Lecture / Ecriture
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1Q84 - Livre 3 – Octobre-Décembre de Haruki Murakami

Haruki Murakami
  Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil
  Les amants du spoutnik
  La course au mouton sauvage
  La fin des temps
  Chroniques de l'oiseau à ressort
  Kafka sur le rivage
  Le passage de la nuit
  La ballade de l'impossible
  Danse, danse, danse.
  L'éléphant s'évapore
  Autoportrait de l’auteur en coureur de fond
  Saules aveugles, femme endormie
  Après le tremblement de terre
  Sommeil
  1Q84 - Livre 1 - Avril -Juin
  1Q84 - Livre 2 - Juillet-septembre
  1Q84 - Livre 3 – Octobre-Décembre
  Underground
  L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage
  L’étrange bibliothèque
  Des hommes sans femmes
  Le Meurtre du Commandeur, livre 1 : Une idée apparaît

AUTEUR DU MOIS D'OCTOBRE 2005

Haruki Murakami est né au Japon en 1949. Il y a grandi et y a mené ses études jusqu'en 1974. A cet âge il se lance dans la vie active et gagne sa vie en faisant des traductions d'auteurs américains et en tenant un bar de jazz à Tokyo. Parallèlement, il écrit. C'est tout de suite le succès. Le talent de Murakami est reconnu et il obtient de nombreuses distinctions et prix littéraires.


Haruki Murakami se rendra ensuite aux Etats Unis où ils séjournera plusieurs années.
Revenu actuellement au Japon, il poursuit l'écriture de ses romans.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

1Q84 - Livre 3 – Octobre-Décembre - Haruki Murakami

La ville des chats
Note :

   "Je crois qu'il n'y a aucune logique dans ce monde, et pas assez de bonté!"
   
   Nous retrouvons donc nos deux héros Aomamé et Tengo dans cet étrange monde de 1Q84 et plus que jamais aux prises avec les adeptes de la secte des Précurseurs (qui fait beaucoup penser à celle des Témoins de Jéhovah par les méthodes et le fonctionnement, mais en plus musclé puisque les Précurseurs n'hésitent pas à tuer -leurs adversaires non plus, d'ailleurs-).
   
   Nous retrouvons les personnages rencontrés dans les tomes 1 & 2 et nous faisons connaissance de quelques nouveaux dont le remarquable Monsieur Ushikawa, le gnome au physique déplaisant, le mal aimé de toute éternité, dont la grosse tête plate abrite un cerveau remarquable et dont le lecteur se demande jusqu'au moment ultime de quel côté du ring il se rangera tant le personnage est ambigu.
   
   La structure du récit de ce troisième tome, permet de saupoudrer les nouvelles aventures de rappels des évènements précédents, surtout pour les détails, ce qui est bien utile au lecteur qui depuis la lecture des premiers opus a vu pas mal de mots couler sous les ponts de ses lunettes*. Murakami reprend et resserre dans ce dernier volume les éléments de mystère ce qui lui permet de réaffirmer la cohésion du tout et de nous présenter une intrigue qui se tient très bien malgré sa complexité et son caractère fantastique. Ce troisième tome est moins cru que le tome 2 au niveau de la sexualité mais beaucoup plus sensible et nous nous retrouvons en plein cœur d'une grande histoire d'amour digne des légendes les plus romantiques.
   
   Pour le style, Murakami cite hélas encore pas mal les marques et, même quand il ne le fait pas, il juge utile de nous décrire en détail les vêtements, les menus alors que cela n'a aucune incidence sur l'histoire, ce qui m'étonne et dont je me passerais aisément...
   
   Au bout du compte, quelques questions restent sans réponse mais pas plus qu'il n'en faut et ce troisième tome est le meilleur de la trilogie. C'est bien qu'une histoire aussi longue se termine en acmé et non en s'épuisant pauvrement ou en se perdant dans les invraisemblances (je veux dire par rapport à la logique interne du récit, bien sûr). Je remarque cependant, que telle qu'elle nous est donnée là, cette fin du troisième volume peut aussi bien être un adieu définitif à nos héros qu'une excellente base de départ à un quatrième... nous verrons.
   
