Lecture / Ecriture
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La montagne effacée de Patrick Breuzé

Patrick Breuzé
  La montagne effacée

La montagne effacée - Patrick Breuzé

Pourtant, que la montagne est belle! ♪♫
Note :

   1930, Léon Futoz est le responsable de la Compagnie des guides de montagne à Samoëns en Haute Savoie. Armande, sa femme l'attend, de retour d'une de ses expéditions. Mais Léon tarde, ce qui n'est pas son habitude. Partie à sa rencontre, elle le voit au loin, rentrer sans son matériel. léon ne sait plus vraiment ce qu'il en a fait et raconte à Armande une histoire qui se serait passée sur les sommets. Armande croit son mari pris de boisson, lui qui ne boit pas. Mais Léon perd la mémoire: une maladie d'Alzheimer qui, à l'époque, ne disait pas son nom. Dès lors, se bousculent chez lui les souvenirs de sa vie passée, de son amour pour une belle lyonnaise, et reste en lui son amour de la montagne: une expédition se prépare et il compte bien dessus pour montrer à tous qu'il n'est pas fini.
   
   J'ai cru comprendre en lisant ça et là que Patrick Breuzé est un passionné de montagne: ça se sent! Il la décrit admirablement, et on sent une vraie passion pour ses personnages, les montagnards, les hommes et les femmes qui vivaient au début du siècle dernier dans des conditions difficiles. L'opposition entre le guide taiseux, obstiné et le citadin, riche, arrogant, hautain et sûr de la force que sa condition lui donne est un brin caricaturale, mais il faut sans doute cela pour installer le roman et son intrigue. Car, bien sûr, petite intrigue il y a, concernant la jeune femme lyonnaise que léon a aimée, ce qui rajoute un peu d'intérêt au livre, mais je n'en dirai pas plus pour laisser un petit mystère!
   
   "L'un des porteurs se précipita. Personne n'aimait ce genre de situation, quand guides et clients se retrouvaient dos à dos. D'ores et déjà, il paraissait acquis qu'il n'y aurait pas de bonne main, ce pourboire laissé à l'appréciation de chacun et qui souvent venait arrondir de belle manière une course mal négociée ou trop peu tarifée." (p.155)

   
   La bonne idée de l'auteur est de combiner la maladie d'Alzheimer avec la montagne et les ravages qu'elle peut faire chez de pauvres gens qui n'ont pour gagne pain que cette montagne justement. Mais en même temps, Léon est un homme à poigne, habitué à diriger les autres guides de Samoëns, un homme qui ne lâche rien. On a donc à la fois un roman sur la perte d'autonomie, la fierté (parce que diminué par une maladie inconnue à l'époque, l'homme n'est plus "un homme" aux yeux de beaucoup, qui ne peut plus nourrir sa famille) et sur la montagne, les randonnées et les paysages. Armande est aussi un personnage important: la femme effacée mais toujours présente, qui est en fait le pilier de ce couple vieillissant (ils ont un peu plus de 65 ans), comme beaucoup de femmes de l'époque. Elle s'inquiète Armande, se demande ce que va devenir Léon: "Quand elle entendit la porte se refermer, elle ne ressentit rien. Ni soulagement, ni colère. Ses mains étaient gelées, ses pieds violacés. Son corps noué attendait qu'on lui dise quoi faire. Ce sentiment de fin de vie, elle le connaissait déjà. [...] Adossée contre le mur chaulé, elle regarda défiler sa vie, de rares moments de bonheur, de longues années de labeur. Désormais, il faudrait admettre que le fardeau devint encore plus lourd." (p.76)
   
   Roman bien écrit, dans une langue simple et soignée, insérant pas mal de dialogues dans le patois local, ce qui lui donne du rythme et du corps. Un livre qui a ce côté roman du terroir ou régional, un peu désuet, mais loin d'être désagréable. Un peu comme un téléfilm de France 3: pas le film de l'année, mais on le regarde avec plaisir en famille! Ce genre d'histoire ne deviendra pas ma lecture favorite, mais une de temps en temps (point trop souvent non plus), pourquoi pas?

critique par Yv




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