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Les Anonymes de Roger Jon Ellory

Roger Jon Ellory
  Seul le silence
  Vendetta
  Les Anonymes
  Les anges de New York
  Les neuf cercles

Roger Jon Ellory, est un écrivain britannique de romans policiers et de thrillers, né en 1965. Il est par ailleurs membre très actif de l'église de scientologie depuis une trentaine d'année.
Il s'est fait remarquer en 2012 en postant sous pseudonyme, sur le net, des commentaires élogieux de ses propres livres... (mais pas ici:-), du moins, je crois )

Les Anonymes - Roger Jon Ellory

Politic fiction
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "Washington, quatre meurtres, quatre modes opératoires identiques. L'inspecteur Miller enquête sur ce serial-killer. Il découvre qu'une des victimes vivait sous une fausse identité. Ce qui semblait être une banale enquête de police prend une ampleur différente, et va conduire Miller jusqu'aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain."

   
   
   Commentaire
   

   J'avais été complètement transportée dans l'univers de "Seul le silence" et j'espérais retrouver ces sensations dans ce roman. Toutefois, si j'ai globalement aimé et si je peux objectivement dire que ce thriller politique est bien construit, le genre même du roman - avec ces histoires politiques et les magouilles de diverses organisations gouvernementales américaines - a fait que mon intérêt à sensiblement baissé aux alentours de la page 200. Considérablement, même. En effet, il se passe un long moment où nous avons en main tous les éléments et où nos inspecteurs pataugent joyeusement, se butant à porte fermée sur porte fermée. Il se passe donc beaucoup de petites choses, mais la trame principale avance relativement peu.
   
   Mais commençons par le début. L'inspecteur Miller, qui se sort tout juste d'un scandale, est amené à enquêter sur une sordide histoire de meurtres en série. Sauf qu'on se rend rapidement compte que ce n'est que la pointe de l'iceberg et qu'il s'agit en fait d'une histoire politique impliquant la CIA. L'idée n'est pas nouvelle: un gouvernement pion dans les mains de cette agence, du financement caché, une CIA toute puissante. On a déjà vu ça et on n'évite pas certains clichés. Toutefois, le traitement qui en est fait a le mérite d'être un peu différent. Le livre alterne l'histoire à la troisième personne de l'inspecteur Miller et les récits - à la première personne - de John Robey, qui connaissait la victime du dernier meurtre en série.
   
   Si les inspecteurs m'ont semblé assez simplements construits, le personnage de Robey m'a fascinée et dès le début. Il joue visiblement avec la police, mais si on se doute du pourquoi, nous n'en sommes pas absolument certains et de toute façon, cette relation qu'il établit avec Miller, ses agissements, tout est aux limites de la lucidité extrême et de la folie. On décrit avec justesse l'entrée de jeunes exaltés qui veulent changer le monde dans un milieu qui les engloutit assez vite et on suit leur évolution. C'est d'ailleurs à partir du moment où Robey devient plus central à l'histoire que l'atmosphère s'épaissit et que la tension devient palpable. C'est aussi à partir de ce moment que j'ai raccroché à l'histoire... et que j'ai tourné les dernières pages à toute vitesse.
   
   Un roman qui plaira aux amateurs de thrillers politiques mais qui m'a moins convaincue que "Seul le silence". Je n'étais peut-être pas le public cible, n'étant pas portée naturellement vers les histoires de politique, de pouvoir et de gros sous, mais après un moment de découragement, j'y ai quand même trouvé mon compte. Le talent de conteur d'Ellory ressort avec force dans la dernière partie et je n'en ai certes pas fini avec cet auteur.
    ↓

critique par Karine




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La CIA au pilori
Note :

   Après avoir construit ses précédents polars autour du phénomène Mafia, c’est celui de la toute-puissance – ou du dérèglement – de la CIA qui est le thème central de ces "Anonymes".
   
   Volumineux ouvrage encore une fois et très consistant en terme de documentation. Une intrigue à ne pas lâcher le roman jusqu’à la fin, R.J. Ellory s’y entend pour nous faire pénétrer de plain-pied dans certains particularismes américains.
   
   Nous sommes à Washington où vient de se produire le quatrième meurtre d’un tueur, manifestement tueur en série, qui signe ses crimes en battant sauvagement ses victimes avant de les étrangler et de les affubler d’un ruban. C’est le tueur au ruban.
   
