une tasse de café, écouter les jappements du coyote, empiler du bois pour la cheminée... Gretel nous donne enfin un aperçu de la vie des cow-boys modernes, ceux qui travaillent encore pour les gros éleveurs, les héritiers des pionniers de l'Ouest qui tentent de survivre dans une société où tout tourne autour de l'argent. Il reste encore des irréductibles... Vous savez, le genre d'homme qu'incarne Robert Redford dans le film "L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux"...

critique par Folfaerie




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