Lecture / Ecriture
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Feu de camp de Julia Franck

Julia Franck
  Feu de camp

Feu de camp - Julia Franck

D’est en ouest
Note :

   « L’idée de l’aimer me plaisait, et qu’elle me crut capable d’amour me rendit un instant léger, content »
   
   Berlin, fin des années 1970
   
   Être réfugiée dans son propre pays voilà qui n’est pas banal, c’est pourtant la triste expérience que fait Nelly, triste car malgré la joie de passer à l’ouest, ce n’est pas l’eldorado doré dont elle rêvait. Dès la frontière qu’elle passe en compagnie d’un homme qui lui sert d’alibi et qu’elle fait passer pour son futur mari, elle est arrêtée et interrogée mais ses deux enfants aussi! Car malgré le visa, il n’est finalement pas si facile de passer à l’ouest, la méfiance règne, on est en pleine guerre froide et les garde frontières sont peu délicats et la bloquent pendant huit heures, faisant une fouille au corps en règle mais lui posant aussi une multitude de questions.
   
   Une fois en RFA, ce n’est guère mieux, elle doit répondre aux questions de la CIA, qui s’interroge sur la disparition du père de ses enfants. Avant qu’elle ne rejoigne un logement dans un camp de réfugiés, où la promiscuité règne. Ajoutez à cela la difficulté d’insertion, avec des petits allemands de l’ouest qui sont tout sauf accueillants à l’école où ses enfants sont scolarisés… Sans compter les difficultés pour trouver un travail et le manque d’argent.
   
   Ce qui est amusant dans ce roman c’est que c’est l’inverse de ce qu’on a l’habitude de lire, finalement l’ouest est aussi méfiant que l’est, les allemands craignent la contamination et cherchent des infos sur son passé et n’ont a priori aucune confiance en personne, et surtout pas en ceux qui veulent rejoindre l’Occident. Et si c’étaient des espions à la solde du communisme? On parle souvent de la difficulté de quitter Berlin est, beaucoup moins des préjugés qui vous attendent, des Allemands de l’ouest, plus riches que vous, ayant un travail et finalement pas très soucieux de «réunification». Quand on est du bon côté du mur, on a tendance à rejeter ceux qui ont eu moins de chance…
   
   Une lecture passionnante, aux antipodes de l’image lisse qu’on a de l’Allemagne de l’ouest, des personnages attachants : Nelly l’héroïne, ses deux enfants, Krystina la voisine polonaise, Jerzy l’ancien prisonnier et jusqu’à John Bird, l’agent de la CIA qui n’est pas insensible au charme de Nelly. Sans oublier Berlin, ville à l’histoire tragique. Il semble que la romancière ait puisé dans ses souvenirs d’enfance pour écrire ce livre au souffle romanesque puissant. Captivant de bout en bout, plein de finesse et de délicatesse tout en montrant l’horreur de la situation et l’impasse de ces Berlinois de l’est.

critique par Éléonore W.




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