Lecture / Ecriture
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Fay de Larry Brown

Larry Brown
  Fay
  Dur comme l'amour
  L'usine à lapins
  Joe
  Père et fils
  Sale boulot

Larry Brown est un écrivain américain, né en 1951 dans le Mississippi et décédé d'une crise cardiaque en 2004.

Fay - Larry Brown

Direction Biloxi
Note :

   "La meilleure solution ce serait le Sud." Cette phrase de l'incipit ne se réalise pas tout de suite, mais c'est bien l'indication que le récit se déplace d'un bout à l'autre de l'Etat du Mississippi, en suivant l'Interstate 55.
   
   Fay a décidé d'échapper à sa famille d'ouvriers agricoles violents et misérables — le père a échangé le petit frère contre une voiture, il a aussi tenté de la violer. Fay erre le long des routes, souffre de la chaleur, de la soif et de la faim. Elle est prise en stop par Sam, un policier, qui l'héberge du côté du lac de Grenada. Sam et son épouse Amy — devenue distante et alcoolique — ont perdu une fille du même âge que Fay: dix-sept ans. Ils reportent leur affection sur elle. Cela rend folle de jalousie l'ardente Alexandra, la maîtresse de Sam qui rompt avec elle. Quand Amy meurt à son tour d'un accident de voiture, ayant lancé sa Mustang contre un camion, Fay offre son corps à la consolation de Sam. Mais Alexandra n'attend que le moment propice pour se venger... Alors Fay devra reprendre la route vers le Sud, jusqu'à Biloxi où certains mangent les huîtres frites dans la farine de maïs et d'autres résident sur des yachts. Les rencontres qu'elle fait sur la côte suffiront-elles à lui faire oublier Sam qui a plus que l'âge d'être son père?
   
    Dans cet épais roman agréable à lire — mais auquel j'aurais bien enlevé 100 ou 200 pages — on retrouve les clichés qui épicent les romans du Sud. La passion, le sexe, la violence, l'alcool et le tabac, les armes, la misère rurale, la route et les pick-up, les musiques du Sud... tous ces thèmes sont habilement tissés par l'auteur. Bien qu'elle soit mineure, et qu'il soit policier, Sam n'hésite pas à avoir des relations sexuelles avec Fay et c'est enceinte qu'elle rencontre Aaron dans un night-club de Biloxi. Il lui ouvre les portes de sa maison de Pass Christian. Les strip-teaseuses la fascinent en même temps que la prostitution la choque. Tout ce joli monde a un faible pour les armes et Fay semble spontanément capable s'en servir. Dans la chaleur du Sud, il faut étancher sa soif: la Budweiser coule à flots et les protagonistes ont tendance à balancer les cannettes vides n'importe où! Aaron n'est heureux que sous l'effet de l'alcool et du haschich tandis qu'Amy boit en conduisant, jusqu'à en perdre la vie. Effectivement, on meurt beaucoup sur ces routes du Mississippi et Sam est appelé sur les lieux d'accidents: celui d'un camion-citerne est particulièrement dramatique, pires encore sont ceux où le policier découvre que les victimes sont sa femme puis sa fille.
   
   Un Sud très typique se découvre çà et là. Fay est a demi-illettrée, elle ne connaît pas les codes sociaux: Sam et Amy doivent lui apprendre à se tenir à table comme à téléphoner. En revanche deux thèmes qui pourraient être attendus par les lecteurs ne se manifestent pas dans ce roman: le racisme, la sorcellerie. Néanmoins, rencontrer Fay s'avère être un cadeau empoisonné, car une involontaire mangeuse d'hommes se cache derrière le mascara de la couverture. Le tout est agrémenté par les airs de Clapton et de Presley, par du blues, du rock et de la country. Au large, les plates-formes pétrolières éclairent la nuit. Au port, les crevettiers sont passés aux mains des équipages de réfugiés vietnamiens: c'est ainsi qu'Aaron et son frère se sont lancés dans l'industrie du sexe.
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critique par Mapero




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Le pire arrive toujours avec Larry Brown
Note :

    Chantre de la littérature du sud américain, Larry Brown aime donner la voix aux paumés et laissés pour compte que la vie n'a pas épargnés.
    Ses héros sont alcooliques, miséreux, incultes, violents, abrutis par le vide sidéral qui les hante. Ils ruminent dans leur pick-up, fument à n'en plus finir, pratiquent le sexe à outrance et finissent raides morts au pub du coin.
    Une certaine image de l'Amérique.
   
