Lecture / Ecriture
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Vous plaisantez, monsieur Tanner de Jean-Paul Dubois

Jean-Paul Dubois
  Une Vie française
  Une année sous silence
  Vous plaisantez, monsieur Tanner
  Hommes entre eux
  Je pense à autre chose
  Si ce livre pouvait me rapprocher de toi
  Le cas Snejder
  La vie me fait peur
  Les accommodements raisonnables
  La succession

Jean-Paul Dubois est un journaliste et écrivain français né en 1950.

Vous plaisantez, monsieur Tanner - Jean-Paul Dubois

Un pigeon préférentiel
Note :

   Le narrateur hérite d'une maison dans un bien piteux état, mais qu'il décide pourtant de rénover. Il doit donc faire appel à des artisans prétendument spécialisés. Là commence une parade délirante. Couvreurs, électriciens, plâtriers, chauffagistes… se succèdent, semblant lui réserver les spécimens les plus caricaturaux.
   "Une fois encore j'avais ramassé la crème des crèmes. […] Ces types devaient se donner le mot. Ils venaient du monde entier, ne se connaissaient pas, mais tous portaient le même virus, le même Mal. […] J'étais confronté à une internationale nuisible, une nébuleuse préparée dans des camps d'entraînement, dressée à tuer la raison, à liquider le bon sens, à égorger la logique."
   
   Bien qu’on ait envie de le secouer plus d’une fois, Paul Tanner, pourtant fort sympathique, endosse à merveille sa condition de dindon idéal de farces multiples.
   "Souvent je me suis posé la question de savoir s'il n'y avait pas quelque chose qui clochait chez moi. Il n'était pas normal d'attirer à ce point les ennuis et les canailles. Je devais avoir des paroles, une attitude, une façon d'être qui me désignaient, dans la foule, comme un pigeon préférentiel. Il n'y avait pas d'autre explication."
   
   Un livre frais et léger qui, comme à l'accoutumée chez J.P Dubois, mêle dérision et humour caustique. Une vitrine bien réaliste et finement observée de l'univers du bâtiment.
   
   Jean-Paul Dubois a écrit, là, une sorte de parenthèse légère qui, à mon goût, l’est peut-être un peu trop car je n’y retrouve pas l’épaisseur, le corps des personnages de certains de ses précédents livres.
   Une comédie, un vaudeville somme toute distrayant et agréable pour passer quelques bons moments.
    ↓

critique par Véro




* * *



Grand succès
Note :

   JP. Dubois est un auteur présentant de multiple facettes. Avec «Homme entre eux», que nous avions adoré, nous étions plongés dans un monde cruel, angoissant, bizarre, à la limite de la normalité. Un monde où la mort rodait avant de frapper.
   
   Avec «Vous plaisantez, monsieur Tanner», c’est un style léger, drôle, alerte, vif qui est mis au service d’une histoire hilarante inspirée d’une situation réelle.
   
   Celles et ceux qui ont été confrontés à des travaux un tant soit peu conséquents, faisant appel à des corps de métier divers et ennemis héréditaires, à des dépassements d’honoraires et de délais, se reconnaîtront immédiatement.
   
   La réfection abyssale d’une vieille bâtisse reçue en héritage d’un oncle homosexuel donne le prétexte à un défilé de personnages et de situations hauts en couleurs. Nous suivons avec compassion et amusement les infortunes de ce Monsieur Tanner qui doit jongler avec des artisans tantôt incapables, souvent inconséquents, méprisants, racistes ou maniaques. Le tout aux plus grands frais avec des factures qui s’allongent indéfiniment, des surprises qui n’en finissent pas et qui poussent à une obsession compulsive d’en terminer enfin et à tout prix.
   
   Le talent de JP. Dubois est d’avoir su camper, toujours en quelques traits, des personnages qui marquent. Nous croiserons un peintre qui se prend pour un artiste et joue des caprices de star, un couple gay impayable de gaillards du Gard à l’accent aussi mémorable que leur mise en pli, un électricien russe fou de Dieu et aux techniques très particulières, un chauffagiste déprimé et étourdi, un plombier précieux et sosie de Louis de Funès…
   
   Les chapitres sont courts, très travaillés. La langue est fleurie, à l’image de celle parlée sur les chantiers. On sourit souvent, rit parfois aux éclats. J’avoue que le chapitre confrontant les plaquistes gitans à l’électricien russe m’a fait rire aux larmes!
   