   En tout cas, nous aurons appris que les Little People sont par delà le bien et le mal
   "J'ignore si les Little People sont bons ou mauvais. En un certain sens, cela dépasse notre compréhension ou nos définitions. Nous vivons avec eux depuis des temps immémoriaux. Quand le bien et le mal n'existaient pas encore. Avant même que la conscience des hommes ne s'éveille." (242)
   

   
   Et quant à 1Q84:
   
   "… à l'origine, c'est un pur produit de l'imagination, quelque chose de chimérique. Plus maintenant pourtant. La ligne de partage entre le monde réel et l'imaginaire est devenu flou. Dans le ciel brillent deux lunes. Et ce phénomène est également issu du monde de la fiction." (209)
   
   "C'est vraiment un monde complètement bizarre. Jusqu'où s'agit-il d'hypothèses? A partir d'où est-ce du réel? Je n'arrive pas à discerner la frontière. Dis-moi, Tengo, toi, en tant que romancier, comment définirais-tu le réel?
   Là où, quand on se pique avec une aiguille, du vrai sang rouge jaillit, c'est le monde réel,répondit Tengo" (328)

   qui devait s'apercevoir bientôt que ce n'était pas aussi simple que cela.
   
   "Mais l'histoire avait sa vie propre, elle progressait pour ainsi dire automatiquement. Tengo appartenait déjà à ce monde, qu'il le veuille ou non. Pour lui, ce n'était plus un monde imaginaire. C'était devenu un monde réel dans lequel du vrai sang rouge jaillissait si l'on se coupait avec un couteau. Dans le ciel de ce monde-là, deux lunes se côtoyaient, une grande et une petite." (333)
   
   "Et la raison pour laquelle je suis ici est claire, songeait-elle. Il n'y en a qu'une, une seule: je pourrai revoir Tengo. Telle est la raison pour laquelle j'existe dans ce monde. Ou, à rebours: telle est l'unique raison pour laquelle ce monde existe en moi. C'est une sorte de paradoxe, comme une image reflétée à l'infini dans des miroirs qui se font face. Je suis une part de ce monde, ce monde est une part de moi." (423)
   
   « Chacun de nous a nommé ce monde avec des mots différents, pensa Aomamé. Moi, je l'ai appelé "l'année 1Q84" et Tengo "La ville des chats". Ces termes désignent cependant une même réalité.» (504)
   

   
   Et pour les amateurs d'humour involontaire:
   « "Je surveillais un locataire", lâcha péniblement Ushikawa, d'une voix instable, comme déchirée.
   Du fait qu'il avait les yeux bandés, cette voix ne lui parut pas être la sienne.» (437)

   
   
   * Je ne suis pas femme à reculer devant une audacieuse métaphore.
   ↓

critique par Sibylline




* * *



Epilogue
Note :

   "Il est possible que ton père soit parti de l’autre côté en ayant emporté avec lui un secret"
   
   Ushikawa, dont la mission va être de retrouver Aonamé, est face aux deux gardes du corps entourant le leader au moment où celui-ci a été retrouvé mort dans sa chambre. Le leader de la secte n’est en effet plus… Cette mort est incompréhensible il ne faut surtout pas l’ébruiter. Impensable que cet homme ait été assassiné quasiment sous les yeux des personnes qui en avaient la charge, dans la pièce à côté. En même temps aucune trace de blessure n’a été retrouvée sur lui. La position des deux hommes est plus que délicate dans la mesure où ils ont failli à leur mission : protéger le gourou… Ne leur reste plus qu’à essayer de retrouver Aonamé, cette femme qui avait pour mission d’effectuer une séance d’étirements et qui s’est retirée une fois le leader endormi. Mais elle a complètement disparu de la circulation! Disant qu’il fallait le laisser dormir deux heures… Quelles sont les raisons qui auraient poussé Aonamé à tuer cet homme, c’est absolument ce qu’il faut éclaircir.
   
   Une enquête est diligentée mais il semble très difficile de la retrouver dans la mesure où elle ne semble avoir aucun ami aucun proche et n’entretenir aucune amitié. Certes, ses parents étaient des adeptes fidèles des Témoins, mais elle s’est séparée de la secte depuis de nombreuses années. Cependant, fait bizarre on s’aperçoit en écoutant ses conversations téléphoniques qu’elle entretenait un lien avec la policière retrouvée morte dans une chambre d’hôtel.
   
   Aonamé, quant à elle, est toujours à la recherche de Tengo et elle décide de ne pas changer de nom ni de subir d’intervention chirurgicale suite au meurtre du leader, ne respectant donc pas le pacte établi préalablement.
   
