Lecture / Ecriture
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L'Amour d’une honnête femme de Alice Munro

Alice Munro
  Les Lunes de Jupiter
  Fugitives
  Du côté de Castle Rock
  L'Amour d’une honnête femme
  Secrets de polichinelle
  Trop de bonheur
  La danse des ombres heureuses
  Loin d'elle
  Rien que la vie

Alice Munro est une écrivaine canadienne de langue anglaise, née en 1931.

Elle a obtenu le Prix international Man Booker, puis le Prix Nobel de Littérature en 2013 en tant que «souveraine de l’art de la nouvelle contemporaine» .

L'Amour d’une honnête femme - Alice Munro

Huit nouvelles
Note :

   Titre original : The Love Of A good Woman - 1998
   
   Ces nouvelles content chacune, un épisode perturbant de la vie d’une femme, et en filigrane l’essentiel de sa vie après et avant l’épisode en question.
   
   Le titre du recueil peut dérouter. Cependant, aucune de ces femmes n’est honnête au sens moralisant du terme.
   La nouvelle dont le titre est celui du recueil est déconcertante justement (d’une façon qui me plaît).
   Trois jeunes garçons découvrent une voiture et son occupant tombés dans la rivière près de laquelle ils ont coutume de se promener. Le récit se concentre sur le fait qu’ils n’osent pas en parler tout de suite ni à leurs familles, ni à la gendarmerie, ni à eux-mêmes, et sont coincés par ce mutisme un bon moment… aucune "good woman" n’apparaît dans cette première partie, mais on s’intéresse à cette impossibilité de parler et aux trois jeunes garçons, tant l’atmosphère est bien rendue. Dans une seconde partie, deux femmes occupent le terrain du récit, une grande malade et son infirmière à domicile. Comme le récit avance on est bien forcé de décider que la femme du titre est l’infirmière, mais pour des raisons que je vous laisse découvrir, elle ne nous paraîtra pas si "good" que cela, et le titre est finalement ironique…
   
   Ma nouvelle préférée est "le Rêve de ma mère", qui débute par un cauchemar angoissant et poétique, raconté ou imaginée par la fille de l’héroïne, devenue adulte : la jeune femme voit la neige tomber en plein été et sait comme on sait dans les rêves qu’elle a laissé son bébé dessous, quelque part, à présent enseveli. Emergeant du sommeil, elle reste longtemps entre rêve et réalité à contempler son bébé dans le berceau, sensation de froid, couverture jusqu’au dessus de la tête du petit être. Commence alors un flash-back sur la vie de cette très jeune mère, entremêlée à son existence actuelle, pour en revenir au point précis qui a amené ce cauchemar. Une scène mi-comique, mi-tragique s’en suit, très réaliste. L’auteur sait mêler plusieurs tons et types de récits dans une forme ramassée.
   
   Viennent ensuite "Sauvez le moissonneur" , une actrice sur le retour, se promène en voiture avec son petit fils et ils jouent à suivre des autos sensées être occupées par des extra-terrestres. Le jeu va s’avérer plutôt dangereux…
   
   Dans "Cortes Island" une femme se souvient de l’époque où, jeune mariée, elle vivait dans un sous-sol, et s’occupait de l’époux handicapé de sa logeuse. Un job qui débouche sur d’étranges confidences faites par un homme quasiment aphasique…
   
   Comme dans chaque recueil, on lira une nouvelle dont l’héroïne est une petite fille aux prises avec des adultes empêtrés dans leurs histoires et peu empressés à s’occuper d’elle. Karin s’était mis du rouge à lèvre et un béret pour plaire à l’ami de sa mère dont elle est amoureuse à sa façon… (Riche à crever).
   
   Comme à l’ordinaire, j’ai aimé ces nouvelles de Munro, découverte cette année. J’en suis à mon troisième recueil, et je n’en resterai pas là!
    ↓

critique par Jehanne




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La nouvelle n'est plus un genre mineur
Note :

   Le prix Nobel de littérature a été décerné en 2013 à la Canadienne Alice Munro. Une femme et une novelliste, un genre souvent considéré comme mineur auquel l’auteur a donné ses lettres de noblesse.
   
    Alice Munro, née Alice Ann Laidlaw, est née en 1931 dans le comté de Huron, province de l’Ontario. Son père était éleveur de visons et sa mère institutrice. En 1950, alors étudiante, elle écrit une première nouvelle, fait des petits boulots pour subvenir à ses besoins. Un an plus tard, elle épouse James Munro. Ils partent s’installer à Vancouver. De cette union naîtront quatre filles dont une mourra à sa naissance. Ils ouvrent une librairie à Victoria, librairie qui existe toujours "Munro’s books". Divorcée, elle se remarie et revient dans son pays natal. Elle se fait connaître grâce à ses nouvelles qu’elle publie dans différents magazines. Son premier recueil a été publié en 1968, traduit en français en 2002 sous le titre "La danse des ombres heureuses".
   
   En ce qui concerne "L’amour d’une honnête femme", il s'agit d'un ensemble de huit nouvelles dont la dernière donne son titre au recueil. Des jeunes femmes qui passent à côté de l’existence, qui subissent sans révolte comme Enid l’aide soignante à domicile abandonnant ses études d’infirmière après la promesse faite à son père sur son lit de mort, persuadé que les soins aux malades rendent une femme grossière. Cette nouvelle, la plus longue, en quatre parties, commence par une découverte macabre. Trois gamins en mal d’occupation, décident un matin d’aller se baigner à Jutland, un moulin abandonné au bord de la Peregrine river. La neige n’a pas complètement disparu et plonger dans cette eau encore glaciale est un défi à la hauteur de leur vantardise. Mais un spectacle macabre les attend : l’Austin de Mr Willens, l’optométriste, git de guingois au fond du réservoir du moulin avec son propriétaire à l’intérieur. Les gamins médusés n’ont qu’une pensée, avertir le commissariat de cette horrible découverte. Parce qu’il est midi, ils préfèrent d’abord retourner chez eux pour le déjeuner, retrouver leurs familles où règne une violence latente. Les différentes parties semblent indépendantes les unes des autres, sans lien, dans un autre temps, mais ce premier épisode du passé remonte à la surface bien des années après quand Enid devenue l’aide-soignante d’une mourante acariâtre reçoit les confidences vraies ou fausses de cette dernière.

critique par Michelle




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