Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La vie d’un homme inconnu de Andreï Makine

Andreï Makine
  Le Testament français
  La femme qui attendait
  La musique d'une vie
  Le livre des brèves amours éternelles
  La vie d’un homme inconnu
  Une femme aimée
  Confession d'un porte-drapeau déchu
  La fille d'un héros de l'Union Soviétique
  L'archipel d'une autre vie

Andreï Makine est un écrivain russe nationalisé français, qui écrit en français. Né en Sibérie en 1957, il vit à Paris depuis 1987. L’obtention du Goncourt lui a valu d'obtenir la nationalité française en 1996.

Il a été élu à l'Académie française en 2016.

Il a également publié des romans sous le pseudonyme de Gabriel Osmonde.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La vie d’un homme inconnu - Andreï Makine

Russie. Avant. Après.
Note :

   Saint-Petersbourg. Leningrad. Saint-Petersbourg. Avant, après… Choutov a fui la ville en tant qu’écrivain dissident. Il ne faisait pas bon sortir de la ligne… Choutov vit donc à Paris. Du temps a passé et il vit péniblement la rupture d’avec Léa, beaucoup plus jeune que lui, rupture qui le confronte à son âge, à ses échecs. Et survient, irrésistible, l’envie de revoir Saint-Petersbourg, retrouver le terrain de sa jeunesse, des lieux qu’il fréquentait quand il avait l’âge de Léa… Et, subliminalement, retrouver Iana, Iana avec qui peut-être…
   
   Et voilà très vite Choutov débarquant à Saint-Petersbourg. Pris tout de suite à contre-pied sur tout ce qu’il découvre. Découvre est le mot!
   
   « Le taxi l’a laissé aux abords d’un quartier fermé à la circulation. Il marchait, léger, curieux, décontracté – l’attitude qui correspondait, pensait-il, à son statut: un étranger dont les vêtements et les gestes n’allaient pas passer inaperçus. Très vite, il s’est rendu compte que personne ne lui prêtait attention. Les gens étaient habillés comme dans les rues d’une ville occidentale, avec un peu moins de négligence peut-être. Et si l’on pouvait le distinguer au milieu de la foule estivale c’est grâce à l’aspect fatigué de sa mise. Perplexe, Choutov se disait qu’il n’était pas loin de passer pour un clochard …»

   
   C’est cela le vrai sujet du roman: la découverte par un dissident exilé de ce qu’est devenue la Russie – et Saint-Petersbourg en particulier - un peu ambiance «Les poupées russes», le film.
   
   C’est cela et aussi – surtout – le récit du terrible siège de Leningrad pendant la seconde guerre mondiale, relaté par Volski, un vieillard qui va être expulsé de l’immeuble racheté par Iana, devenue spéculatrice immobilière dans cette Russie que Choutov ne reconnait pas, ne comprend pas. C’est l’histoire d’une nuit, la dernière nuit de Volski dans l’immeuble, en tête à tête avec Choutov et qui lui raconte sa vie: ses combats, son amour. Un terrible miroir que nous tend Makine pour nous faire toucher du doigt ce qu’est devenue la communiste URSS, et ce qu’elle fut.
   
   Il doit y avoir beaucoup d’Andreï Makine dans ceci. Et certainement un effarement terrible pour tous ceux partis aux heures sombres et étouffées pour revenir dans le grand bazar actuel. Le Petit Père des Peuples doit faire des sauts de carpe dans son tombeau!
   
   Un Andreï Makine qui m’a semblé moins à l’aise, avec moins de souffle que dans les épopées qui se déroulent dans l’envoutante Sibérie, tel ce magnifique «Testament Français».
    ↓

critique par Tistou




* * *



Loin de la « matière verbale sans gravité »
Note :

   Ça commençait mal! Ça commençait mal! Tout à fait comme les livres que je n'aime pas:
   "un de ces petits romans qui transcrivent, d'année en année, les minuscules drames des dames et des messieurs un peu cyniques, un peu ennuyeux."
   Choutov, écrivain maintenant parisien, exilé russe, d'âge mûr, souffre du départ de Léa, de vingt ans sa cadette, et qui s'est détournée de lui...
   J'en baillais d'avance et m'étonnais in petto que Makine ait donné dans ce genre "nombrilisme avantageux", d'autant que le Choutuov lui ressemblait tellement que c'en était gênant. Non. Ne me dites pas tout. Qu'est-ce qui a pu vous faire croire que je voulais savoir tout cela?
   
   Bref, pas le cœur brisé, mais le moral quand même sérieusement atteint, l’écrivain se demande s'il est vraiment possible que les jeunes femmes écervelées préfèrent les jeunes hommes aux écrivains aux cheveux grisonnants et si cultivés comme lui. Devant reconnaître que oui, il décide de se changer les idées en allant revoir la Leningrad de son enfance, alias Saint-Pétersbourg et, au passage, son amour de jeunesse, pour voir si les vieilles flammes donnent les plus beaux feux. Etc. et aussi, apparemment, parce que l'auteur a décidé de faire le tour des lieux communs. 50 pages ont passé et je continue à beaucoup m’inquiéter. Cette allure d'auto-fiction me pèse de plus en plus.
   
   Il arrive à Saint-Pétersbourg et découvre que les Russes tels qu’il les a connus n’existent plus, que son flirt d’adolescent et la ville elle-même ne l’ont pas attendu, ils ont beaucoup évolué entre temps et en semblent satisfaits ; et ils ne l’attendent toujours pas, à savoir qu’on le reçoit gentiment, mais pas avec l’émotion à laquelle il s’attendait plus ou moins. Saint-Pétersbourg, qui fête son tricentenaire, est en liesse et ne se prête guère à des promenades mélancoliques…
   "La belle élégie des retrouvailles vire au burlesque. Venu en pèlerin nostalgique, le voila au milieu d’une modernité en délire, mélange de tentations américaines et de guignols russes."
   
   C’est alors qu’il rencontre le vieux Volski Guéorgui Lvovitch, ex-chanteur d’opérette, ex-soldat, ayant vécu le blocus de Leningrad dont il lui dira tout, et ayant vécu également, et plus encore, un amour idéal qui l’habite encore…
   
   Le siège de Léningrad, près de 2 millions de morts, comment survivre dans le froid russe avec pour toute nourriture 125g de pain par jour, les hommes, femmes et enfants qui tombent dans la rue et ne se relèveront pas, le gel, les bombardements...
   
   Et c’est là que le roman prend son envol. On retrouve la vraiment belle écriture d’Andrei Makine, il est enfin porté par une vraie histoire, et c'est une totale réussite.
    « ... il ne comprend plus pourquoi écrire tant de mots vains, ou faux, ou creux. (…) Mais la vie que disent ces mots ne vaut pas l'encre qui la transcrit. Elle est juste bonne pour les romans que Léa a abandonnés dans un coin de la pièce, des petits récipients de cette matière verbale sans gravité. La "nainerie" disait-il autrefois. (…) Il sait désormais que les seuls mots dignes d’être écrits surgissent quand la parole est impossible. »

critique par Sibylline




* * *