Lecture / Ecriture
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Belle et sombre de Rosa Montero

Rosa Montero
  La fille du cannibale
  Instructions pour sauver le monde
  Le roi transparent
  Belle et sombre
  Le territoire des barbares
  La folle du logis
  Des larmes sous la pluie
  L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir
  Le poids du cœur
  La chair

Rosa Montero est une romancière et journaliste espagnole née en 1951 à Madrid.

Belle et sombre - Rosa Montero

La douceur et l'horreur
Note :

   "La douceur et l'horreur sont ainsi proches l'une de l'autre dans cette vie si belle et si sombre."
   
   
   Sa vie, elle la commence par un voyage un train, celui qui l'amène vers une famille, sa famille. Sa tante Amanda, soumise et craintive, son oncle Segundo, tyrannique et violent, son cousin Chico, la naine Airelai, magicienne. Et sa grand-mère, dona Barbara, tellement imposante et forte. Au cœur d'un quartier populaire où les lois sont celles des clans, tous vont attendre le retour de Maximo, son père, pivot des secrets qui les rongent.
   
   Mystère, magie... Et paradoxalement réalisme cru. J'avoue ne pas trop savoir par quel bout attraper "Belle et sombre". Peut-être tout simplement par le bonheur pris à écouter la voix de celle qui raconte, cette petite fille qui regarde le monde, tente de le comprendre, ouverte à la peur, au bonheur, à la magie, au mystère qui sont son quotidien dans cette famille où les femmes sont sorcières quand elles sont fortes, et où les hommes sont la cause de tous les malheurs du monde.
   
   Autour d'elle il y a le Quartier et ses règles qu'il faut respecter, ses rues interdites aux lumières violentes, ses frontières derrière lesquels la vie est encore plus dure, sa violence qu'on devine au gré des rencontres, celle du Portugais, de l'Homme-Requin, des cadavres, des coups. Une violence et une cruauté quotidiennes qui s'allient avec la beauté de choses, les mystères du monde des adultes qui font parfois ressembler le quotidien à un rêve. A une de ces histoires fabuleuses que raconte Airelai. Un beau personnage, Airelai, qui n'est pas pour rien dans le charme un brin vénéneux qui se dégage du roman. Car on se retrouve vite pris par la spirale de violence, de mort, de magie et de beauté dans laquelle cette famille se débat, déchirée par la lutte entre deux frères ennemis.
   
   Et puis il y a l'écriture de Rosa Montero, et cette très belle traduction de Myriam Chirousse. Pas une page que l'on n'ait pas envie de marquer pour en retenir une phrase, un paragraphe, et cela dès les premières lignes.
   
   Un bijou.
   
   Tournez les pages, …
   
   
   "Malheureux celui qui n'a pas connu l'amour. Cette sorte d'amour. Cet abîme dans lequel on se jette joyeusement. Malheureuse la personne qui n'a jamais senti, ne serait-ce qu'un instant, qu'elle et son compagnon sont les deux seuls êtres humains qui aient jamais habité cette planète. Et malheureux ceux qui se sont une fois sentis comme ça. Parce qu'ils l'ont vécu et l'ont perdu. Je n'ai jamais été aussi belle ni aussi intelligente que je l'ai été pour lui: depuis ma vie n'a cessé de sombrer. Et à présent, à présent que je suis à peine moi-même, à présent que j'oublie tout, pour mon malheur je ne peux toujours pas oublier cette agonie du désir et de la chair."
    ↓

critique par Chiffonnette




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Envoûtant
Note :

   "J'ai été témoin d'horreurs au delà des mots. J'ai vu des boiteux lapidés parce qu'ils étaient boiteux, des noirs brûlés vifs parce qu'ils étaient noirs, des vieillards affamés par leurs enfants, des filles violées par leurs propres pères. J'ai vu égorger pour un paquet de cigarettes et éventrer au nom de Dieu. Il y a des gens qui se délectent de cet enfer et je les connais bien, parce que je me suis souvent vue obligée de cohabiter avec eux. Avec les sadiques. Je soupçonne que les naines attirent les types cruels, comme les lumières brillantes attirent les mites. Peut-être parce que nous leur rappelons leurs enfants, qui sont leurs victimes préférées. Ou peut-être parce qu'ils nous croient fragiles. Mais moi je possède la grâce et je suis puissante. C'est pour çà que je leur ai toujours survécu".
   
   J'ai été d'emblée sensible à l'écriture chatoyante de Rosa Montero. L'histoire est celle d'une fillette tirée brusquement d'un orphelinat pour être projetée dans un quartier que l'on devine proche du bidonville. Elle se découvre une famille, sa grand mère, l'imposante Dona Barbara, une personnalité haute en couleurs. Puis le fils Segundo, à l'esprit retors, brutal avec son fils Chico, et sa femme Amanda. Il y a surtout Airelai, la naine, qui enrobera la réalité d'une magie irrésistible avec ses histoires fantastiques. Tout ce monde vit de manière précaire, semblant avoir de l'argent un jour, puis plus rien les semaines suivantes.
   
   Ils vivent surtout dans l'attente du retour de Maximo, le père de la petite narratrice, mystérieusement absent. Le souvenir d'évènements tragiques plane, liés à la mort de la mère de la fillette. L'histoire est racontée à hauteur d'enfant et nous découvrons en même temps qu'elle les liens reliant les personnages et la chronologie d'un drame. Il faudra attendre la toute fin du roman pour comprendre ce qui s'est joué.
   
   C'est le genre de livre dont l'atmosphère vous envoûte rapidement, l'auteur vous prend par la main et vous entraîne dans une série d'histoires plus extravagantes les unes que les autres, qui finissent par s'emboîter d'une manière magistrale. Le choix de la fillette pour raconter l'histoire la rend moins dure qu'elle ne l'est. La candeur de la petite, son ignorance brouillent un peu la laideur qui l'entoure.
   
   Je n'en resterai pas là avec l'auteur, je compte poursuivre avec "instructions pour sauver le monde".

critique par Aifelle




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