Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Sur la route du papier de Erik Orsenna

Erik Orsenna
  La grammaire est une chanson douce
  Portrait du Gulf Stream
  L'avenir de l'eau
  L'Entreprise des Indes
  Sur la route du papier
  La chanson de Charles Quint
  Madame Bâ
  Mali Ô Mali

Erik Orsenna est le nom de plume d'Erik Arnoult, écrivain et académicien français né en 1947 à Paris. Il est Académicien depuis 1998.
Son pseudonyme est tiré d'un roman de Julien Gracq : c'est le nom de la vieille ville du "Rivage des Syrtes".

Sur la route du papier - Erik Orsenna

Vieux papier toujours moderne
Note :

   Régine chantait «papiers de riz ou d'Arménie…laissez parler les p'tits papiers… papier collant… papier machine… papier musique…» Sur sa route du papier, Erik Orsenna abandonne cette poésie pour esquisser un "petit précis de mondialisation", reportage sur les lieux où naît le papier d'aujourd'hui après avoir évoqué celui d'hier.
   
   L'histoire du papier commence donc en Chine il y a vingt-deux siècles ; le papier s'infiltre ensuite vers l'Ouest, remplace papyrus et parchemin, et court jusqu'aux rives de l'Atlantique grâce aux empires arabo-musulmans. Quand la vague du papier touche tardivement l'Italie, c'est pour l'invention du filigrane à Fabriano au XIIIe siècle. Quand elle touche la France, ça donne aussi bien la montgolfière que le papier OCB, avec un B comme Bolloré, pour rouler les cigarettes depuis que, faute de pipe, le soldat Corentin Le Couedic inventa la cigarette pendant le siège de Sébastopol en sacrifiant des lettres de son amoureuse... Erik Orsenna nous emmène aux deux extrémités de l'Eurasie pour voir la fabrication artisanale du papier : à Puymoyen en Charente —et est alors expliquée au lecteur la fabrication traditionnelle — et à Echizen au Japon pour rencontrer un "Trésor vivant". Dans cette brève histoire du papier, un mot rapide pour la révolution qui au XIXe siècle mécanisa sa production : en 1826 Firmin Didot achète une papeterie et l'équipe de machines anglaises — l'auteur aurait dû profiter de l'anecdote pour expliquer par l'essor de la presse cette nécessité d'industrialiser l'activité papetière.
   
   La seconde partie, "Papier présent", est solidement documentée. L'auteur visite de nombreuses usines à travers le monde ; il s'intéresse à la matière première, depuis que le papier n'est plus fabriqué à partir du chiffon, la localisation près des forêts est déterminante pour les usines de pâte à papier. Pauvres forêts? Culpabilité de l'écrivain à succès dont les publications causent la déforestation dans le monde? Après enquête, Erik Orsenna donne une réponse tempérée : oui, à Sumatra les sociétés indonésiennes détruisent systématiquement le capital forestier avec la complicité des autorités ; non, dans l'Espirito Santo (Sudeste brésilien) la plantation rationnelle des eucalyptus épargne les sols et la forêt primaire. Notre vaillant académicien globe-trotter s'est penché sur l'évolution technologique qui concerne l'économie du papier et du carton. Une redoutable investigation l'amène à forcer la porte des centres de recherches, dans la région de Grenoble qualifiée de "Cellulose Valley", et à Trois-Rivières au Québec, etc. Il découvre ainsi le papier du XXIe siècle qui résiste à l'économie numérique et au plastique. En citoyen responsable, il s'intéresse aux questions environnementales et chante la gloire du recyclage — d'où la visite d'installations industrielles en Seine-Saint-Denis. Le recyclage progresse puisqu'on sait désencrer le papier imprimé : or, la quantité d'encre qui subsiste dans le produit recyclé se mesure selon une échelle qui a un nom : Eric ! pour "Effective Residual Ink Concentration"... Notre Erik en est bouleversé : « Un Eric à 0 veut dire que la page est blanche…»
    ↓

critique par Mapero




* * *



Un peu « le papier pour les Nuls »!
Note :

   Un côté en effet didactique dans cet ouvrage d’Erik Orsenna. Lu par l’œil d’un professionnel de cette industrie, ça a un côté à la fois professionnel et amateur. Mais il est vrai qu’il est d’abord destiné aux amateurs, cet ouvrage. La page de garde le présente comme "le troisième précis de mondialisation" publié après "Voyage au pays du coton" et "L’avenir de l’eau"… Précis de mondialisation… l’appellation me laisse songeur…
   
   Erik Orsenna aborde tous les aspects du papier. De son origine, son histoire, à la technologie actuelle et la problématique de nos temps électroniques. Et puis les petites particularités : au Japon, en Chine, en Europe… Le Papier est un monde en tant que tel. Ou tout le monde se connait mais où, pour chacun il reste tant à découvrir. C'est dans les passages dédiés aux temps modernes, à l’aspect technologique comme à la partie structurelle de ce monde fermé qu’Eric Orsenna m’a le moins convaincu. Mais mon œil est particulier, j’y baigne depuis pas mal de temps déjà et les propos d’Erik Orsenna sont forcément réducteurs pour exprimer la complexité de la chose. Un peu le côté "Le Papier pour les Nuls" comme dit dans le titre de cette critique…
   
   Il n’hésite pas à aborder les aspects conflictuels aussi, comme ce qui se déroule en Indonésie, voire au Brésil, où les forêts primaires sont massacrées pour laisser la place à des plantations calibrées d’eucalyptus à la croissance exceptionnellement véloce et aux fibres appréciées dans l’industrie du papier. Le cas de l’Indonésie est celui qui fait le plus frémir…
   
   Et puis des anecdotes, le côté romancier d’Erik Orsenna qui remonte à la surface pour nous trimballer de ci, de là, dans des histoires souvent merveilleuses…
   
   Le Papier est un monde. Erik Orsenna serait-il son Prophète?

critique par Tistou




* * *