Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé

Laurent Gaudé
  Le soleil des Scorta
  La mort du roi Tsongor
  Dans la nuit mozambique
  Eldorado
  La porte des enfers
  Cris
  Ouragan
  Caillasses
  Pour seul cortège
  Les oliviers du Négus
  Danser les ombres
  Écoutez nos défaites

Laurent Gaudé est né en 1972.

Après des études de Lettres, il décide de se consacrer entièrement à l'écriture et se fait d'abord connaître comme dramaturge.

Il publie son premier roman "Cris" en 2001, qui sera suivi notamment par "La mort du roi Tsongor" (Prix Goncourt des lycéens 2002) et "Le soleil des Scorta" (Prix Goncourt 2004).


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le soleil des Scorta - Laurent Gaudé

Chronique familiale
Note :

   Prix Goncourt 2004
   
   La terre des Pouilles, pauvre et aride, écrasée de chaleur, crevassée et accablée sous le soleil. C'est là, au bord de la mer, que se trouve le petit village de Montepuccio, dont les habitants vivent modestement du produit de leur pêche et de leurs cultures. Et parmi eux, les Scorta sont les derniers des derniers. Descendants d'une muette et d'un brigand sans foi ni loi, lui-même le fruit d'un viol, les Scorta, frères et soeur, sont pauvres parmi les pauvres. Taciturnes et solitaires, ils mènent à Montepuccio une existence laborieuse.
   
   Mais le très beau roman que leur consacre Laurent Gaudé n'a rien d'un livre misérabiliste. Car le soleil terrible qui écorche sans pitié la terre des Pouilles et ses habitants est aussi celui qui les réchauffe et mûrit leurs pêches et leurs olives. A travers la chronique familiale de ces hommes et ces femmes fiers et silencieux qui ne sortent que rarement de leur réserve pour confier à un de leurs enfants quelques bribes de sagesse péniblement acquise, quelques parcelles d'expérience, Laurent Gaudé nous offre un roman étonnant, lumineux et chaleureux, festin tout à la fois frugal et savoureux.
   
   Si ses phrases très courtes m'ont d'abord un peu agacée, elles ont fini par s'imposer, justes et nécessaires, dans le ton et le rythme qui conviennent pour évoquer la transmission d'un secret trop précieux pour se diluer dans de longs discours. L'amour d'une terre. Et un certain goût pour le bonheur, dans un parfum de rocailles et de laurier grillé.
   
   
   Extrait:
   "Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, il n'y a rien à faire. Nous l'aimons trop, cette terre. Elle n'offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d'entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil, Elia. Sa chaleur, nous l'avons en nous. D'aussi loin que nos corps se souviennent, il était là, réchauffant nos peaux de nourrissons. Et nous ne cessons de le manger, de le croquer à pleines dents. Il est là, dans les fruits que nous mangeons. Les pêches. Les olives. Les oranges. C'est son parfum. Avec l'huile que nous buvons, il coule dans nos gorges. Il est en nous. Nous sommes les mangeurs de soleil." (pp.150-151)
   ↓

critique par Fée Carabine




* * *



Fierté…
Note :

   Ce livre, je l’ai entrevu sur plusieurs blogs sans pour autant en connaître le contenu, mais en ayant relevé qu’il avait l’air apprécié par la majorité… Je me suis facilement laissée tenter car par un hasard total je me suis rendue compte que ma maman le possédait… je le lui ai piqué donc…
   
   Cette histoire est une fresque familiale qui commence en 1875 et finira en 1980. A travers toutes ces années et ces générations, on pourra suivre les péripéties et les mésaventures de la famille Scorta. Mais cette famille n’est pas comme les autres, elle a pour origine un viol et sera ainsi sous le joug d’une sorte de malédiction ou du moins aura une certaine réputation que tous les descendants devront assumer. Et ils le feront sans quitter le village de leurs origines, Montepuccio…
   
   Cette famille vivra dans la pauvreté de génération en génération, mais gardera toujours comme vœu de transmettre son héritage. Même si leur réputation sera celle de voleurs, de brigands, de traîtres, ils finiront par se faire respecter et se faire accepter, notamment grâce au bureau de tabac qu’ils créeront…
   
   Mais cette fresque ne raconte pas seulement une famille, elle nous décrit également une façon de vivre, la richesse des us et coutumes de l’Italie, sa cuisine, ses superstitions, ses paysages.
   
   On se laisse entraîner dans cette histoire, on fait partie de cette famille, on les connaît à travers les temps, on les voit grandir, évoluer, se façonner, notamment grâce à Carmela qui fait des incursions tout au long de ce récit et qui nous explique parfois ce qui est caché.
   
