Lecture / Ecriture
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La polka des bâtards de Stephen Wright

Stephen Wright
  La polka des bâtards

Ecrivain américain, né en 1946. Il fut envoyé au Vietnam en 1969, cette expérience lui ayant inspiré "Méditations en vert"

La polka des bâtards - Stephen Wright

Étonnants mélanges détonants
Note :

   Titre original : The Amalgamation polka
   
   Un résumé trompeur
   
   Fils de Roxana, la belle sudiste anti-esclavagiste née et élevée dans une plantation de Caroline, et de Thatcher Fish, Yankee abolitionniste, le jeune Liberty Fish mérite bien son prénom, il adore explorer son environnement et adhère vite aux idées de ses parents.
   Il s'engage sous l'uniforme bleu au cours de la guerre de Sécession et en profite pour se rendre chez ses grands parents maternels inconnus, fâchés avec sa mère depuis vingt ans.
   
   Car en réalité
   Nous sommes bien loin d'"Autant en emporte le vent" et d'une écriture classique. (Mais j'adore Gone with the wind et Rhett Butlet, hein?)(Bon, on s'égare)
   
   La majeure partie du roman est vécue à travers le regard de Liberty, et dès sa jeunesse il rencontre des gens hauts en couleur : M'dame l'orange son institutrice; Arthur Fife, boucanier de 146 ans qui vit sous terre, dans une grotte au plafond planté de fleurs... , l'oncle Potter toujours par monts et par vaux, qui raconte ses aventures extraordinaires. Au cours d'une croisière sur un canal avec son père, c'est l'occasion encore de croiser des spécimens d'humanité batailleurs, avides ou racistes. Qui voudrait goûter de la mixture miracle du colonel Foggbottom, qui "guérit l'urticaire, les ballonnements, les vertiges et le Déclin, et toutes maladies annexes causées par le Galop des Temps Modernes"? Qui accepterait de se faire arracher les dents à la tenaille par le Dr Fitzgibbon? Ah on ne s'ennuie pas à suivre Liberty Fish dans ce tourbillon incroyable d'aventures parfois proches du conte qui éclairent sans pitié la société de l'époque, en plein bouillonnement, et surtout la question des noirs et des esclaves.
   
   Sur le champ de bataille, Liberty échappe miraculeusement à la mort et aux blessures (mais on a compris qu'il ne s'agit pas de savoir si c'est réaliste), en revanche, la guerre, vécue au ras du sol dans les quelques mètres carrés qui l'entourent, est sale, sanglante, incompréhensible, une boucherie... "Ils n'étaient plus des hommes mais, transmutés par la forge du combat, des pièces mécaniques, les rouages interchangeables et ronronnants d'une machine infernale dont le créateur démoniaque avait non seulement fabriqué mais personnellement sélectionné chacun de ces individus pour servir ses desseins et satisfaire ses besoins carrément maléfiques."
   
   La folie culmine quand Liberty découvre enfin la plantation des Maury, ses grands parents. Son aïeul se livre à des expériences variées et dévastatrices dans le but de rendre les noirs blancs, n'hésitant pas à donner de sa personne pour engendrer des bâtards. Même la grand mère est d'une rare violence à l'égard des esclaves.
   
   Extrait:
   L'esclave Monday vient d'apprendre qu'il est libre, après la mort de son maître:
   "J'entends parler de cette histoire de liberté depuis que les lapins ont des oreilles, et j'ai une question pour vous, Monsieur Liberty : de quel genre de liberté il s'agit, au juste?
   - Comment ça, de quel genre?
   - Eh bien, la liberté de l'oiseau, ou la liberté de la mule?
   - Vous préférez laquelle?
   Alors, sur le visage de Monday, s'épanouit lentement le premier vrai sourire qu'il s'autorisait depuis l'embarquement: "Depuis que je suis haut comme trois pommes, j'ai toujours rêvé de voler."

   
   Liberty finira, au terme d'une équipée parfois délirante qu'il subira souvent, "bien au chaud dans son lit de plume, sous le seul toit qui ait jamais été le sien" et se réveillera de son rêve "sans savoir au juste où ni même qui il était. Et puis il se rappela. C'est l'Amérique, songea-t-il, et toi, qui que tu sois, tu ne risques rien. C'est l'Amérique, et tout finirait bien."
   
   Ce roman fracassant, servi par une écriture dynamique et éblouissante, est à découvrir!

critique par Keisha




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