   Nous voilà au terme de cette trilogie et en plein roman policier. L’étau se resserre. Un nouveau personnage fait son apparition en la personne de Ushikhawa, un homme au physique ingrat, qui va pister Aonamé.
   
   Complexe, fantasque ce troisième volume est l’épilogue de ce récit, l’intrigue arrive à son terme. Aonamé et Tengo, ont tous les deux atteint la trentaine maintenant. Celle-ci se cache dans un appartement pendant que Tengo assiste son père pendant ses dernières heures.
   
   Ushikawa découvre leurs liens d’enfance et part à la recherche de leur histoire, dénouement de ce merveilleux récit, qui fait la part belle à l’imaginaire comme toujours chez Murakami. "Le monde des chats" pour Tengo et "l’année 1Q84" d’Aonamé finiront-ils par se rejoindre, comme ces deux âmes sœurs? Un livre sur la solitude, l’incommunicabilité entre les êtres, et qui nous offre une fois de plus l’imaginaire toujours aussi fascinant de Murakami.
   
   Où va-t-il chercher des histoires aussi belles, aussi fantasques, nous plongeant dans un univers merveilleux et féériques? C’est toute la question que je me pose à chaque fois que je fais une (courte) pause dans ma lecture… Toujours aussi impressionnée par son talent. Alors, une fois la dernière page tournée, je me demande toujours : A quand le prochain roman de Murakami?
    ↓

critique par Éléonore W.




* * *



Oui, mais...
Note :

   Dans le monde étrange de 1Q84, les événements s'accélèrent. Aomamé a renoncé à se suicider et vit toujours recluse dans son appartement, traquée sans relâche par les Précurseurs dont elle a assassiné le leader. Alors que Fukaéri demeure introuvable, Tengo, au chevet de son père mourant et plongé dans un étrange coma, se rapproche imperceptiblement de la jeune femme qui hante ses pensées depuis tant d'années, cette petite fille qui lui a serré la main dans une salle de classe, il y a vingt ans.
   
   Mais un autre personnage, un dénommé Ushikawa, détective privé à la solde des Précurseurs, est également sur les traces d'Aomamé, et fait planer sur leurs retrouvailles tant attendues une menace sourde et inquiétante. Alors que les jours passent, le temps semble s'être arrêté pour les deux héros, absorbés chacun de leur côté par leur contemplation d'un univers onirique dont ils ne comprennent pas encore toutes les implications : Tengo découvre une chrysalide de l'air sur le lit d'hôpital de son père, tandis qu'Aomamé sent grandir en elle une "petite chose" conçue lors d'une terrible nuit d'orage, une petite chose qui pourrait bien avoir un lien avec les Little People.
   
   Dans le clair-obscur des deux lunes de 1Q84, les chemins des amants éternels ne vont pas tarder à se croiser, à moins qu'un certain Ushikawa ne vienne contrarier leur course éperdue l'un vers l'autre...
   
   
   
   Voici enfin le couronnement de cette saga onirique à l'intrigue envoûtante, ce monde imaginaire où brillent deux lunes, où des Little People tissent sans relâche une chrysalide de l'air autour d'un cadavre, et où un toboggan perdu au fin fond d'un quartier tranquille de Tokyo permet à deux amants séparés de se retrouver après vingt ans d'une quête désespérée.
   
   L'irruption d'un troisième personnage au milieu du duo narratif composé par Tengo et Aomamé est un procédé habile, qui permet non seulement, au gré des avancées du détective privé, de récapituler en l'explicitant la trame des précédents volumes, tout en introduisant une nouvelle menace qui plane sur le destin des deux héros : on le sait, ces deux-là sont voués à se retrouver, du moins dans le monde de 1Q84, mais la présence d'Ushikawa crée un suspense tout à fait bienvenu en inversant le rapport de force à l'œuvre depuis le deuxième tome.
   
   Les personnages gagnent également en épaisseur : même si certains déplorent l'absence notable, dans ce volume, de l'énigmatique Fukaéri, d'autres acquièrent une place de premier plan, comme Tamaru ou Komatsu. Les héros, malgré leur apparente froideur, sont attachants et nous entraînent dans leurs incroyables aventures avec une facilité déconcertante.
   
   L'écriture ample et poétique reste l'une des grandes forces de ce roman, malgré de nombreuses longueurs, redites et maladresses, qui jalonnaient déjà les tomes précédents et gâchaient quelque peu le plaisir de lecture.
   
