Lecture / Ecriture
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Le destin miraculeux d'Edgar Mint de Brady Udall

Brady Udall
  Lâchons les chiens
  Le destin miraculeux d'Edgar Mint
  Le polygame solitaire

Brady Udall est un écrivain américain né en 1971.

Le destin miraculeux d'Edgar Mint - Brady Udall

Fresque d'une Amérique pauvre
Note :

   "Si je devais ramener ma vie à un seul fait, voici ce que je dirais : j'avais sept ans quand le facteur m'a roulé sur la tête. Aucun événement n'aura été plus formateur. Mon existence chaotique, tortueuse, mon cerveau malade et ma foi en Dieu, mes empoignades avec les joies et les peines, tout cela, d'une manière ou d'une autre, découle de cet instant où, un matin d'été, la roue gauche arrière de la voiture de la poste a écrasé ma tête d'enfant contre le gravier brûlant de la réserve apache de San Carlos."
   
   
   Père parti, mère alcoolique, Edgar n'a pas tiré la bonne paille à la naissance. Mais s'il tombe, il se relève, et survit à des situations où d'autres seraient morts ou sérieusement amochés.
   
   Après des semaines de coma, il se remet, sa tête est cabossée et il ne pourra jamais apprendre à écrire, mais sa fidèle machine à écrire Hermès Jubilé le suivra partout.
   
   Partout où?
   
   Dans une institution pour gamins plus ou moins abandonnés, qui fait en comparaison paraître l'orphelinat d'Oliver Twist comme une pension suisse haut de gamme.
   
   Dans une famille mormone qui songe à l'adopter.
   
   Chez le "facteur" qui lui a roulé dessus, et qu'il cherche à retrouver pour lui montrer que lui, Edgar, a survécu.
   
   Et revient toujours le mystérieux docteur Barry Pinckley qui lui a sauvé la vie à l'hôpital mais ne veut plus le lâcher...
   
   Après "Lâchons les chiens", recueil de nouvelles que je recommande chaudement (meilleur que ce roman, à mon avis, car exempt de longueurs), je voulais découvrir mieux Edgar Mint.
   
   Dans ce roman truculent et parfois émouvant, Brady Udall ne fait pas dans la dentelle; son héros et ses rares amis semblent attirer les malheurs. Il en profite pour brosser le portrait d'une Amérique tendance quart monde ou bien repliée sur elle même, où il ne fait pas toujours bon être métis. Le passage à Willie Sherman m'a semblé long, mais à Richland j'ai vraiment repris goût à l'histoire...
   
    En fait il faut lire tout le roman pour avoir une vue d'ensemble et comprendre l'intérêt de cette fresque.
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critique par Keisha




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Un grand roman américain !
Note :

   Que ça fait du bien de découvrir un grand roman américain! Après quelques déceptions fort récentes, j'ai retrouvé un plaisir fou avec cette lecture qui constitue un coup de cœur.
   
   Edgar Mint est un gamin hors du commun. Enfant métis non désiré (sa mère Indienne s’est consolée avec l’alcool, le père, un blanc, a pris la fuite), Edgar vit une vie bien médiocre sur la réserve de San Carlos jusqu’au jour où, à l’âge de 7 ans, il est victime d’un accident : le postier roule sur sa tête! Voilà une entrée en matière peu banale!
   
   Sauvé in extrémis par Barry, un curieux médecin, Edgar est placé à hôpital Sainte-Divine où il va se construire une petite famille au cours de la période où il est soigné. Ses compagnons de chambre sont aussi bien malades de la tête que du corps, à l’image du vieux bougon d’Art, qui ne se remet pas de la mort de sa femme et de ses enfants. Celui-là a l’idée de génie d’offrir à Edgar une machine à écrire mécanique, car l’enfant sorti du coma a tout à réapprendre.
   
   Malgré les dysfonctionnements habituels de ce genre d’établissement, Edgar est plutôt content de son sort car il est devenu plus ou moins la mascotte de l’hôpital. Mais le destin en décide autrement, et voilà notre miraculé, considéré comme guéri, obligé d’intégrer l’école Willie Sherman, réservée aux enfants indiens et essentiellement peuplé de gamins à problèmes et de laissés pour compte. Une partie de sa vie très dure. Presque sans transition, Edgar est plongé dans un monde de violence où règne la loi du plus fort. Le pire cauchemar d’Edgar se matérialise sous les traits d’une petite brute, Nelson, qui fera de ce dernier son souffre-douleur. Brady Udall dépeint d’une manière très réaliste le quotidien de profs et des élèves de ce type d’établissements. Malgré la présence d’un ami, Cecil, Edgar vit l’enfer sur terre. Là encore, l'enfant se tire miraculeusement de tout : des brimades, des accidents, de l’anéantissement total. Sa capacité de résistance, son aptitude à survivre à toutes les catastrophes sont impressionnantes.
   
