Lecture / Ecriture
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Ce qui a dévoré nos cœurs de Louise Erdrich

Louise Erdrich
  Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse
  L'épouse antilope
  La malédiction des colombes
  La chorale des maîtres bouchers
  Ce qui a dévoré nos cœurs
  La consolation des grands espaces
  Le jeu des ombres
  La décapotable rouge
  Dans le silence du vent
  Femme nue jouant Chopin
  Le Pique-nique des orphelins

Karen Louise Erdrich est une écrivaine née en 1954 aux États-Unis, se rattachant au mouvement Native American Renaissance.

Ce qui a dévoré nos cœurs - Louise Erdrich

Emouvant !
Note :

   J’ai eu un peu de mal au début avec ce roman. Je ne voyais pas trop où l’auteure voulait en venir. J’ai dû me forcer, et puis, au bout de 150 pages, j’ai finalement été happée par l’histoire. Une histoire complexe… plusieurs narrateurs, des perspectives très différentes, des allers et retours dans le temps… mais cela vaut le coup de s’accrocher!
   
   Je vais essayer de faire simple et d’aller droit au but. Tout tourne autour d’un tambour. Un tambour peint extraordinaire, «The Painted Drum» - c’est d’ailleurs le titre original du roman. Ce vieux tambour indien est découvert par Faye Travers dans la maison d’un ancien agent du bureau des Affaires indiennes décédé. Elle va le subtiliser pour le restituer aux vrais ayants droit, c'est-à-dire la tribu des Anishinaabegs.
   
   L’histoire du tambour est tragique et magique en même temps: fabriqué par Shaawano, père malheureux d’une fille morte (dans des conditions atroces, mais alors vraiment atroces, que je ne révélerai pas ici) qui lui apparaît dans ses rêves pour lui dicter ce qu’il doit faire, ce tambour et les chants qui lui sont associés ont des pouvoirs guérisseurs qui traversent les époques jusqu’à aujourd’hui pour boucler une boucle…
   
   Le récit est imprégné d’un bout à l’autre de croyances, légendes et sagesses indiennes qui ont nourri notre imaginaire d’enfant et qui, semble-t-il, refont surface de nos jours dans un «renouveau» indien dont Louise Erdrich est une des grandes voix à côté d’auteurs comme Sherman Alexie… Tout comme chez celui-ci, les traditions transparaissent à tout moment, certes, mais la souvent triste réalité des Amérindiens d’aujourd’hui n’est guère occultée. Les réserves, la pauvreté, l’alcool, le placement forcé d’enfants indiens dans des pensionnats où ils sont éduqués en «bons» Américains (qu’ils le veuillent ou non): tout est présent ici.
   
   Voilà, un roman un peu rebutant d’abord, mais ô combien émouvant pour ceux qui vont au bout. Donc mon conseil: tenez le coup, vous serez récompensé!
    ↓

critique par Alianna




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Strate après strate
Note :

   "Le tambour est l'univers. Ceux qui prennent place de chaque côté représentent les esprits qui siègent aux quatre points cardinaux. Un tambour peint, en particulier, est considéré comme un être animé que l'on doit nourrir à la façon dont le sont les esprits, en posant à côté du tabac et un verre d'eau, parfois une assiette de nourriture. Un tambour ne doit jamais être posé par terre, ni laissé seul, et doit toujours être recouvert d'une couverture ou d'une courtepointe. On sait que les tambours guérissent et on sait qu'ils tuent. Ils ne font plus qu'un avec leur gardien".
   
   Faye Travers, d'origine indienne, effectue des inventaires dans les maisons des environs après un décès ou un départ, travail pour lequel elle s'est associée avec sa mère, Elsie. La plupart du temps, elle découvre des objets indiens, acquis plus ou moins légalement. Dans une de ces maisons, elle trouve un magnifique tambour, qu'elle vole dans un mouvement spontané, comme appelée par lui.
   
   La vie de Faye est marquée par la disparition de sa sœur, tombée d'un arbre du verger toute jeune fille. Le drame reste un non-dit entre la mère et la fille, la violence du père aussi. Faye entretient une relation sentimentale compliquée avec un homme du voisinage, sculpteur à l'inspiration chaotique.
   
   Comme toujours avec Louise Erdrich, plusieurs histoires s'imbriquent les unes dans les autres et il faut être patient, les liens se font jour peu à peu, dévoilant une intrigue de plus en plus profonde, aux multiples aspects.
   
   Après ce premier chapitre, nous passons au récit d'Anaquot, mariée, deux enfants, un fils et une fille. Elle est tombée amoureuse d'une autre homme, met au monde un enfant de lui, et finit par s'enfuir pour le rejoindre, sacrifiant au passage la vie de sa fille aînée dans une scène terrible. C'est dans ce contexte là qu'apparaîtra le tambour.
   
   C'est le personnage principal du roman et le fil conducteur. Faye va retrouver son propriétaire et reconstituer son périple. Le tambour semble être doué du pouvoir de guérir les douleurs. Son élaboration a été minutieusement menée, il a rempli son rôle et c'est dans une troisième partie que tout le puzzle se mettra en place.
   
   J'ai été subjuguée par cette histoire qui vous pénètre strate après strate, allant toujours plus loin dans l'analyse des rapports humains et de la culture indienne. Les indiens ont été dépossédés par les colons, sous le silence habituel les blessures sont toujours vives, la mémoire intacte. L'auteur dépeint des femmes au fort caractère, habituées à faire face à des conditions d'existence difficiles, à une nature sans pitié, qu'il vaut mieux connaître. Amour, tromperie, vengeance, drame, tout cela est évoqué avec subtilité et une écriture imagée.
   
   "C'était ce gilet-là, exactement, qu'elle se souvenait avoir vu sur le dos de son amant. Elle avait suivi du doigt les fleurs perlées et les feuilles d'érable, la volute des plantes grimpantes, tandis qu'elle lui parlait sous le surplomb de jeunes feuilles opulentes, l'été passé. Maintenant la vue du gilet l'emplit d'un sentiment nouveau - non pas de nostalgie, mais de chagrin. Comme son épouse avait travaillé dur, plaçant chaque perle là où elle était, et que d'espoir elle avait cousus dans les cœurs aux teintes vives de roses! Même maintenant, la femme se penchait sur son ouvrage avec une attention singulière qui révélait son amour pour celui qui portait le gilet. Anaquot en pris conscience".

critique par Aifelle




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