Lecture / Ecriture
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La bouche qui mange ne parle pas de Janis Otsiemi

Janis Otsiemi
  La bouche qui mange ne parle pas
  Le Chasseur de Lucioles
  La vie est un sale boulot
  African tabloïd

Janis Otsiemi est un écrivain gabonais né en 1976.

La bouche qui mange ne parle pas - Janis Otsiemi

Kinshasa corrompu
Note :

   Solo sort de prison -trois années d'incarcération pour une bagarre qui a mal tourné. Dès sa sortie, il rejoint ses amis, tous plus ou moins -plutôt plus que moins- magouilleurs, arnaqueurs, voire carrément bandits de haut vol. Son cousin Tito lui propose de l'associer à un coup qui doit lui rapporter. Dans le même temps, dans Kinshasa, des 4x4 sont volés, maquillés, des femmes de personnes haut placées font l'objet de chantages, et surtout, depuis quelques temps, la police retrouve régulièrement des cadavres d'enfants atrocement mutilés. Il se murmure que certains marabouts recourraient aux meurtres rituels au bénéfice de politiciens corrompus et intouchables.
   
   Il n'est pas très aisé d'entrer dans ce polar de Janis Otsiemi. Il faut passer les premières pages, se noyer un peu dans les personnages pour ensuite mieux se retrouver dans une véritable jungle dans laquelle tous les coups sont permis. Par son style dur et franc, très imagé, ponctué d'expressions et d'adages gabonnais (avec notes en bas de pages) l'auteur nous plonge directement au cœur des rues de Kinshasa. Qu'il est cruel son constat! Tous les jeunes gens sont désœuvrées, tentés par les arnaques plus ou moins fructueuses, par les embrouilles, et même par des coups beaucoup plus ambitieux. Tout le monde trempe dans un bouillon pas très ragoûtant: politiciens qui se servent des truands pour asseoir leur pouvoir et pour le garder; policiers qui, cherchant les cambrioleurs ou les contrevenants préfèrent les arnaquer, leur demander leur part du butin et les laisser en liberté plutôt que de les arrêter. Tout ramène au fric, chacun essayant d'en avoir le plus possible pour vivre, pour "ambiancer". Lorsque les deux flics ripoux, Koumba et Owoula se voient proposer une belle enveloppe pour enterrer une affaire, voici le dialogue qu'ils ont avec leur supérieur:
   "- Koya et les autres ont déjà reçu leur part. Celle du lion vous revient, mes garçons. Vous avez autre chose à me dire?
   - Non, chef, répondit Koumba
   - Alors dans ce cas vous pouvez disposer. Et apprenez, mes garçons, que la bouche qui mange ne parle pas.
   [...] Koumba soupesa à nouveau l'enveloppe. Un sourire débarra ses lèvres noircies par la nicotine. Il savait qu'elle ne contenait pas des clopinettes. On n'étouffe pas une tuile pareille en distribuant des feuilles mortes. Parole de ripoux." (p. 136)

   
   Un polar ancré dans la réalité, cru et crédible et un auteur atypique qui a des choses à dire. A suivre.
   
   
   "Janis Otsiemi vient de recevoir le Prix du Roman Gabonnais pour La vie est un sale boulot. Ses romans écrits dans une langue sanguine et imagée dressent un portrait cruel et sans complaisance du peuple de la rue, écartelé entre sa survie quotidienne et les mirages d'une société toujours plus avide." (4ème de couverture).

critique par Yv




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