Lecture / Ecriture
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Sésame, ferme-toi de Nuruddin Farah

Nuruddin Farah
  Née de la côte d’Adam
  Du lait aigre-doux
  Sardines
  Sésame, ferme-toi
  Territoires
  Dons
  Secrets
  Hier, demain
  Exils
  Une aiguille nue

AUTEUR DES MOIS DE FEVRIER & MARS 2012

Nuruddin Farah est un écrivain somalien de langue anglaise, né en 1945 dans le sud de la Somalie. Il a grandi dans l'Ogaden, une province de l'Éthiopie proche de la Somalie.

Il a fait ses études en Grande Bretagne, en Inde et en Italie. En dehors de ces pays occidentaux, il a vécu dans des pays africains (Kenya, Éthiopie, Gambie, Nigeria).

Il a consacré ses œuvres à dénoncer la dictature et à mettre à jour son mode de fonctionnement, mais tout autant -et cela est sans doute plus étonnant- à militer pour la libération des femmes de son pays. Sans trêve, il a parlé en leur nom, revendiquant la liberté et la fin des pratiques arriérées les concernant.

Dix de ses livres ont actuellement été traduits en français, dont ses deux trilogies ("Variations autour du thème d'une dictature africaine" sur le thème de la dictature de Siad Barre et "Du sang au soleil" sur le thème du chaos des luttes tribales qui ont suivi sa chute).
Une réédition serait bienvenue.

Sésame, ferme-toi - Nuruddin Farah

La fabrique des héros
Note :

   "Close Sesame" acheva en 1983 la trilogie "Variations sur le thème d'une dictature africaine", mais la dictature somalienne se poursuivit plusieurs années car la conspiration dont ce livre esquisse l'histoire avait échoué. Avec une prose exigeante qui caractérise son œuvre et qui est ici pleinement maîtrisée, Nuruddin Farah a construit un roman en hommage aux derniers jours de la vie de Deeriye, un homme âgé de près de soixante-dix ans, asthmatique, ancien héros de la lutte contre la colonisation italienne, et père d'un chef de la résistance contre le dictateur. L'habileté de l'auteur se manifeste dans la divulgation progressive de l'importance du réseau, à la fois pour le lecteur et pour son personnage principal, héros qui n'a jamais employé la violence.
   
   Comme le titre l'indique, la fiction va se refermer après avoir mis en scène le vieux leader, né en 1912, devenu chef de clan, et longuement emprisonné : par les Italiens en 1934, par les autorités mandatées par l'ONU après 1945, par le pouvoir de Siyad Barre enfin. Plus qu'une reconstitution méthodique du passé du vieux chef, le romancier ancre son récit dans la saga familiale de Deeriye. Quand l'armée britannique vint balayer la domination italienne, Deeriye fut libéré de prison juste assez longtemps pour que Nadiifa lui donne un fils. Mursal, cet autre fil rouge du récit, fut élevé largement par l'oncle Elmi-Tiir, beau-frère du prisonnier. Dans sa geôle, Deeriye a appris à lire et écrire, en arabe et en italien. Il a appris les poèmes de Sayyed, sorte de père de la nation. Il a lu le Coran et Mussolini. Il est devenu très pieux, et même empêtré dans sa bigoterie, à tel point qu'un jour, son chapelet, pris dans le canon d'un revolver l'empêchera de se servir de son arme... 
   
   Sitôt passé l'incipit le lecteur entend parler des conspirateurs. " Tu es personnellement mêlé à un complot pour renverser l'État? C'est ça?" demande avec insistance le père au fils. Il est alors question de la disparition de Mahad. Est-il seul? Sont-ils quatre? Au "Baar Novecento", on boit le thé en s'échangeant les dernières rumeurs politiques tandis que Khaliif, le fou —un ancien prisonnier torturé — proclame ses vérités et conclut : "Maudits soient ceux qui trahissent!" Au fil des chapitres, les autres résistants vont tomber : Mukhtaar, Mohammed-Somali… À qui le tour? C'était un réseau d'une dizaine de membres en comptant Mursal. De temps à autre la radio locale diffuse le chant du "Samadiidow" avant d'annoncer une exécution capitale.
   
   Mursal avait épousé une juive new-yorkaise, Natacha, seule étrangère dans cette famille qui conserve la structure clanique. Par ailleurs ce roman décrit une société pré-moderne. Exemple : "Rooble, à soixante-huit ans, était le père d'un enfant qui n'avait pas un an ; les autres de ses enfants, au nombre de huit ou neuf, pouvaient se mettre en rang et peupler une petite rue pour le saluer s'il venait à défiler dans un cortège automobile ; des enfants nés de femmes bien plus jeunes que lui, et dont il avait divorcé ; son épouse actuelle n'avait pas tout à fait vingt ans. Deeriye désapprouvait ces agissements qu'il considérait avec beaucoup de mépris…" Pourtant Rooble, qui croupit de nouveau en prison, est pour Deeriye un ami véritable et un ancien camarade de détention. Il ajoute : "Halina était la jeune épouse que Rooble venait d'acquérir." C'est moi qui souligne et j'écris cela un 8 mars... Romancier anglophone en exil itinérant, N. Farah montre son attachement à la culture arabo-musulmane traditionnelle : ce sont les contes du roi Wiil-Waal demandés à Deeriye par son petit-fils, ou les rêves qui mettant en scène l'épouse décédée et prédisent des événements, par exemple la disparition de Musal.
   
   Au total, "Sésame ferme-toi" est un roman intéressant plutôt que passionnant, rédigé à la perfection, mais uniquement dans le registre de la gravité; il a le mérite de nous faire un peu mieux connaître l'histoire et la société d'un pays très décrié dans l'actualité : la Somalie.
   
   
   Première trilogie de N. Farah : "Variations autour du thème d'une dictature africaine"
   Rédigée de 1979 à 1983
   1 Du lait aigre-doux
   2 Sardines
   3 Sésame, ferme-toi

critique par Mapero




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