Lecture / Ecriture
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Septembre en noir et blanc de Shelby Foote

Shelby Foote
  Tourbillon
  Septembre en noir et blanc

Septembre en noir et blanc - Shelby Foote

Memphis, Tennessee !
Note :

   Tandis que Ford réalise le lancement de son modèle Edsel, que la Nasa rate celui d'une fusée et que les Russes s'apprêtent à réussir la mise sur orbite du Spoutnik, un trio de pieds nickelés venu de l'Etat du Mississippi débarque à Memphis en septembre 1957. La fine équipe, deux hommes et une femme, s'est mis en tête de kidnapper un jeune Noir de famille aisée pour en tirer une forte rançon. Ils comptent agir à l'ombre de l'agitation médiatique du moment: neuf Noirs sont inscrits pour la rentrée scolaire au lycée de Little Rock malgré l'opposition du gouverneur de l'Arkansas, Faubus, soutenu par les démonstrations de force du Klan. Dans ce climat de fortes tensions raciales, les criminels misent sur le fait que la famille n'avertira pas la police.
   
   L'atmosphère du Sud, c'est ici celle de Memphis, porte d'entrée du Delta, avec une importante population noire que l'on présente groupée par la ségrégation dans des quartiers en train de se dégrader. Beale Street, où exercent Eben et Theo, semble le centre de ce Memphis noir, que l'on parcourt avec les personnages du livre au moment de leur repérage des lieux. "Le paradis des Nègres était drôlement décati (…) avec ses quatre ou cinq pâtés de maisons, ses magasins aux enseignes poussiéreuses, ses boutiques de prêteurs sur gages surmontées des trois boules classiques. Ses lumières au néon qui éblouissaient et racolaient les culs-terreux débarquant de leurs cambrousses pour venir jouer aux dés, lever les filles et manger de la friture de poisson-chat ou de porc fumé."
   
   Le kidnapping est préparé et effectué sans anicroche. Enlevé avec douceur (!), Teddy, huit ans, se retrouve dans un quartier de Memphis qui domine le fleuve et ses ponts vers l'Arkansas, dans une maison qu'il ne connaît pas mais où il est bien traité. L'auteur s'intéresse aux ressorts intimes de chacun; il donne la parole à tour de rôle aux acteurs de l'enlèvement — ce qui rappelle un peu la structure narrative de "Tourbillon" — ainsi qu'à la famille du gamin. Son père, Eben Kinship, a épousé la fille d'un homme d'affaires noir, Theo Wiggins, occupé de gérer ses immeubles locatifs et d'éviter toute querelle avec les Blancs. C'est Theo qui puisera dans ses comptes bancaires pour payer seul la rançon. Adjoint de son beau-père, Eben est jusqu'ici un gendre docile, mais l'enlèvement fait naître de la tension au sein de cette famille modèle ou presque.
   
   Shelby Foote brosse scrupuleusement le portrait psychologique des kidnappeurs, Podjo Harris, Rufus Hutton et la blonde Reeny Perdew, dont on découvre les passés troubles et tumultueux. Il s'attache à montrer comment Reeny, la maîtresse de Rufus, n'est pas mue que par ses pulsions sexuelles. Elle va s'éloigner de Rufus et lui préférer Podjo. Entre les deux hommes le lecteur est amené à constater aussi une évidente différence intellectuelle. Rufus, menteur invétéré sur son passé, est toujours au bord d'initiatives risquées pour le groupe; Podjo, l'homme à la moustache qui effraie le petit Teddy, est bien plus subtil et prudent que son rival. On est ainsi très progressivement mis sur la voie d'une fin tragique, mais quand Rufus utilise des billets de la rançon pour s'acheter une très voyante Thunderbird blanche — qui souligne bien le mythe automobile de l'époque — quelques hypothèses de lectures se précisent pour le lecteur attentif aux news données par la radio qu'écoutent Reeny et Podjo après la libération de leur prisonnier.
   
   Au final, une bonne introduction à la thématique du Sud, mais l'œuvre n'a pas été rééditée récemment. 

critique par Mapero




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