Lecture / Ecriture
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Les veuves du jeudi de Claudia Pineiro

Claudia Pineiro
  Les veuves du jeudi
  Bétibou

Claudia Piñeiro est une romancière, dramaturge et auteur de scénarios pour la télévision, née près de Buenos Aires en 1960.

Les veuves du jeudi - Claudia Pineiro

Desesperate argentines house wives!
Note :

   Altos de la Cascada, banlieue chic, très chic de Buenos Aires. Les femmes y ont une vie dorée sans aucun souci financier, dans un milieu très fermé, à l’intérieur d’un parc avec gardien à l’entrée. Toutes ont des employées de maison et des chauffeurs. Tennis, golf, piscine… Tels sont les passe temps de leurs hommes… Veuves, elles ne le sont que le jeudi soir quand les maris de quatre d’entre elles, auxquels s’attache l’auteur, se retrouvent pour jouer aux cartes au bord de la piscine d’une des villas.
   
   Dès le début on sait qu’un drame est arrivé ce jeudi soir puisque trois hommes gisent au fond de la piscine, électrocutés. Ce qu’il s’est passé il nous faudra attendre la fin du roman pour le savoir. Le temps de découvrir ces destins et la vie de ces familles à commencer par celle de Virginia, qui est une parfaite agent immobilière pour la résidence, choisissant elle même les futurs acquéreurs qui bien souvent deviennent de futurs amis… Elle impose un nouveau style, personne ne connait mieux qu’elle les maisons, les habitants, leurs secrets. Elle consigne tout dans son carnet rouge, et est la légende du quartier. Elle a une fiche sur chaque maison et d’ailleurs pas une habitation de la Cascada n’est vendue par quelqu’un d’autre qu’elle. Elle fait ce travail comme un hobby au début avant que cela ne devienne un vrai boulot, quand son mari se retrouve sans emploi.
   
   Ce roman est un petit bijou qui nous entraine dans la vie de ces «desesperate house wives» pas si sympathiques que cela. Une intensité dramatique, des portraits de personnages savoureux, la crise qui pointe et va modifier ces vies trop lisses et égoïstes… Et derrière l’image les masques tombent… J’ai savouré du début à la fin ce texte, porté par une très belle écriture.
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critique par Éléonore W.




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Petit morceau de société en voie d'écroulement
Note :

   Titre original : Las Viudas de los Jueves, 2005
   
   Les environs de Buenos Aires : un lotissement nommé "le Country" banlieue verte réservées à des familles de la bourgeoisie aisée. Ce ne sont pas des "bobos" car ils ne sont porteur d’aucun potentiel culturel. Les hommes sont ingénieurs, gérants de grosse société, les femmes au foyer, à l’exception de Virginia.
   
   Ce quartier est fermé de l’extérieur, de sorte que les familles vivent en circuit clos dans une enclave bien gardée (caméras de surveillance, systèmes d’alarme, chiens, vigiles). Les attractions principales sont le tennis et le golf, surtout pratiqués par les hommes. Les femmes fréquentent l’atelier dessin peinture, la piscine, organisent des ventes de charité, s’occupent de leurs jardins…
   
   Dès le début, on sait qu’un drame a eu lieu, pendant que plusieurs hommes jouaient aux cartes et se saoulaient au bord de la piscine des Scaglia, le jeudi, un jeudi pas comme les autres… qui ne sera élucidé qu’à la fin.
   
   Deux narratrices relatent la vie dans "le Country" et les mœurs des habitants, ainsi que la lente dégradation du niveau de vie dû à la crise économique qui met les maris au chômage les uns après les autres… l’une de ces narratrice c’est Virginia. De1989 à 2001 Virginia y a vécu avec Ronie son époux et Juani leur fils. Après quelques années fastes, Ronie s’est retrouvé au chômage ; Virginia a lancé son propre cabinet d’agence immobilière. Ils ont vivoté plutôt au dessus de leurs moyens. Et ils se sont retrouvés plus ou moins marginalisés dans ce quartier : Virginia est la seule femme de ce quartier à gagner sa vie ; elle observe ses voisins et note bien des choses dans son petit carnet rouge célèbre chez ses voisins. Son fils aussi est observateur, et d’esprit trop indépendant pour le coin. L’autre narratrice anonyme, est une de ces femmes au foyer qui a vécu très exactement comme le requiert la mentalité du "Country" et y habite encore. Les deux témoignages nous instruisent avec ironie et force détails sur les mœurs de ces gens qui on l’aura deviné ne sont guère sympathiques, mais pas non plus des caricatures. Une bonne étude de mœurs, très détaillée. Une belle réussite!
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critique par Jehanne