    Dans ce cinquième roman, l'auteur choisit de suivre les pas d'une toute jeune femme de 17 ans, Fay, et d'en faire son héroïne.
    L'histoire débute par sa fuite de la maison familiale. Ouvriers itinérants dans les fermes, elle a dû très tôt travailler dur. Sa mère, femme anéantie par une vie de misère et de maltraitance, laisse les pires choses arriver. Son petit frère a été échangé contre une voiture. Son père boit et tente de la violer.
    A moitié illettrée, elle ne connaît rien des codes de la vie, ne sait pas qu'elle est une redoutable dévoreuse d'hommes. Malgré son expérience, elle reste naïve, dans un Sud rempli de personnages abusant des clichés : sexe, drogue, alcool, violence.
    Tout le long de sa route, hommes et femmes rencontrés l'aideront ou abuseront d'elle plus ou moins, feront un bout de chemin avec elle. Le pire arrive toujours dans les livres de Larry Brown. Il est au rendez-vous plusieurs fois ici.
   
    Chaque personnage possède une petite vie qu'il remplit comme il peut. Le rêve n'existe pas vraiment et la réalité rattrape beaucoup trop vite.
    Que ce soit le flic Sam, homme sympathique, qui l'aidera en l'installant chez lui et la mettant enceinte, ou Amy son épouse alcoolique qui la considérera un peu comme sa fille ou bien Aaron, beau mec s'éclatant dans la défonce, chacun lui apportera quelque chose à ses dépens. Fay prend des coups mais elle apprend vite.
   
    Le livre nous entraîne sur une route surchauffée à bord d'un pick-up, bercé par une musique country, nous découvrons un Sud typique et une ambiance très vénéneuse.
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critique par Marie de La page déchirée




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Histoires de choix
Note :

   Larry Brown n’aime rien tant que les perdants surtout s’ils viennent du Sud profond et ont un penchant marqué pour l’alcool, sous toutes ses formes, pourvu qu’il abrutisse pour estomper le contour de ce qui serait autrement trop difficile à accepter en l’état.
   
   Pour une fois, c’est à un personnage féminin qu’il va donner le rôle central. Fay est une jolie fille de dix-sept ans, de celles dont les formes et le charme naturel attirent les regards et les sifflements des gars dans la rue. Mais cela, Fay ne le sait pas encore car elle vit depuis toujours dans une cahute au fond des bois au sein d’une famille de gueux. Ne supportant plus un père alcoolique qui a tenté de la violer à plusieurs reprises, une mère dépressive et psychologiquement absente et les travaux des champs qui usent le corps et l’esprit plus vite que le temps qui passe, elle décide de s’enfuir.
   
   La voici sur les routes, déjouant de justesse les pièges dans lesquelles une jolie auto-stoppeuse pourrait facilement tomber. Recueillie par un flic en patrouille sur la highway, elle va trouver chez celui-ci et son épouse un nouveau foyer dans une jolie maison au bord d’un magnifique lac. Tout paraît idyllique. Ce serait oublier à quel auteur on a affaire car, bientôt, le drame se prépare.
   
   Combinant malchance et manque de clairvoyance, Fay va dériver d’une route qui semblait apaisée.
   
   A chaque moment crucial, entre toutes les décisions possibles, elle choisira la plus mauvaise, celle qui la mènera toujours plus bas, la poussera toujours plus vers des hommes peu recommandables et qui voudront immanquablement faire de cette jolie poupée leur jouet docile. Sauf que la beauté est celle du diable car Fay n’a ni froid aux yeux, ni manque de caractère. Du coup, le cadre bucolique qui berce sournoisement la première partie du roman volera brutalement en éclats pour laisser place à tout ce que l’humanité combine de pire : trafics en tous genres, proxénétisme, alcoolisme omniprésent, meurtres et manipulations transformant le périple de la belle en véritable descente aux enfers.
   
   L’épilogue, glaçant, nous confirme que Larry Brown a un faible pour les perdants, pour celles et ceux qui seront toujours rattrapés par une sorte de malédiction atavique, une poisse qui colle à la peau. Merci, une fois encore, aux éditions Gallmeister de nous faire découvrir ce romancier américain majeur.

critique par Cetalir




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