Lecture / Ecriture
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Le Feu sur la montagne de Edward Abbey

Edward Abbey
  Le gang de la clef à molette
  Un fou ordinaire
  Le Feu sur la montagne

Edward Paul Abbey est un écrivain et écologiste américain, né en 1927 et décédé en 1989.

Le Feu sur la montagne - Edward Abbey

Un récit qui fait du bien et rend meilleur
Note :

   «Le ranch de John Vogelin est toute sa vie. Sous le ciel infini et le soleil éclatant du Nouveau-Mexique, le vieil homme ne partage sa terre qu’avec les coyotes, les couguars et autres animaux qui peuplent les montagnes et le désert. Jusqu’au jour où l’US Air Force décide d’y installer un champ de tir de missiles. Déterminé à défendre sa terre, le rancher irascible engage alors un bras de fer avec l’armée. Or un vieil homme en colère est comme un lion des montagnes: acculé, il se battra jusqu’à la mort.» 
   
   
Pour avoir lu les résumés de l’éditeur, ci-dessus et ceux du Net, je connaissais en partie déjà l’histoire avant de commencer ce roman et pourtant ça ne m’a pas dérangée. La lecture en a été extrêmement facile et agréable. 
   
   Je craignais les longues descriptions puisqu’ il s’agit pour les héros, le narrateur et son grand-père, de défendre à tout prix leurs terres et le ranch familial aux abords du désert du Nouveau-Mexique. En réalité elles se glissent tellement bien dans le récit qu’on les remarque à peine. Dès la première page je me suis attachée à ce garçon de douze ans qui raconte la dernière aventure vécue à côté de son grand-père adoré, pendant deux mois et demi d’un été torride de ces années soixante où le monde était encore en pleine guerre froide. Sur les dix chapitres du récit, les trois premiers sont consacrés au bonheur de vivre dans ce ranch isolé avec pour seule compagnie celle du grand-père de soixante dix ans, servi par une famille dévouée d’Indiens métissés. Heureusement il y a Lee, l’ami à toute épreuve, le jeune cow-boy désormais marié et propriétaire d’une agence immobilière mais prêt à tout pour soutenir son vieil ami. Ensemble ils vont vivre des moments simples et heureux avec les longues explorations à cheval et les soins donnés aux vaches et aux autres animaux. Pendant ce temps, un lion en liberté rôde dans les parages. Ce sont des journées de rêve, de celles qu’on ne peut plus jamais oublier. Ainsi lorsqu’ils partent tous les trois à la recherche du cheval disparu depuis une semaine: 
   «Le monde avait l’air différent d’en haut. Il avait l’air meilleur. Une joie primitive s’épanouit dans mon cœur alors que je guidais mon cheval vers la sortie. Un léger coup de talon, et il avançait; une petite tension sur les rênes, il s’arrêtait. Je me penchai en avant et caressai sa puissante encolure. Ce bon vieux Blue… J’avais l’impression de faire dix pieds de haut, j’étais le maître des chevaux et des hommes. Les oiseaux sauvages qui criaient dans le désert faisaient écho à l’ivresse de mon âme.»

   
    Les autres chapitres racontent la lutte perdue d’avance entre l’armée du pays le plus puissant du moment et le vieil homme obstiné que tous abandonnent: ses voisins, sa famille, ses filles - sauf Lee et Billy, le cow-boy au grand cœur et le petit fils de douze ans. 
   
   Le titre me faisait imaginer un gigantesque incendie de fin du monde dans ces montagnes désertiques où le manque d’eau est devenu chronique mais je me suis bien trompée, et l’histoire est bien plus subtile et intime. Le feu ici est une sorte de glorification. C’est comme le feu des indiens qui s’élève en signe de gloire et de communication vers le ciel, un feu d’homme et de guerrier, un feu de victoire et de liberté mais un feu de fin de cycle, un feu bûcher aussi, un feu de mort!
   