   Et si l'ensemble reste convaincant, porté par une fin ouverte, peut-être présage d'un 4e volume qui ravirait les fans de Murakami, on regrette néanmoins que bien des questions soulevées par l'auteur lui-même demeurent sans réponse, au profit d'un happy end un peu facile : le sort des Précurseurs est complètement laissé dans l'ombre, de même que la destinée de Fukaéri ; la mort suspecte d'Ayumi, tout comme la disparition inexpliquée de la maîtresse de Tengo, ne sont pas davantage explicitées... Murakami a délibérément choisi d'ignorer ces éléments pour se concentrer sur son dénouement certes fort bien écrit, mais convenu, faisant retomber en quelques lignes l'univers original et délicieusement lynchéen qu'il avait paisiblement construit, page après page, au niveau de la banale romance.
   
   Il ressort finalement de cette lecture une impression en demi-teinte : l'apothéose promise par ce troisième volume semble se refuser à nous, comme si l'on nous avait réveillé quelques instants avant la fin d'un rêve prometteur et passionnant. On ne demanderait alors qu'une chose : que Murakami nous laisse nous rendormir.
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




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Différent
Note :

   Ce troisième et dernier volume présente une rupture concernant l’alternance à laquelle Haruki Murakami nous avait habitués, avec l’irruption de chapitres consacrés au mauvais génie de l’affaire, le sulfureux Ushikawa. Ce personnage à la moralité douteuse s’est manifesté au cours du second volume, inquiétant Tengo par son attitude intrusive, après le succès remporté par la Chrysalide de l’air. Ce personnage secondaire monte d’un cran dans l’échelon des protagonistes, travaillant ouvertement pour les Précurseurs, le voilà furetant et intrigant sur la mystérieuse jeune femme que l’on a vue chez le Leader, au soir d’un orage aux conséquences étranges.
   
   Il est intéressant de noter l’astuce de l’auteur, qui bouscule l’architecture de son récit en éclatant la bipolarité du récit Tengo-Aomamé. Puisque Ushikawa détient désormais le ressort dramatique essentiel, l’ordonnance du récit sera tripartite. Ce qui permet au lecteur de suivre avec effroi les avancées de l’enquêteur, aussi retors que son physique est difforme. Les rapports du romancier aux portraits de ses créatures me paraissent ici intéressants : l’apparence d’Ushikawa est symbolique de son mental pervers, mais ses difformités n’empêchent pas la fulgurance de ses intuitions, et la persévérance de ses objectifs. À ce portrait inquiétant Murakami oppose la légèreté aérienne, la transparence de Fukaéri, le "bon ange" de Tengo, sylphide et sibylle, dont la présence rassure alors qu’elle est, aux sens propre et figuré, la matrice des ennuis du jeune homme.
   
   À ce stade, si vous êtes engagés dans la lecture de la trilogie, il vous faut quitter d’urgence les notes de lecture glanées ici et là. Profitez à votre rythme des aléas qui attendent les protagonistes, filez de pages en pages vers la résolution des énigmes, les attentes d’Aomamé sur son balcon et les errements de Tengo sous la clarté des deux lunes…
   
   Mais s’il vous reste à la fin une impression d’inachèvement, le sentiment que l’on passe à côté de la substantifique moelle poétique en germe dans cet univers parallèle, je vous rejoins pleinement. Ce troisième tome refermé, qu’advient-il de Fukaéri, de Komatsu, de notre vieille Dame et de son fidèle Tamaru? De quel monde l’enfant d’Aomamé va-t-il hériter?
   
   Ce pourrait être une manière subtile pour un auteur reconnu par ailleurs de faire naître un désir chez ses lecteurs. Mais il me semble que Haruki Murakami est passé à autre chose, se délestant d’une histoire qui a dû empiéter sur une bonne tranche de sa vie. Reste quelques réserves d’une autre nature concernant la rédaction ou la traduction de ce roman fleuve : à la manière des feuilletonistes du XIXème siècle, bien obligés de résumer de temps à autre les détours de leurs intrigues à tiroirs, Murakami donne parfois l’impression de penser que son lecteur a besoin de rappels ou d’explications qui paraissent bien superflus. Ce sont des maladresses qui embourbent la fluidité du récit, aux tonalités par ailleurs plus subtiles. Curieux paradoxe pour un ouvrage qui a essaimé autour du monde et connaît un succès universel.

critique par Gouttesdo




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