Lecture / Ecriture
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Le tapis du salon de Annie Saumont

Annie Saumont
  Un pique-nique en Lorraine
  Un soir, à la maison
  La terre est à nous
  Le tapis du salon
  C'est rien ça va passer
  Encore une belle journée
  Qu'est-ce qu'il y a dans la rue qui t'intéresse tellement ?

Annie Saumont est une écrivaine française née en 1927 à Cherbourg et morte le 31 janvier 2017.

Le tapis du salon - Annie Saumont

A traits vifs et rapides
Note :

    À sa manière discrète, Annie Saumont occupe le territoire des Lettres Françaises avec une indéfectible constance. Depuis les années 60, elle s’est imposé en donnant à la Nouvelle la reconnaissance d’un réel genre littéraire.
   
   Une fois de plus, Annie Saumont démontre comment la Nouvelle repose sur la concision extrême du récit. Loin de tronquer l’intrigue ou de simplifier la psychologie des personnages, elle aiguise avec une acuité particulière les mots qui déroulent son histoire. Elle nous livre ici un recueil composé d’une vingtaine de nouvelles rassemblées sous ce titre, "le tapis du salon", qui intitule également trois des pièces de l’ouvrage.
   
   Des histoires brèves certes, aux horizons divers. Mais c’est surtout le ton adopté par l’auteure, et son style haché, elliptique jusqu’au système, qui définit l’unicité du recueil. En réalité Annie Saumont traque dans un dédale d’objets anodins ou de faits mesquins le détail qui scelle le sort de ses personnages. Elle dresse par exemple dans "la mort du poisson rouge", une atmosphère de sérénité champêtre, où de charmantes familles divertissent leurs non moins charmants bambins en leur offrant un poisson rouge:
   "Calme journée. Pas un souffle de vent.
   Mélanie et Antoine sont au jardin. Ce pourrait être la première phrase du premier conte d’un premier livre de lecture.
   Mélanie arrache une herbe folle. Antoine écrase du pied une motte de terre grasse.
   Pas le moindre frémissement des rideaux à la fenêtre du salon qu’Antoine a ouverte après le petit-déjeuner.…"

   En quelques pages, nous identifions trois familles sans histoires, si ce n’est celles de nos quotidiens, myopie de la tendresse parentale et éclairage malicieux des inventions enfantines, jusqu’à ce jeu…
   « On joue à la fin du monde ?
   Quand le jeu a commencé, si on dit pouce c’est de la triche.
   Fallait réfléchir avant.
   Fallait dire non pour les cow-boys, la balançoire.
   T’as dit oui pour la fin du monde. On continue. »

   Une pirouette, un battement de cils plus tard, l’Éden est soufflé par un vent d’apocalypse, qui secoue le lecteur et bouscule l’ordonnance de ce petit monde trop bien léché.
   Parfait exemple de cet art de l’ellipse, le début de "Quartiers d’automne"
   «  Promenade-danse. Danse-promenade. Le parc est vert. Quatre danseurs ont monté un ballet. Pas vraiment un ballet, des séquences. Ici et là.
   Il y a notre petite Ida.
   Pelouse. Arbres. Un épicéa. Un sophora-pleureur. Un saule.»

   On entre ainsi par le décor dans la quête des personnages qui se cherchent, s’épient, se débattent contre le mal-être, l’absurdité, la méchanceté, la perversité des situations.
   
   Annie Saumont adore avancer sans avoir l’air d’y toucher.
   Elle privilégie volontiers les situations où la rumeur et le non-dit travaillent en minant le terrain à l’insu du personnage central. À cet égard, les trois nouvelles qui portent le titre générique sont exemplaires.
   Dans la première, c’est un pauvre gosse, le narrateur, recueilli par Yole et Sarie, qui élèvent comme elles peuvent leur petit cousin orphelin. Le tapis offert par l’amoureux de Sarie est trop beau pour la modeste maison. Bien encombrant. Un vrai piège. On le range et on l’oublie… Mais un jour, le narrateur qui a bien grandi, retrouve ses deux cousines enveloppées dans le tapis…
   
   La seconde de ces nouvelles consacrées au tapis du salon repose sur une inadéquation de situation similaire. Le narrateur est élevé par sa sœur Isa, faute d’un père capable d’assumer son veuvage. Par les mots de ce gamin à la vie rustique, on saisit combien la sœur aînée tente d’organiser leur vie et de s’ouvrir un avenir, jusqu’au jour où l’adolescent mal dégauchi tache le tapis… La chute tombe comme un couperet, rapide et impitoyable.
   
   Ma préférée à cet égard reste la seconde, intitulée "vacances"…
   
   Il vous reste à entrer à pas légers dans ces tranches de vie esquissées à traits vifs et rapides, comme ces croquis au charbon ou à la sanguine qui servent d’étude du sujet. Et vous découvrez que l’esquisse transmet plus de force que la peinture bien léchée.
   
    Mais surtout prenez votre temps pour savourer distinctement ces nouvelles. Mon seul regret est d’avoir lu trop vite le recueil, les enchaînant les histoires sans respiration, ce qui a eu pour effet de mettre en évidence la technique d’écriture, gâchant mon innocence de lectrice.
    ↓

critique par Gouttesdo




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18 nouvelles
Note :

   Annie Saumont est notre nouvelliste française. Elle n'écrit que des nouvelles et elle le fait avec un grand talent. Ses textes sont étudiés en classe et elle prouve que cet exercice difficile, que représente l'écriture de la nouvelle, mérite d'être mieux apprécié chez les lecteurs.
   
    Son œuvre est marquée par des personnages souvent seuls, sur le fil et qui ne s'aperçoivent pas que leur univers va basculer sans que rien d'extraordinaire n'arrive.
   
    Des histoires très courtes, remplies de silence et de désespoir profond. Les personnages évoluent dans un monde désenchanté où la noirceur règne.
   
    18 nouvelles dont le fil rouge est la chute, terrible et efficace. Conçue comme un coup de scalpel, elle donne l'ampleur à la lecture et la compréhension ultime au malaise qui nous habite.
   
    Le tapis de salon se décline en trois histoires et il devient un élément dont l'utilisation troublante et effrayante déstabilise longtemps.
   
    La mort d'un poisson rouge par son début nous promet un conte champêtre sauf que la fin, toujours, nous glace.
   
   Les derniers mots, parfois juste le mot, nous donnent la dimension de l'abysse dans lequel plonge la vie la plus simple.
   
    Annie Saumont sait capter comme personne cet instant insaisissable où le néant, la folie et l'infâme se conjuguent pour laisser le lecteur au bord de tous les gouffres à l'instar de ses personnages.
   
    Son écriture ressemble aux tranches de vie racontée, elle coupe, elle taille. Réduisant la ponctuation à l'infime, elle utilise l'implicite pour nous tenir en haleine.
   
    Audacieuse dans son style, elle nous invite dans un univers étrange où rien n'est anodin dans ce qui survient laissant le lecteur troublé.
   
    Le plaisir aussi de lire des nouvelles, c'est que l'on pioche en passant d'une nouvelle à l'autre en conservant l'âme du texte.

critique par Marie de La page déchirée




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