Lecture / Ecriture
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Chocolat de Joanne Harris

Joanne Harris
  Dors petite sœur
  Les cinq quartiers de l'orange
  Classe à part
  Chocolat

Joanne Harris est une écrivaine britannique née en 1964.

Chocolat - Joanne Harris

Ça fond !
Note :

   4e de couverture:
    "Lansquenet est un petit village au coeur de la France où la vie s'écoule, paisible et immuable. L'arrivée d'une mystérieuse jeune femme, Vianne Rocher, et de sa fille, Anouk, va tout bouleverser. D'autant qu'elle s'avise d'ouvrir une confiserie juste en face de l'église, la veille du carême! Dans sa boutique, Vianne propose d'irrésistibles sucreries. Et beaucoup succombent à son charme et à ses friandises... Car le chocolat de Vianne soigne les espoirs perdus et réveille des sentiments inattendus. Tout cela n'est pas du goût du comte de Reynaud et du curé, convaincus tous deux que les douceurs de Vianne menacent l'ordre et la moralité... En tout cas, la guerre est déclarée. Deux camps vont s'affronter: les partisans des promesses célestes et ceux des délices terrestres."
   
   
   Quand Vianne Rocher s'installe à Lansquenet-sur-Tannes, petit village du sud-ouest de la France, elle apporte avec elle la couleur, la magie... et le chocolat. De quoi révolutionner la vie tranquille de ce petit coin de terre, quitte à dresser le village en deux camps.
   
   "Chocolat" je le lorgnais depuis que le film éponyme avec Juliette Binoche et Johnny Depp avait fait mon bonheur de midinette. Un film doudou à se repasser aux jours difficiles (ou pas), bien au chaud sous une couette avec une bonne tasse de chocolat. Ou un thym-romarin-citron.
   
   Las, le roman n'a pas tenu ses promesses. J'ai aimé les personnages, Armande surtout, la vieille dame indigne. Vianne aussi et sa petite Anouk. J'ai aimé la tolérance que défend ceux que Vianne n'effraie pas. Les descriptions de cuisine et de pâtisserie, toutes de gourmandise.
   
   Mais pour le reste... si on en croit les indices semés au fil du texte, nous devrions être au début des années 90... avec une ambiance qui ressemble à un chromo des années 50. Non pas que je n'aime pas les anachronismes, mais bon... Quant au prêtre... Et à ses dames patronnesses... Bref, je ne suis pas parvenue à y croire une minute. Comme quoi, le mélange de chocolat, de magie et de bons sentiments ne donne pas toujours un résultat très digeste même si sympathique.
   
   Tant pis! Je vais retourner au film!
   
   
   Extrait:
   
   "Quant aux enfants... des copeaux de chocolat, des pastilles de chocolat blanc ornées de vermicelles de couleur, des pains d'épice à bordure dorée, des fruits confits dans leurs nids de papier plissé, des pralines, des rochers, des craquelins, des assortiments de débris dans des boîtes d'un demi-kilo... Je vends des rêves, de menues consolations, d'exquises tentations inoffensives pour qu'une multitude de saints dégringolent de leur piédestal et viennent se fracasser au milieu des noisettes et des nougatines."

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critique par Chiffonnette




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Conte moral
Note :

   Chocolat ou quand la douceur des sens l’emporte sur la rigueur puritaine.
   
   Je savais d’avance que je l’aimerais, ce livre. J’en avais déjà tellement entendu parler et toujours en bien, mais au moment de commencer ma lecture, j’ai ressenti l’appréhension habituelle dans ce cas-là: et si j’allais être déçue?
   Eh bien non! Ce doute était superflu: j’ai aimé l’histoire et les personnages ainsi que l’écriture et la sensibilité de Joanne Harris. Je peux enchaîner la suite sans crainte: Le Rocher de Montmartre, à lire bientôt.
   
   Un beau jour de carnaval, dans un petit village du Sud-Est de la France, Vianne Rocher s’installe avec sa fille Anouk, ses cartes de tarot et le souvenir très tendre de sa mère un brin sorcière. Elle ouvre une confiserie et grâce à ses chocolats, ses belles vitrines, les senteurs et la chaleur de sa petite entreprise et toutes ses autres qualités qui sont nombreuses et tendrement féminines, elle attire toutes les âmes jeunes, naïves, fragiles, endolories ou esseulées de l’endroit, déclenchant par là-même le venin des "bonnes âmes" et des "grenouilles de bénitier" avec à leur tête le cabaretier haineux et surtout Reynaud, le curé trop rigide.
   