   J’ai vraiment aimé l’ambiance de ce livre, de ce petit village où toute l’histoire ou presque se déroule et pourtant on a vraiment l’impression de voyager tellement il se passe d’évènements. On ne voyage pas dans l’espace, mais dans le temps…
   
   Un livre qui nous apprend à être fier de notre nom, à ne jamais le renier et à vivre avec tout ce qu’il peut cacher…Une mentalité qui n’existe guère en France mais qui persiste toujours en Italie, je pense…
   ↓

critique par Mme Patch




* * *



Saga familiale
Note :

   «Le soleil des Scorta» est une saga familiale. Moi, je croyais entreprendre un polar. Il m’a rapidement fallu revoir ma copie ! Saga familiale donc, mais exotique. Foin de Rouergue ou de Massif Central profond, les Scorta c’est un nom italien, (ben oui quoi !), et c’est dans les Pouilles que se situe Montepuccio, le berceau familial de la dynastie.
   
   Berceau … faut pas exagérer non plus car les Scorta ne naissent pas précisément une cuillère d’argent dans la bouche. C’est même plutôt tragique puisque la dynastie est le fruit (oh l’horrible terme !) d’un viol qui jettera, aussi sûrement que quatre et quatre font huit, l’opprobe sur les membres de la famille. Une tentative ratée d’émigration aux Amériques, à l’heure où peupler ce territoire en devenir était tendance, va souder les deux frères et la soeur qui lanceront réellement la saga.
   
   Les Pouilles ça n’était pas riche (ça ne doit toujours pas l’être beaucoup) vers fin XIXème-début XXème siècle, et on ne badinait pas avec l’honneur et la réputation. Laurent Gaudé semble bien connaître, et montrer un amour certain, pour l’Italie, les Pouilles et ses habitants. Son écriture et la «chair» de son roman sont d’un niveau au-dessus de ce qui se fait classiquement en saga. On a chaud par moments et ça n’est pas dû qu’à l’action ! Laurent Gaudé nous fait réellement partager son amour et sa sensibilité pour le pays.
   
   Ce roman a reçu le prix Goncourt en 2004. A posteriori, quand je considère cette information, ça me laisse un peu coi. Pas assez «littéraire» à mon goût.
   
   Assez controversés finalement ce prix et ce roman !
   ↓

critique par Tistou




* * *



La familia
Note :

   Situé à Montepuccio, le deuxième roman de Gaudé retrace la vie d’une famille, fondée sur un viol. Affligés par cette malédiction, de génération en génération, les Scorta tenteront de s’affranchir de la pauvreté matérielle; en ouvrant un petit bureau de tabac, en serrant les coudes, mais surtout en célébrant les liens du sang qui les unit.
   
   Si comme plusieurs, vous entretenez des idées préconçues concernant les sagas familiales siciliennes – la chaleur étouffante, les olives, la sauce tomate, les traditions, la fierté italienne, vous ne serez pas surpris car c’est exactement ça. N’attendez rien de révolutionnaire de ce roman.
   
   La force de ce récit réside strictement dans le talent de l’auteur à faire transpirer toute l’humanité, l’acharnement et la compassion d’un clan. Avec une prose lumineuse, pourtant bien simple, il ne raconte pas bêtement la vie de ses personnages, il les fait vivre. Le tout respire l’authenticité et possède un pouvoir d’immersion étonnant.
   
   En dosant habilement l’exotisme, le tragique et l’espoir, le Goncourt 2004 est une belle réussite. Si il est vrai que celui-ci ne marquera pas la littérature, peu de lauréats de la vénérable récompense peuvent prétendre l’avoir fait. Et que cet ouvrage ne soit pas austère comme les gagnants précédents, pour ma part, ne peut qu’être une bonne chose.
    ↓

critique par Benjamin Aaro




* * *



Toujours aussi admirative
Note :

   J'ai dû acheter ce livre tout de suite après ma lecture de "La mort du roi Tsongor" de Gaudé. J'avais tellement aimé l'écriture de l'auteur qu'il me fallait à tout prix lire autre chose de lui. Sauf que bon, entre temps, j'ai lu que c'était à mourir d'ennui alors je l'avais relégué au fin fond de ma pile. Il a fallu un lecture commune pour que je l'en sorte... et j'ai drôlement bien fait parce que, encore une fois, je vais être bizarre et avouer que j'ai vraiment, vraiment aimé ce roman. Et que j'ai pleuré comme une madeleine pendant les 30 dernières pages!!! Et ça, c'est un signe indéniable que je suis rentrée dans l'histoire.
   
   C'est une saga familiale, mais pas une saga sur 500 pages... Nous voyons des vies passer, des enfants naître, grandir et mourir, en laissant derrière eux l'héritage de la famille Scorta, famille née du viol d'une vierge et marquée par son origine. Nous retrouvons les personnages à différentes époques de leur vie, dans leur village de Montepuccio, dans le sud de l'Italie, sur des terres arides et brûlantes sous un le soleil de plomb, qui dessèche mais aussi qui fait vivre. Parmi eux, trois enfants, frères et sœur de sang et un autre, frère par choix. Ils sont les Scorta. Domenico, Giuseppe, Raffaelo et Carmela seront avant tout ça. Frères et sœur. Une famille, fière, envers et contre tous.
   
