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Ados: Pas raccord - Le monde de Charlie de Stephen Chbosky

Stephen Chbosky
  Ados: Pas raccord - Le monde de Charlie

Ados: Pas raccord - Le monde de Charlie - Stephen Chbosky

The best! On vous dit!
Note :

   Ce roman jeunes adultes a été publié en France sous deux titres: Le monde de Charlie et Pas raccord.
   
   "Even if we don't have the power to choose where we come from, we can still choose where we go from there."
   Mardi dernier, chers happy few, alors que je lisais les Top Ten Tuesday des blogueurs américains consacrés à ces livres qu'on a envie de relire, j'ai découvert qu'un titre revenait fréquemment sous la plume de blogueuses aux goûts aussi divers que variés. Intriguée (je n'avais jamais entendu parler de ce roman), j'ai fait une vague recherche afin de voir de quoi il était question et je l'ai commandé, parce que je suis comme ça, toute de wilditude (et qu'on ne dise pas que le net nuit à l'achat compulsif et à la découverte inattendue, la preuve). Le roman en question est
   "The perks of being a wallflower" de Stephen Chbosky (1999, 232 pages), que l'on pourrait traduire approximativement par "Des avantages à faire tapisserie", sorti en français en 2008 sous le titre moins poétique et plus direct de "Pas raccord" (Sarbacane, collection Exprim', traduction de Blandine Longre).
   
   Ce roman est un véritable best-seller aux Etats-Unis, où il a été réédité une vingtaine de fois et vendu à plus d'un million d'exemplaires. Stephen Chbosky, dont c'est le premier roman, en a aussi signé une adaptation ciné (avec Logan Lerman, que l'on voit partout depuis Percy Jackson et Emma Watson, qu'on ne présente plus) qui sortira en 2012.
   
   Sur le fond, "The perks of being a wallflower" n'a rien de bien original: Charlie est en première année de lycée, il a 15 ans et c'est un garçon étrange qui a beaucoup de difficultés à relationner avec les autres. Il aime lire, observer le monde qui l'entoure et il est très passif, cette passivité se transformant parfois en agressivité incontrôlable. En début d'année, son professeur de littérature, sentant son potentiel, lui donne des devoirs supplémentaires et lui fait lire des ouvrages "initiatiques" (en commençant par "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" et en terminant par Hamlet) et Charlie se lie d'amitié pour la première fois avec un élève de dernière année, Patrick, et sa sœur, Sam, dont il tombe amoureux.
   
   C'est dans sa forme qu'il faut certainement chercher ce qui a assuré à ce roman un engouement aussi durable. Charlie écrit à un destinataire inconnu, un garçon qu'il ne connaît pas mais dont il a entendu parler en bien et la forme épistolaire univoque ajoute une tension certaine au récit (Charlie explique à la fin qu'il ne voulait pas tenir un journal de peur que ses parents ne tombent dessus) et ajoute une formalité qui permet à Charlie d'adopter un style à la fois naïf et travaillé, car il écrit plus pour quelqu'un que pour lui-même. Le roman est du coup extrêmement bien construit et n'a de spontané que l'apparence, chaque événement raconté par Charlie faisant finalement sens à la manière d'un puzzle. Il y a des reprises mais jamais de redites, ce qui contribue à la tension dramatique (car Charlie a évidemment un secret, que le lecteur adulte comprend très rapidement), et le style, faussement simple, m'a enchantée.
   
   C'est un roman mélancolique et émouvant, pourtant étrangement optimiste, sur un adolescent qui ne savait pas qu'il cherchait sa place dans le monde qui l'entoure et qui finit par la trouver. Et si aucun des thèmes inhérents au roman de fin d'adolescence (les questionnements existentiels, la découverte de la sexualité, la drogue, le rapport au groupe, la musique et la littérature comme ouvertures et réponses à des questions que l'on verbalise mal, la place dans la famille...) ne manque à l'appel, leur traitement et le ton employé font de ce roman un des meilleurs dans son genre. We were infinite, chers happy few.
    ↓

critique par Fashion




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Roman d'apprentissage
Note :