   Bien sûr cette opposition des deux clans est un peu simpliste et trop systématique transformant le récit en conte de fées en faveur d’une vie douce et indulgente contre les tabous religieux et les vices cachés des puissants et pourtant ce parti-pris ne m’a pas gênée une seconde puisque je me suis sentie constamment du côté des faibles finalement victorieux dans la lutte qui oppose tour à tour les deux narrateurs : Vianne et Reynaud, la gentille chocolatière et le vilain curé. Je me suis laissée prendre au jeu et c’était un grand plaisir de voir les bons l’emporter ainsi sur les méchants dans un roman qui n’a rien de policier et qui pencherait plutôt vers le feuilleton un peu gentillet si ce n’était le talent de la romancière qui a réussi à me séduire d’un bout à l’autre de son récit et à me donner envie, non seulement de voir le film tiré du roman, mais d’en lire la suite.
   
    Evidemment je n'ai pas pu éviter le rapprochement entre le repas de fête offert à l'occasion de son départ définitif par Armande, la grand-mère rebelle, et le fameux "Dîner de Babette" de Karen Blixen. Ici,il y aura:"du foie gras, du champagne, des truffes et des chanterelles de Bordeaux, sans oublier le plateau de fruits de mer de chez le traiteur d'Agen. J'apporterai moi-même les gâteaux et les chocolats."
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critique par Mango




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Truffes pralinées et mauvaises herbes
Note :

   J’ai une passion pour le chocolat.
   Mon côté féminin sans doute
   
   On n’ouvre pas un Hemingway sans avoir à portée de main une bouteille d’antique Bourbon; on ne se lance pas dans un roman de Peter Mayle sans quelques joyaux de la cuisine méditerranéenne à proximité des papilles; on n’ira pas au bout de cette histoire sans avoir dégusté une boite de chocolats. Mais pas celle dans laquelle pioche Forrest Gump, ceux qui, à l’image de la vie prétend-il, offrent des surprises. "On ne sait jamais sur lequel on va tomber ".
   L’idéal c’est ces petits cornets que le chocolatier du coin a savamment composé. Florentins, craquelins, pralines, rochers, fruits confits enrobés de chocolat noir, pain d’épice marié au chocolat blanc, copeaux à peine dégrossis…
   Mais revenons à notre propos.
   
   Ce qui frappe dans cette histoire c’est son côté désuet. J’ai beau me convaincre que le roman a été écrit à la fin du siècle passé (le vingtième, oui! Car je rappelle à tous ceux et toutes celles qui ne voient pas le temps passer que nous avons déjà quasiment grignoté le quart du XXIème), je ne peux me défaire d’une impression d’années 50. Une époque où l’église et son curé en soutane n’étaient pas simplement le centre géographique du village.
   
   On a tous dans un coin de notre mémoire les péripéties de la série des Don Camilo. Le curé à l’ancienne mode et le maire communiste que tout oppose, excepté une amitié souterraine, forte comme les liens du sang. Ici, ce sera l’Eglise face à un salon de thé, plus exactement une boutique dédiée au chocolat. Nous sommes dans un petit village perdu entre Agen et Montauban où l’on imagine la douceur de vivre et une certaine apathie, une indolence non feinte, une inertie qui campe les personnages dans leurs habitudes et leur façon de voir le monde, si lointain de leur préoccupations routinières. Cette jeune chocolatière va dépoussiérer un peu ce train-train englué dans les manies et les traditions.
   
   Ça respire le chocolat à toutes les pages, ça sent la praline à tous les chapitres. Mais sous ces sucreries fortes en cacao, on entrevoit le combat entre deux philosophies de la vie. Et voilà que je me souviens d’un sujet du bac. "Faut-il vivre sans passion?"
   
   N’allez pas imaginer pour autant un lourd traité de philosophie, mais dans cette papillote se cache cette opposition fondamentale de la vie : la raison, l’esprit cartésien et la maitrise de soi (l’histoire commence en plein carême - période de pénitence et de frugalité) d’une part et cette propension à jouir de la vie, sans limite ni retenue, laisser libre cours à ses émotions et ses envies. Quitte à s’y brûler les ailes.
   
   Tout le long du livre, le combat que va livrer le prêtre, davantage contre lui-même, contre sa tentation des sentiments et des désirs que face au diable incarné (cette belle femme ne serait-elle pas un peu sorcière - elle connait les friandises préférées de chacun), va occulter les aléas du village, somme toute assez convenus. Une vieille dame qui n’en fait qu’à sa tête, un adolescent étouffé par une mère trop présente, une femme bafouée et maltraitée qui va se révéler, un petit monsieur qui voue à son chien une amitié profonde et sans nuance… Et puis ces gitans qui s’installent un moment sur les rives de la rivière et vont mettre le feu aux poudres malgré eux.
   
   Hymne à la différence, réquisitoire pour la tolérance mais surtout une formidable ode au plaisir sous toutes ses formes. Carpe Diem.

critique par Walter Hartright




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