   De loin en loin, Barry et Art continuent d’avoir un rôle dans la vie d’Edgar. Peu à peu néanmoins, Barry devient un poids, une entrave, comme nous le découvrirons dans la dernière partie du roman. Au moment où Edgar se désespère d’échapper à cette vie misérable, une rencontre va une nouvelle fois changer la donne. Repéré par des Mormons, Edgar est intégré dans un programme destiné à trouver des familles d’accueils à des enfants en perdition. A Richland, chez les Madsen, l’existence lui parait idéale, tout comme cette famille, un couple qui a deux enfants, un garçon, le petit génie de la famille, et la fille aînée, sans compter la multitude d’animaux recueillis. Edgar va cependant bien vite comprendre que ce portrait de la famille américaine idéale cache de nombreuses fêlures et un drame difficile à oublier.
   
   Les années ont passé, Edgar adolescent découvre, à retardement, les effets de la puberté, continue de chercher sa place, de fuir ses fantômes si familiers. Il fera des choix, prendra des décisions, qui, finalement, le ramèneront à bon port, au début d’une nouvelle existence, la sienne enfin, plus heureuse. Il sera l’élément déclencheur de drames, de réconciliations, provoquera un emboitement de faits qui auront des répercussions sur d’autres vies.
   
   Malgré le ton très dur, les descriptions sordides, le lien de parenté entre Udall et John Irving est évident : même tendresse, même truculence et même humour. Edgar mène sa vie comme on mène une barque ballotée par les flots, avec hésitation mais l'envie de s'en sortir. Parfois il s'échoue lamentablement pour rester coincé, parfois il aborde sur des rives accueillantes, et tout comme chez John Irving, le destin d'Edgar va croiser celui des autres personnes qui traversent sa vie, amenant le lecteur à faire connaissance, de manière plus ou moins brève, avec des hommes et des femmes loin d'être aussi banals et ordinaires qu'on pourrait le croire.
   
   Là encore, comme d'autres écrivains américains, Udall a choisi de peindre le portrait d'une Amérique misérable. Des paumés, des blessés, des laissés pour compte... Tous n'ont pas la force et la volonté d'Edgar, pour la plupart la fin est tragique. Et pourtant, rien de larmoyant dans ce roman, qui prend aux tripes et donne à réfléchir.
   
   Une excellente découverte, que je recommande chaudement.
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critique par Folfaerie




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Intense !
Note :

   "Tu as quelque chose de spécial en toi, Edgar, un destin à accomplir."
   C'est cette histoire extraordinaire et ce destin miraculeux d''Edgar qu' Udall nous raconte ici.
   
   Edgar Mint est un enfant métissé, non désiré, né d'une mère indienne alcoolique et d'un père, véritable caricature pathétique du cow boy blanc.
   Élevé par sa grand-mère maternelle sur une réserve indienne, il est victime d'un terrible accident où il a la tête écrasée par la voiture du facteur.
   Âgé de 7 ans, il est sauvé in extremis par un médecin, Barry, qui jouera un rôle plus ou moins glauque dans sa vie.
   
   L'auteur à la manière d'Irving, nous raconte l'histoire chaotique de ce petit garçon livré aux adultes souvent sans scrupules.
   De l'hôpital où il s'en sortira après beaucoup de souffrance, en passant par le pensionnat de Willie Sherman, réservé aux indiens et enfants en grande difficulté, où il est confronté à la violence et aux brimades, Edgar choisira sa vie et tendra toujours à atteindre un but : rencontrer l'homme qui a causé son accident.
   Adopté par une famille mormone très particulière, en mal de bonnes actions et d'âmes à sauver, Edgar trouve dans la foi la possibilité de continuer son chemin de vie.
   Mais la discorde au sein du couple le poussera une fois de plus à partir.
   
   Udall nous décrit tout la misère du monde, l'exclusion de la minorité indienne et de sa culture, la violence de ces êtres en rupture, ces meurtris de la vie, ces exclus de ce fameux rêve américain.
   Les personnages tous paumés à leur façon possèdent en eux une lumière, malgré leur désespérance et leur vie médiocre.
   
   Le texte bascule entre rires et larmes, triste et doux à la fois, mais horrible souvent.
   
   La lecture peut être freinée par la construction littéraire qui présente le récit à la première personne donnant la parole à Edgar et ensuite qui fait appel à la troisième personne d'Edgar.
   Mais il ne faut pas oublier, que ce petit garçon, hors du commun et au cerveau ayant souffert, utilise une machine à écrire pour noter sa vie, ses émotions. C'est un peu la lecture de son journal qui nous est donné.
   
   Un moment de lecture intense.

critique par Marie de La page déchirée




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