Lecture / Ecriture
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Terre des hommes de Antoine de Saint-Exupéry

Antoine de Saint-Exupéry
  S comme: Le Petit Prince
  Vol de nuit
  Terre des hommes
  Dès 08 ans: Le Petit Prince

Antoine Marie Jean-Baptiste Roger de Saint-Exupéry est un écrivain, poète et aviateur français, né à Lyon en 1900 et disparu en vol le 31 juillet 1944, au large de Marseille.

Terre des hommes - Antoine de Saint-Exupéry

L’anti Petit Prince
Note :

   Antoine de Saint Exupéry a dû rejouer plusieurs fois le crash de son avion le 30 Décembre 1935 dans le désert libyen lors d’un raid Paris – Saïgon. Il errera trois jours avec son mécanicien avant d’être sauvé par des nomades.
   
   "Le petit Prince" est un avatar poétisé de cette aventure. "Terre des hommes" en est un autre, renard et allumeur d’étoiles en moins. Antoine de Saint Exupéry colle ici davantage à la réalité et s’appuie sur ce qu’il a connu pour nous livrer sa vision plus globale de l’homme, de la Terre, des hommes et des considérations philosophico-poétiques. Jamais ennuyeux, ni pédant, toujours pertinent et plaçant l’homme au cœur de son projet.
   
   "Ah !
   Je crois bien n’avoir rien dit d’autre. Je crois bien n’avoir rien ressenti d’autre qu’un formidable craquement qui ébranla notre monde sur ses bases.
   Je crois bien ne rien avoir attendu d’autre, pour le centième de seconde qui suivait, que la grande étoile pourpre de l’explosion où nous allions tous les deux nous confondre. Ni Prévot ni moi n’avons ressenti la moindre émotion. Je n’observais en moi qu’une attente démesurée, l’attente de cette étoile resplendissante où nous devions, dans la seconde même, nous évanouir. Mais il n’y eut point d’étoile pourpre. Il y eut une sorte de tremblement de terre qui ravagea notre cabine, arrachant les fenêtres, expédiant des tôles à cent mètres, remplissant jusqu’à nos entrailles de son grondement. L’avion vibrait comme un couteau planté de loin dans le bois dur. Et nous étions brassés par cette colère. Une seconde, deux secondes … L’avion tremblait toujours et j’attendais avec une impatience monstrueuse, que ses provisions d’énergie le fissent éclater comme une grenade."

   
   Il n’est pas question que de crash, que de quelques jours d’errance des deux hommes dans le désert livrés à la chaleur, la soif et la peur. Il est question de survie, de vie, de l’attitude de l’homme en une telle circonstance, du rapport de l’homme avec la Terre, la Terre au sens de Nature.
   
   Il est question aussi de situations de guerre et de l’attitude de l’homme dans un tel maelström (et Dieu sait que la première moitié du XXème siècle fût prodigue en la matière …).
   
   Et la conclusion, magnifique, intemporelle ou pire, dramatiquement actuelle, à propos d’un voyage dans un train qui ramène des ouvriers polonais en Pologne dans les tristes conditions d’une troisième classe:
   "J’ai traversé vers une heure du matin le train dans toute sa longueur. Les sleepings étaient vides. Les voitures de première étaient vides.
   Mais les voitures de troisième abritaient des centaines d’ouvriers polonais congédiés de France et qui regagnaient leur Pologne.
   …/…
   Ce qui me tourmente, ce n’est point cette misère, dans laquelle, après tout, on s’installe aussi bien que dans la paresse. Des générations d’Orientaux vivent dans la crasse et s’y plaisent. Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné.
   Seul l’Esprit, s’il souffle sur la glaise, peut créer l’Homme."

critique par Tistou




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Honneur et aventure
Note :

   Quoi de plus doux que revivre les enthousiasmes littéraires d'adolescence ? Les récits d'aventures, avions et pilotes dont on rêvait. Les récits de l'as Bader ou les périples de l'hydravion de Sir Francis Chichester figurèrent alors parmi mes plus fascinantes lectures, tandis que, si ma mémoire est bonne, le regard sobre et détaché du pilote Saint-Ex n'obtient qu'un premier et tardif assentiment à travers ce billet.
   
   Quel plaisir de retrouver un vieux "Livre de Poche" pur jus, imprimé en 1963, papier un peu piqué, jauni et à l'odeur, dirait-on, fidèle aux rayonnages de l'étagère en bois de ma grand-mère !
   
   Ce beau récit permet de mesurer l'évolution de l'aviation depuis les pionniers de l'Aéropostale dans les années 30 jusqu'aux appareils intelligents, un peu trop "aseptisés" d'aujourd'hui. Et l'on imagine mal que piloter du courrier de Toulouse en Afrique du Nord, il y a à peine trois quarts de siècle, impliquait de voler à vue, par tous les temps, de nuit, parfois au ras de la mer pour éviter le brouillard, ne pas accrocher un mât, les étoiles confondues aux lumières des oasis, soudain sans aucune information précise sur la position de l'appareil : survole-t-on le désert ou la mer ? Enclavé devant la seule faible lumière des instruments de bord, on risquait sa vie.
   
   
   "Terre des hommes" gravite autour de deux moments graves et difficiles, la chute dans les Andes du camarade éternel Guillaumet – le livre lui est dédié – et celle de Saint-Exupéry dans le désert de Libye où il a failli laisser sa vie et celle de son navigateur.
   
   Soucieux de livrer un regard universel et humaniste sur l'aventurier et ses motivations, Saint-Exupéry oppose le petit bourgeois routinier à l'assoiffé de vie qui la risque.
   "Vieux bureaucrate (...) nul ne t'a fait évader et tu n'en es point responsable. Tu as construit ta paix à force d'aveugler de ciment, comme le font les termites, toutes les échappées vers la lumière. Tu t'es roulé en boule dans ta sécurité bourgeoise, tes routines, les rires étouffants de ta vie provinciale, tu as élevé cet humble rempart contre les vents et les marées et les étoiles.".
   

   
   Mais le pionnier aviateur n'est pas un trompe-la-mort et rit de la mort du torrero, cette "maigre destinée".
   
   "... je me rappelais une vraie mort d'homme. Celle d'un jardinier, qui me disait : "Vous savez... parfois je suais quand je bêchais. Mon rhumatisme me tirait la jambe, et je pestais contre cet esclavage. Eh bien, aujourd'hui, je voudrais bêcher, bêcher dans la terre. Bêcher, ça me paraît tellement beau ! On est tellement libre quand on bêche ! Et puis qui va tailler mes arbres ?" Il laissait une terre en friche. Il laissait une planète en friche. Il était lié d'amour à toutes les terres et à tous les arbres de la terre. C'était lui le généreux, le prodigue, le grand seigneur. C'était lui, comme Guillaumet, l'homme courageux, quand il luttait au nom de sa Création contre la mort."
   

   Dans la foulée, Antoine de Saint-Exupéry offre une magnifique conclusion personnelle, où vous comprendrez pourquoi on peut regretter que Mozart soit encore et toujours assassiné.
   
   Lisez ou relisez "Terre des hommes" (PDF libre), nous en avons besoin face à tant de forces de destruction.

critique par Christw




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