   J’ai adoré ce roman digne des plus grands, pour tous publics, sans distinction. Un roman à lire et à relire! Un récit qui fait du bien et rend meilleur. Un classique
   
   Titre original : Fire on the Mountain, 1962
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critique par Mango




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Toute la beauté du monde
Note :

   Billy, 12 ans, vient passer les vacances chez son grand père dans un ranch du Nouveau-Mexique. Il se fait une joie de retrouver le vieil homme, John Vogelin, et son ami, Lee, mais aussi la liberté des grands espaces, les bêtes du ranch, les chevauchées dans la nature... une nature pourtant peu hospitalière avec ce climat semi-désertique, ces terres arides, cette chaleur implacable, toutes calamités qui permettent à peine au grand père de subsister. Oui, mais les paysages ont une beauté magique, les couchers de soleil sont sublimes, sans parler des rencontres palpitantes avec les animaux sauvages, des veillées autour d'un feu de bois, des nuits à la belle étoile... Billy est enthousiaste; plus tard, il aimerait bien venir travailler ici. Pourtant, lorsqu'il arrive il ne tarde pas à deviner la menace qui plane sur leur tête. L'US Air Force veut racheter le ranch de grand père pour y installer un champ de missiles. Mais John Vogelin va se battre jusqu'au bout pour garder sa propriété, épaulé dans ce combat par son petit-fils. On devine pourtant que cette lutte est bien inégale.
   
   J'ai vraiment adoré ce livre. Son charme tient, bien sûr, à la description de cette nature à laquelle Edward Abbey voue un grand amour qu'il a l'art de faire partager. Il me donne envie de galoper à côté de nos héros malgré la chaleur, la soif, les fesses tannées par le cuir de la selle, de vivre à la dure, en serrant les dents, pour paraître costaud, comme le fait le petit Billy! Quand je lis un roman convaincant, je suis souvent capable de telles prouesses, mourant de soif dans le désert ou les pieds gelés dans le blizzard du Grand Nord canadien. C'est tellement bon de vivre à l'extrême, confortablement installée dans un fauteuil!
   
   Et puis derrière cette beauté, apparaît la fragilité de cette nature, des animaux, d'abord, que l'homme déclare nuisibles et qu'il détruit sans discernement, de ces paysages splendides que l'on va sacrifier à la guerre, que l'on va livrer à la destruction. Il y a la dénonciation du pouvoir exorbitant de l'armée qui peut exproprier les gens, les envoyer en prison s'ils résistent. Edward Abbey, exprime ici un sentiment écologique et antimilitariste. Contestataire, il prône le refus d'obéissance, le recours à l'auto-défense qui n'a rien de pacifique d'ailleurs! C'est l'arme à la main que le vieux Vogelin entend défendre son domaine, dans le meilleur style des westerns.
   
   J'ai aimé aussi les liens qui unissent le grand père et le petit fils, cette conformité d'humeur et de goûts, cette solidarité farouche de l'enfant envers le vieillard, cette tendresse pudique que l'un ou l'autre ne veut pas exprimer mais qui apparaît à tout moment dans un mot, dans un geste, dans leur complicité étroite. C'est à travers des dialogues pleins d'humour, assez pince-sans-rire, que se dessine le caractère de l'enfant, les principes d'éducation du vieil homme et ses contradictions, et aussi la belle amitié et le respect mutuel qui lient le vieil homme, l'enfant et Lee, autre personnage important du récit.
   
   "Les engoulevents montaient et plongeaient sur le rideau de l'aube naissante, conscients de l'imminence du jour. Des pies firent leur apparition, oiseaux affamés au plumage noir et blanc d'universitaires guindés, et se mirent à piailler et piailler comme des théologiens qui se querellent. Un troglodyte s'éveilla et poussa son chant de chute d'eau cristalline.
   -Le paradis peut-il être plus beau? demandai-je.
   - Le climat est un peu meilleur ici, répondit Grand-père
   - Il y a moins d'humidité, dit Lee."

critique par Claudialucia




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