   Je suis toujours aussi admirative de la plume de Gaudé. Je me suis laissée prendre à sa poésie, à la fluidité de ses mots, à la beauté de ses images. Il nous transporte dans ce monde clos, où on ressent le travail, les difficultés, la pauvreté mais aussi la chaleur humaine et l'esprit de petit village, avec ses beautés et ses mesquineries. Ce coin du monde, je l'ai réellement vu à travers les mots de l'auteur. J'y étais. Et, avec les personnages, je voyais d'un œil un peu mélancolique les choses changer...
   
   Parce que je crois que c'est mon esprit nostalgique qui a fait que j'ai tant aimé ce roman. Autant je peux m'émerveiller du cours des choses, de la vie en général, autant je regarde parfois derrière moi avec un sourire, en me rappelant les rues ou les visages de mon passé. J'ai été touchée par cette volonté de survivre à la fois dans le sang et dans les mémoires. Touchée par le récit de Carmela, qui revient vers ceux qu'elle a aimés, sa famille, à la fin de sa vie. Touchée aussi par cette vie qui passe, par nous qui y passons, et qui laissons notre place. De par la longueur du récit, je revoyais comme en flashbacks en ces personnages vieillis les enfants et les jeunes adultes qu'ils étaient il y a tout juste quelques pages, avec leurs rêves, leur fierté, leur jeunesse leurs espoirs. On sent le temps qui passe, mais la mémoire demeure.
   
   On pourra certes reprocher au roman de ne pas avoir une histoire très suivie, de ne pas se terminer en point d'orgue. Il ne faut pas s'attendre à de l'action et à des révélations à chaque page non plus. Mais ces aspects ne m'ont nullement dérangée. Un thème qui ne manque jamais de me toucher - et qui me donne à chaque fois le goût de vivre là, maintenant - et une lecture que j'ai adorée!
    ↓

critique par Karine




* * *



Le soleil en plein cœur
Note :

   Après nous avoir transportés dans une Antiquité imaginaire mâtinée de sagesse africaine, dans "La mort du roi Tsongor", Laurent Gaudé nous fait découvrir avec ce roman les Pouilles, cette région méconnue du Sud de l'Italie, écrasée sous le soleil et la misère. Nous allons suivre, en quelques 250 pages, l'histoire d'une lignée maudite, les Scorta, de 1870 à nos jours. Avec ses nombreux personnages, répartis sur quatre générations, on pense immédiatement à "Cent ans de Solitude", d'autant que la malédiction qui semble peser inexorablement sur la famille rappelle celle du roman de Garcia Marquez, sans parler de la narration, entrecoupée de scènes où Carmela évoque l'histoire de sa famille sur le ton de la confession.
   
   L'écriture est une pure merveille à chaque page, portée par des descriptions sublimes des paysages italiens. En quelques pages à peine, le lecteur est happé par cette atmosphère torride, dans ce petit village misérable où, lorsque le soleil est au zénith, "les lézards rêvent d'être poissons". Les caractères sont particulièrement travaillés, ce qui constitue une véritable gageure en moins de trois cents pages, notamment celui du patriarche Luciano, réinvesti dans celui de Rocco, brigand pillant et violant sans vergogne mais qui déshérite toute sa famille au profit de l'Église, pour leur donner l'opportunité de repartir de rien, ce qui va en fait contribuer à les sauver de la malédiction familiale, en les obligeant à peiner toute leur vie pour survivre. Car s'il est bien une valeur qui tient tout ce roman, ce n'est pas l'argent, méprisé par les Scorta et vénéré par les villageois, mais la sueur, le travail, la peine chaque jour renouvelée pour sortir de la misère et de la disgrâce.
   
    Une histoire exceptionnelle, faite de larmes et de sang, où la chaleur humaine et la dignité chassent les difficultés et les douleurs, et avec laquelle Laurent Gaudé s'impose comme l'un des meilleurs écrivains contemporains, et n'est pas sans rappeler, notamment par son style, le grand Giono lui-même. Avec ses phrases au style parfois lapidaire et qui pourtant sonnent à chaque fois comme une évidence, "Le Soleil des Scorta", qui mérite bien le prix Goncourt dont on l'a récompensé (et ce n'est pas le cas de tous les romans primés!), vous laisse, longtemps après cette lecture bouleversante et passionnante, un arrière-goût d'olives mûres, de terre aride et de pierres sèches, comme si vous aviez reçu un coup de soleil en plein cœur.

critique par Elizabeth Bennet




* * *