Lecture / Ecriture
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La Femme de Villon de Osamu Dazai

Osamu Dazai
  La Femme de Villon
  Soleil couchant

La Femme de Villon - Osamu Dazai

No future
Note :

   Osamu Dazai a écrit «La Femme de Villon» en 1947. C’est un ouvrage très bref, plus proche de la nouvelle que du roman, mais porteur d’une énorme charge émotionnelle. Un an plus tard, l’auteur était mort, victime de la dernière de ses nombreuses tentatives de suicide. Dans ce récit, il avait écrit: « Tu sais, j’ai tout l’air d’un poseur, mais la vérité c’est que j’ai envie de mourir à un point que tu n’imagines pas. Depuis que je suis né, je ne pense qu’à la mort. Et pour tout le monde, ce serait bien mieux que je le sois. Ca ne fait aucun doute. Mais malgré tout, je n’arrive pas à mourir. Il y a quelque chose d’étrange et de terrifiant, comme un dieu, qui ne veut pas me laisser mourir.»
   
   Osamu Dazai a collé à son époque. Son incapacité à vivre et ses angoisses ont fait de lui en quelque sorte, le représentant d’une génération de Japonais qui avait vécu la guerre, la défaite et la fin d’un monde, d’un mode de vie. Pourtant, le mal être et les névroses d’Osamu Dazai n’étaient pas le fait de la guerre. Ils dataient de toujours et à ce moment là, devaient bien davantage à ses dépendances (drogue, alcool). La famille de Dazai n’était pas noble, mais elle était très aisée. Les ponts furent rapidement rompus entre eux en raison de la vie que l’écrivain menait. Ici, il fait dire à son personnage: «On dit que je suis un "faux aristocrates aux mœurs d’épicurien". Il se trompe, le type qui a écrit ça. Un épicurien qui craint dieu, voilà ce que je suis plutôt.»
   
   Dans «La Femme de Villon», le récit est mené par l’épouse d’un écrivain reconnu mais que son alcoolisme réduit à la misère et au vol. Ce personnage est indubitablement le double de Dazai, mais ce n’est pas lui qui parle et qui raconte, c’est sa compagne. Et la vie que cette femme nous narre d’un ton égal, sans enjoliver, dramatiser, extrapoler ni dissimuler est une vie de totale misère: la maison sordide et sans chauffage, l’enfant que la malnutrition laissera sans doute débile et cet époux qui se préoccupe si peu d’eux. Dans ce Japon de lendemain de guerre, elle fait face à tout, son enfant sur le dos, sans jamais se plaindre de rien, sans haine ni amertume non plus. Si. A un moment, elle a bien un regret, un reproche, mais qu’elle s’adresse à elle-même, de n’avoir pas su trouver plus tôt comment améliorer un peu sa pauvreté. D’amour, on n’en parle pas non plus et pourtant… dans le sucre d’orge de l’enfant, l’absence de récrimination…
   
   On ne peut d’autre part manquer de remarquer la lucidité qu’il a fallu à l’auteur pour dire ces choses là de l’écrivain et de la vie à laquelle il condamne son fils et sa compagne. Ce regard en miroir sur sa propre existence fait froid dans le dos.
   
   Un de ces récits au scalpel dont on se souvient longtemps.

critique par Sibylline




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