Lecture / Ecriture
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Le syndrome E de Franck Thilliez

Franck Thilliez
  La chambre des morts
  La mémoire fantôme
  La forêt des ombres
  L'anneau de Moebius
  Fractures
  Le syndrome E
  Vertige

Franck Thilliez est un auteur français de romans policiers et thrillers, né en 1973.

Le syndrome E - Franck Thilliez

Première partie d'un diptyque
Note :

   Avec "Le syndrome E" Franck Thilliez réunit ses deux plus célèbres personnages: Lucie Hennebelle, lieutenant de police à Lille et Sharko (ne pas confondre, please), un cabossé, genre baroudeur comme on les adore mais schizophrène à ses heures (on y réfléchit à deux fois là, non ?).
   Deux personnages hantés par la noirceur et qui ne pouvaient que s'accorder pour démêler les fils de cette intrigue mettant aux prises un film malsain rendant aveugle, des cadavres aux crânes sciés façon œuf coque et qui va les balader des années cinquante à nos jours du Caire au Canada.
   
   Waouh, il y a longtemps qu'un livre n'avait eu sur moi un effet physique aussi puissant! à croire que Thilliez aurait utilisé un procédé identique à celui du film évoqué pour provoquer ce sentiment de malaise prégnant mais jamais gratuit. En effet, l'auteur se penche ici sur les origines de la violence de masse et ce qu'il en dit, écrit, est tout à fait troublant.
   
   Un roman efficace, premier volume d'un diptyque. Le deuxième est déjà sorti, il n'y a plus qu'à le dénicher à la médiathèque... d'autant que "le syndrome E" se clôt par un suspense insoutenable...
   
   429 pages scotchantes.
    ↓

critique par Cathulu




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Je vais être sévère !
Note :

   Un film étrange, retrouvé chez un collectionneur, qui rend aveugle celui qui le visionne.
   Cinq cadavres enterrés au milieu de nulle part, atrocement mutilés, et dont on a prélevé le cerveau et les yeux.
   Deux affaires qui n'en feront bientôt qu'une, réunissant pour la première fois Lucie Henebelle, lieutenant de police à Lille, et Franck Sharko, commissaire parisien en proie à divers troubles hallucinatoires depuis la mort de sa femme et de sa fille.
   D'emblée, la collaboration entre ces deux fortes têtes s'annonce délicate, d'autant que les pistes se multiplient : des souks du Caire aux orphelinats canadiens en passant par les quartiers de la Légion Étrangère, Henebelle et Sharko ne sont pas au bout de leurs peines... ni de leurs surprises.
   Car cette affaire aux ramifications complexes dissimule un enjeu terrifiant : la possible existence d'un mal encore inconnu, capable de faire basculer brutalement n'importe quel individu dans une folie meurtrière... et incontrôlable.
   
   Franck Thilliez, spécialiste français du thriller scientifique, fait partie de ces auteurs qu'on adore détester, et ce n'est pas moi qui vous dirai le contraire.
   
   Intrigues tirées par les cheveux, personnages stéréotypés, dialogues creux, invraisemblances en série, style inexistant... La liste des reproches qu'on pouvait lui faire était longue. Pourtant, avec "Vertige", son avant-dernier opus, Thilliez a démontré qu'il était capable de progrès.
   
   Peut-on en dire autant du "Syndrome [E]" ? Malheureusement, non. Certes, il y a du rythme, c'est indéniable. Les rebondissements s'enchaînent plutôt bien, faisant de ce roman un bon turn-over, jusqu'au dénouement, dont le twist (à peine prévisible... ) ouvre tout naturellement la voie au second tome de ce diptyque, "Gataca".
   
   Mais malgré les efforts fournis par l'auteur pour la documentation (par exemple sur les effets spéciaux au cinéma ou les techniques de manipulation mentale), l'intrigue s'éparpille et se perd dans l'exploration de pistes secondaires dont le lecteur peine à saisir l'intérêt : entre le cinéma muet des années 1950, les images subliminales, le lavage de cerveau, les pulsions de violence incontrôlée, la théorie du complot, les massacres du Rwanda, la CIA, les orphelins de Duplessis et les services de renseignement français, on a décroché depuis au moins deux cents pages... Sans parler du coupable, dont le nom nous est balancé, après six cents pages, comme un cheveu sur la soupe, et qui bien gentiment nous explique le pourquoi du comment avant de se laisser emmener par la police sans opposer de résistance. Là, c'est plus Henebelle et Sharko, c'est Julie Lescaut.
   
   De plus, Thilliez retombe résolument dans ses travers habituels, avec une histoire glauque à souhait, une écriture désespérément plate, et surtout des personnages terriblement agaçants, à commencer par Sharko, à qui on ferait bien bouffer ses hallucinations, ses trains, ses marrons glacés et sa sauce cocktail, qu'il promène partout avec lui, en bonne incarnation du flic schizophrène abîmé par la vie. Henebelle est à peine moins caricaturale, et tout aussi fatigante, à vouloir absolument traquer le Mal (avec une majuscule, s'il vous plaît) partout où il se trouve. Ne parlons pas de la relation qu'elle entretient avec Sharko, convenue de A à Z et digne des meilleurs romans de gare.
   
   Bref, une fois de plus, Thilliez déçoit, en voulant se la jouer grand maître du thriller à l'américaine mais en s'embourbant dans une intrigue sans queue ni tête dont les enjeux les plus intéressants ne sont qu'effleurés. Et le plus embêtant, à la fin du roman, c'est qu'on ne sait toujours pas ce qu'est vraiment ce foutu syndrome [E]!

critique par Elizabeth Bennet




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