Lecture / Ecriture
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Demoiselles des lumières de Jean Diwo

Jean Diwo
  Au temps où la Joconde parlait
  Demoiselles des lumières

Demoiselles des lumières - Jean Diwo

Roman historique
Note :

   Je ne suis (ou n'étais) pas lectrice de romans historiques, on peut même dire que je n'y connais rien. Je suis donc allée me renseigner auprès d'amateurs plus éclairés et c'est ainsi que je me suis vu conseiller en premier lieu de goûter un peu de Jean Diwo. Comme je venais de lire "Le voyage des grands hommes" de F. Vallejo, j'ai décidé de rester dans la même période: moitié du 18ème et dans la vaste production de Diwo (qui couvre me semble-t-il à peu près toutes les périodes), j'ai pioché "Demoiselles des lumières," roman dans lequel on retrouve d'ailleurs nos trois "grands hommes" du voyage - Petit coucou entre livres- J'annonce tout de suite que j'ai encore enchainé avec un troisième roman historique, de Dominique Fernandez cette fois, et que je suis restée dans cette époque, non d'ailleurs que j'y sois tout particulièrement attachée, mais par simple lubie: une lecture "à contraintes", comme il en est de certaines écritures: trois romans historiques d'auteurs différents mais se situant dans une même période.
   
   Donc, mon premier Diwo fut ces "Demoiselles des lumières". Qui sont elles, tout d'abord? Ce sont les femmes qui ont compté à cette époque. En tout premier lieu celles qui tenaient ces "Salons littéraires" qui ont drainé les talents de l'époque et ont permis ces rencontres, ces grandes discussions, cette émulation, ces "frottages" d'opinions qui font progresser la pensée et aussi, il faut bien le dire certains copinages qui ont parfois aidé ceux qui en avaient besoin et de plus le méritaient, permettant à tel auteur d'être publié, tel peintre d'avoir des commandes, tel philosophe d'être protégé. Ensuite, sont "Demoiselles des lumières" également, les premières femmes à manifester publiquement leurs capacités scientifiques dans un monde qui n'a aucune intention de leur faire une place. Et enfin, mais de façon moins nouvelle, ce sont Mme de Montespan, puis Mme Du Barry (mais la première surtout), qui usent de leur influence (énorme) auprès du roi, et Mme de Montespan fit énormément pour les arts, et également pour les Encyclopédistes qu'elle protégea.
   
   J. Diwo utilise ici des personnages ayant réellement existé et s'en tient à des faits ayant réellement eu lieu. Nous suivons avec lui la succession d'une foule de micro-évènements. Au début, j'ai été un peu submergée par le nombre de personnages, leurs liens, leurs interventions, mais peu à peu, tout se met en place et le lecteur retombe assez bien sur ses pattes. Le problème étant peut-être que nous verrons beaucoup de petites choses pour peu de grandes, mais ne sont-ce pas les petites choses dans leur accumulation qui font les changements?
   
   C'est un roman qui ne présente pas d'intérêt littéraire, qui n'en présente sans doute pas non plus pour les historiens, mais qui par contre est une lecture satisfaisante pour le néophyte car on allie alors le plaisir d'une lecture facile et distrayante à la satisfaction d'apprendre beaucoup de choses sur la période concernée, en particulier la nature des liens (amour, amitié, hospitalité, haine, concurrence etc.) qui unissaient les divers personnages publics de l'époque. Jean Diwo nous offre un travail extrêmement bien documenté. Il semble parfaitement maitriser son sujet. En fait, cette lecture ressemble davantage à un cours d'histoire qu'à une œuvre littéraire, mais à un de ces cours plaisants et intéressants comme en donnent les profs qui captivent leurs élèves. On passe un agréable moment avec ce qui est quasiment un roman d'aventure et on referme son livre avec la satisfaction de savoir bien plus de choses qu'à la première page. C'est bien. Alors, si vous voulez découvrir Jean Diwo, consultez sa bibliographie, il a sûrement écrit un roman sur une époque qui vous intéresse.
   
   
   PS (le coin du moqueur) : Diwo n'est pas Ponson du Terrail (mon idole) mais il se laisse néanmoins parfois emporter par son élan narratif, apportant à son œuvre une dimension comique qui n'est pas malvenue à mon gout. Deux exemples:
   "il répondait négativement à la question de savoir si le progrès des sciences et des arts avait contribué à corrompre ou à épurer les mœurs." (155)

   
   et, d'une singulière actualité en ce mercredi 29 février:
   "(Voltaire) annonça, le 25 février, qu'il allait faire une promenade pour découvrir les transformations de la ville. Son carrosse bleu fut reconnu, la foule l'acclama et le suivit dans les rues. Il rentra quai des Théatins tout ragaillardi et se reposa jusqu'au 30 pour aller à l'Académie française." (340)

critique par Sibylline




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