   Titre original : The perks of being a wallflower
   
    Présentation de l'éditeur (traduite à peu près par moi)
   
   "Cette histoire raconte ce que c'est vraiment de grandir dans une école secondaire. Plus intime qu'un journal intime (no comment sur la recherche lexicale, please... il est 2h du mat), les lettres de Charlie sont particulières et uniques, drôles et déchirantes. Nous ne savons peut-être pas où il habite. Nous ne savons peut-être pas à qui il écrit. Tout que nous savons, c'est ce qu'il partage avec nous. Ne sachant pas s'il doit vivre sa vie ou la fuir, il tente de manœuvrer dans le monde des premiers rendez-vous, des drames familiaux et des nouveaux amis. Le monde du sexe, de la drogue et du Rocky Horror Picture Show, où tout ce dont vous avez besoin, c'est de la chanson parfaite, dans cette balade parfaite pour vous sentir infini".
   

   
   Commentaire

   
   Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre en lisant ce roman. Je l'avais lu dans une liste des "bons romans qui se passaient dans une école", la même liste où il y avait The secret history, un de mes romans préférés, alors je l'ai acheté. En fait, je pensais que c'était une histoire de bal et de jeune fille qui ne dansait pas une seule fois. Pas vraiment, en fait.
   
   Ceci dit, je ne sais pas pourquoi mais j'ai vraiment adoré ce roman. Vraiment. Il nous raconte un an dans la vie de Charlie, un adolescent de 15 ans très seul, dont le seul copain s'est suicidé l'année précédente. Comme ça, il décide d'écrire à quelqu'un qu'il ne connaît pas, juste pour savoir que quelqu'un le lit. Charlie est terriblement naïf et on réalise assez rapidement qu'il est bizarre. Trop émotif, difficilement en contrôle, anxieux. Certes, il aime lire et son prof de lettres le considère comme un génie mais pour ses camarades de classe, il est juste totalement freak. Là sans y être, malhabile socialement. Charlie ne sait pas qui il est, ne sait pas comment se définir, ne sait pas comment participer à sa propre vie. Il sent qu'il ne cadre pas, est heureux et malheureux à la fois et ne comprend pas du tout comment ça se fait.
   
   Puis un jour, à un match, il parle à Patrick et Sam et il fait peu à peu partie d'un groupe, à sa manière. Toujours là, mais toujours aussi un peu extérieur. Ils sont plus vieux, ont vu et vécu des choses différentes et avec eux, il découvrira les joies de l'adolescence, avec tout ce que ça implique. Un autre roman d'apprentissage, me direz-vous. Eh bien oui. Mais j'aime ce type de roman, ce n'est pas nouveau. Et la voix de Charlie, étrange certes, mais complètement franche et sans artifices, m'a beaucoup plu malgré sa bizarrerie. Ce n'est bien entendu pas un ado type. Il semble vivre dans un monde à part, être complètement out of it, presque trop naïf. Mais c'est cette candeur que j'ai trouvée particulièrement touchante dans ses révélations, dans sa façon de raconter des choses incroyables sur un ton complètement neutre.
   
   L'écriture évolue avec Charlie. Loin d'être travaillée ou pleine d'adjectifs, il écrit "comme il parle", surtout au début du roman. Puis, on le sent grandir, les phrases deviennent un peu plus syntaxiques, plus séparées. Mais cette évolution de l'écriture m'a aussi beaucoup plu. J'ajouterai aussi que j'ai fini le roman avec les yeux plein d'eau. Je voudrais tellement que tout aille bien pour Charlie.
   