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Ghetto de riches
Note :

    Prix Clarin
   
   Trois hommes meurent dans une piscine, un jeudi soir, après le départ du quatrième participant de leurs soirées hebdomadaires consacrées à jouer aux cartes pendant que leurs épouses se retrouvent au cinéma entre "veuves du jeudi".
   
   Les Guevara, Masotta, Scaglia et Urovitch vivaient dans l'aisance et le confort. Le lecteur s'interroge, tandis que la majeure partie du texte se consacre à suivre la vie de ces quatre couples et plusieurs de leurs amis et voisins. Le drame décrit dans les premières pages ne trouvera son explication qu'à la toute fin du livre.
   
   Ce remarquable roman aux allures d'enquête sociologique se déroule en grande banlieue de Buenos Aires, dans une de ces résidences fermées en périphérie des métropoles qu'on baptise “country” en Argentine ou “gated community” aux Etats-Unis. À Altos de la Cascada tous vivent dans des villas conçues par des architectes renommés, entourées de vastes pelouses et séparées les unes les autres par des haies arborées qui évitent toute promiscuité non désirée. Les familles aisées trouvent ici un cadre de vie exclusif où l'on copie le mode de vie des Américains aisés : les employés du country habitent un quartier ordinaire à l'extérieur de la barrière, et des gardiens contrôlent l'accès à ce “ghetto de riches”.
   
   Riches ? Au fil des pages, on s'apercevra qu'ils ne le sont plus tous ! La narratrice, Virginia Guevara, dévoile petit à petit l'envers du décor. Le ver est dans le fruit. Beaucoup des propriétaires actuels ne se sont installés qu'à la faveur des crises économiques et financières précédentes qui ont frappé l'Argentine après la fin du régime militaire. "1994 : effet Tequila", "1997, crise asiatique"... et voilà que ça recommence. Chaque crise entraîne chute des placements et faillites, des résidents perdent leur emploi et bientôt doivent vendre leur villa ; c'est Virginia qui s'en charge. Elle est la seule épouse à travailler : elle s'est installée comme agent immobilier. Aussi connaît-elle bien son monde. Son carnet rouge est plein d'annotations sur les villas et leurs habitants. Deux adolescents, Juani Guevara et Romina Andrade, connaissent eux aussi bien des secrets à force de grimper se cacher dans les arbres pour espionner incognito les voisins...
   
   Comme Virginia travaille, ses commissions font vivre le ménage puisque Ronie vient de perdre son emploi. Martin Urovitch, pourtant titulaire d'un MBA obtenu aux Etats-Unis, ne trouve pas d'emploi et songe à émigrer à Miami. Tano Scaglia à son tour est frappé par la crise : l'agence financière qu'il dirigeait ferme, ainsi en a décidé la maison mère néerlandaise. Quant à Gustavo Masotta, son problème est autre : la violence envers sa femme suscite des plaintes.
   
   Dans ce milieu clos obnubilé par les apparences, l'alcoolisme de Carmen Insua, les joints de Juani le fils Guevara, les infidélités de tel ou telle, le qu'en-dira-t-on, les rumeurs, les ragots prennent vite beaucoup d'ampleur. Pourtant, devant la conjoncture chaque couple craint le déclassement et cherche à faire bonne figure, à ne pas perdre la face. C'est bien l'intention de Tano Scaglia quand il réunit ses amis au bord de sa piscine le soir du 27 septembre 2001.

critique par Mapero




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