   C’est léger, talentueux, vrai et le livre se lit en une petite soirée.
   
   A découvrir sans plus attendre (cela reste le plus grand succès de l’auteur).
   ↓

critique par Cetalir




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Quel chantier !
Note :

   On en a tous rêvé. Une lettre officielle d’un notaire suivie d’un rendez-vous dans un bureau empesé sentant le renfermé. Et cette révélation : vous héritez une grande maison d’un vague oncle inconnu.
   Paul Tanner n’y va pas par quatre chemins. Il revend une magnifique maison dans un quartier sympa de Toulouse, prend une année sabbatique, laissant un métier passionnant et peu exigeant : auteur de documentaires animaliers pour se lancer dans la grande aventure de sa vie, effrayé par le montant du devis que lui avait tendu l’entrepreneur sollicité pour remettre en état cet héritage un peu particulier.
   
   Commence alors un impétueux chemin de croix.
   
   Ce n’est pas la maison elle-même qui devient l’ennemie numéro un, pourrissant la vie de ce paisible bricoleur, lui rongeant ses nuits dans des cauchemars assommants quand l’insomnie ne s’en mêle pas, lui pompant toute son énergie et, au final, asséchant son porte monnaie.
   
   Comme c’est souvent le cas chez Jean Paul Dubois, le héros est résolument seul face aux éléments. Il n’a pas de famille, pas même une femme ou une maitresse qui viendrait distraire cette longue quête comme une traversée en solitaire. Une épaule sur laquelle se reposer, s’appuyer.
   
   Ses ennemis, ce sont tous les corps de métiers qui vont se succéder à ses côtés (car Paul Tanner entend bien mettre la main à pâte) sur le vaste chantier de la rénovation d’une vieille bicoque aux volumes immenses mais plus de la première jeunesse.
   
   Ca commence par un duo de couvreurs-zingueurs, sortes de Sancho et Pancho affublés d’une meute de chiens qui ne tardent pas à s’en prendre aux mollets du propriétaire et dont la fainéantise n’a d’égale que l’insondable incompétence (des ouvriers, pas des chiens). Tout se termine évidemment par un bel orage inondant intégralement le chantier puis l’appel en catastrophe à de vrais professionnels, facturés plein pot.
   
   Suit un russe singulièrement pieux, électricien de son état mais dont les étincelles ne jaillissent que face à un autre duo, Dorado et Chavolo, plâtriers ne parlant qu’à la troisième personne, ce qui donne des dialogues parfaitement surréalistes et décorant tout le chantier de photos impures à l’échelle de la vénération toute catholique du slave.
   
   Apparait ensuite un maçon à la retraite, débarquant d’une Mercèdes flambant neuve, un chauffagiste dont la spécialité, outre de rutilants tuyaux en chrome, demeure la procrastination, un binôme plutôt extraverti, fans de Las Vegas et à l’accent de Montpellier à couper au sécateur, un peintre s’étant trompé de spécialité, un chauffagiste si distrait qu’il ne faut pas laisser seul une demi seconde au risque de se retrouver avec une buanderie totalement inondée, un plombier sosie de Louis de Funès dans les mimiques et la nervosité qui se révélera être un prince au final.
   
   Cette succession de personnages hauts en couleurs qu’on rencontre rarement ensemble vaut un résultat détonnant. Des chapitres ultra courts, un humour toujours sous-jacent ou carrément explosant en quinte de fou-rires lors de la transposition des accents par exemple, un certain désabusement face aux vicissitudes de l’existence, surtout sur un chantier, rendent la lecture de ce court roman régénérant. On en sort le cœur léger tandis que le héros en émerge courbaturé, moralement parlant.
   
   Cependant, si d’aventure vous recevez cette fameuse lettre porteuse de promesses, vous n’oublierez pas monsieur Tanner de sitôt et y regarderez à deux fois avant de vous lancer dans une aventure qui risque de dépasser vos compétences en matière de tolérance et de patience.

critique par Walter Hartright




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