   Les personnages secondaires m'ont aussi beaucoup plu. J'ai aimé retrouver ces grandes paroles adolescentes, qui croient parfois détenir la Vérité et qui sont parfois complètement à côté de la track. Leur façon d'intégrer Charlie, malgré le fait qu'il soit weird, qu'il pleure tout le temps, m'a émue. Et j'ai aussi aimé l'évolution des relations. Bref, une agréable surprise, une voix étrange, naïve, celle d'un jeune qui regarde la vie passer, même s'il essaie de faire autrement. J'ai lu que plusieurs avaient trouvé la construction très artificielle, pas crédible, mais ça a vraiment fonctionné avec moi. On aurait dit que ce cadre un peu formalisé forçait le jeune homme à structurer ses pensées et ses angoisses qui partent dans tous les sens. On parle de différence, de perceptions, on y voit la réalité de plusieurs ados sans se faire faire la morale pour autant. J'ai eu du mal à le lâcher (je le lisais en mangeant) et je me suis réellement attachée à ces personnages, même si aucun ne ressemble à l'adolescente que j'ai été.
   
   Il paraît que ce sera bientôt un film, avec celui qui fait Percy Jackson dans le rôle de Charlie, et celle qui fait Hermione Granger dans le rôle de Sam, son gros crush. Je sens que je le verrai, ce film!
    ↓

critique par Karine




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Dès 14 ans
Note :

   Thèmes : Deuil, Adolescence, Amour
   
   Cela faisait un petit moment que je voulais lire Le monde de Charlie car j'avais adoré le film (vu pendant mon congé maternité). C'est surtout la manière dont l'auteur, progressivement, amenait le véritable sujet du livre, un drame psychologique qui m'avait bouleversée.
   
    Charlie est un adolescent marginalisé par ses camarades de lycée qui le trouvent bizarre, en décalage. A la veille de sa rentrée en seconde, il décide d'écrire des lettres en s'adressant à quelqu'un qu'il ne connaît pas, pour évacuer ses angoisses et ses appréhensions. Dans ses lettres, il va se confier et surtout évoquer le suicide de son meilleur ami qui l'a énormément perturbé. Puis il va nous raconter sa rencontre inattendue avec deux étudiants en terminale : Sam et Patrick (Emma Watson et Ezra Miller dans l’adaptation cinématographique). Ce sera l'occasion pour lui d'expérimenter sexe, drogue, alcool, les fêtes, les soirées étudiantes...
   
   Sur fond de roman épistolaire et d'apprentissage, Le monde de Charlie est la relève de L'attrape-coeurs nous dit-on. Il est vrai que les thèmes sont similaires mais j'ai largement préféré Le monde de Charlie pour ses personnages attachants et touchants, pleins de fougue et d'énergie, qui croquent la vie à pleines dents et expérimentent à fond ce que sont les sentiments d'attirance, d'amour, d'amitié, de solidarité, de culpabilité, d'espoir, de peines. Sam est une fille incroyable avec un cœur en or et la tête pleine de rêves. C'est ce qui pouvait arriver de mieux à Charlie qui va certes se dévergonder un peu mais surtout apprendre à organiser ses pensées, à comprendre qui il est, à chercher ce qu'il fuit, à se faire une place dans le monde.
   
   J'ai adoré la forme épistolaire qui est d'une sincérité et d'une sensibilité attendrissante. Au début, Charlie écrit et développe ses pensées de manière désorganisée, paumée, souvent maladroite. Mais on comprend vite qu'il a un don pour l'écriture et son prof de lettres le prend sous son aile en lui demandant de faire des rédactions, de lire de grandes œuvres (L’envers du paradis et Gatsby le magnifique de F.S. Fitzgerald, Sur la route de J. Kerouac ou encore Le festin nu de W.S. Burroughs.)
   
   Il y a donc dans Le monde de Charlie une réflexion poussée et affinée sur la notion d'adolescence et ce passage bizarre dans le monde adulte, comme un état second où l'on est spectateur plus qu'acteur de sa vie. Ce qui m'a véritablement étonnée, bluffée et émue, c'est la fin d'une intensité et d'une émotion rare qui fait la lumière sur notre Charlie, sur ses failles psychologiques, sur ses blocages et sa détresse néanmoins palpable à travers ses mots.
   
    Une très belle lecture, une de celle qui serait même, à mon humble avis, comme un classique incontournable de la littérature young adult.

critique par Laël




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