   Le quatrième meurtre c’est le moment de l’entrée en scène de l’inspecteur Miller. Il met rapidement en évidence qu’une des victimes, puis finalement toutes, avait une identité manifestement trafiquée. Toutes les tentatives administratives pour remonter la trace de ces victimes se heurtent à des obstacles qui laissent à penser qu’elles pourraient être des témoins sous protection judiciaire, ou équivalent. Ça sera beaucoup plus compliqué que cela et R.J. Ellory nous ramène à une période bien précise de la vie américaine durant laquelle l’interventionnisme international pour lutter contre le communisme était de mise (ne l’est-il plus à vrai dire?).
   
   Voilà un américain qui ne craint pas de remettre son pays et la politique de son pays en question! Le pouvoir peut rendre fou, on le savait. R.J. Ellory nous le démontre.
   
   "CIA, le FBI et le LAPD. Le test du lapin. Être américain doit permettre d’apprécier au mieux la saveur.
   • “La CIA, le FBI et la police de Los Angeles se disputent pour savoir qui est le plus fort pour attraper les criminels. Alors le Président décide de les tester en lâchant un lapin dans la forêt…
   • Les types du FBI y vont. Deux semaines de recherches, aucune piste : ils brûlent la forêt, massacrent tout ce qui bouge et ne s’excusent même pas. Ils expliquent au Président qu’il n’a eu que ce qu’il méritait.
   • La police de Los Angeles se lance. Trois heures, ils ramènent un ours. Il s’est bien fait tabasser, il sort de là les mains sur la tête en criant : “D’accord, d’accord! Je suis un lapin! Je suis un lapin!”.
   • Après le Président envoie les mecs de la CIA. Ils installent des animaux indics dans toute la forêt. Ils interrogent tous les témoins végétaux et minéraux. Trois semaines plus tard, après avoir déployé onze cents agents et dépensé 4,5 millions de dollars, ils pondent un rapport de 755 pages, avec la preuve concluante que non seulement le lapin n’existait pas, mais que cette espèce n’a jamais existé."

   ↓

critique par Tistou




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Sous le pavé, la plage
Note :

   "Washington. Quatre meurtres. Quatre modes opératoires identiques. Tout laisse à penser qu'un serial killer est à l’œuvre. Enquête presque classique pour l'inspecteur Miller. Jusqu'au moment où il découvre qu'une des victimes vivait sous une fausse identité, fabriquée de toutes pièces. Qui était-elle réellement? Ce qui semblait être une banale enquête de police prend alors une ampleur toute différente et va conduire Miller jusqu'aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain". (4e de couverture)
   
   
   L'inspecteur Robert Miller vient tout juste de reprendre son travail, après une sale affaire où il a été accusé d'avoir provoqué la mort d'un suspect, lorsque le meurtre de Catherine Sheridan lui tombe dessus. C'est tentant de l'attribuer au "tueur au ruban" tel que l'a surnommé la presse, comme les précédentes victimes, mais certains détails font penser à Miller que cette mort-là est différente.
   
   L'auteur fait alterner deux voix, celle de l'inspecteur Miller, épaulé par son adjoint Roth, et celle du présumé meurtrier, John Robey, qui nous explique ce qui s'est en réalité passé. Nous avons donc une longueur d'avance sur les enquêteurs, ce qui m'a parfois gênée.
   
   Je me suis glissée sans peine dans la tête de l'inspecteur Miller, hanté par l'accusation dont il a fait l'objet. Sa vie sentimentale est un fiasco, il vit seul, couvé par le vieux couple qui tient le Déli juste en dessous de son appartement. Désabusé, perdu, il comprend qu'il est embarqué dans une histoire qui le dépasse très largement. Toutes les pistes explorées aboutissent à une impasse, les morts violentes continuent. Ses déboires et sa ténacité le rendent sympathique.
   
   J'ai nettement moins aimé la narration de John Robey, j'ai trouvé ces passages redondants et peu convaincants. Ces jeunes gens manipulés au nom d'un idéal patriotique et devenant des tueurs sauvages peu regardant sur leurs cibles ne m'inspirent pas grand chose. J'avais hâte de revenir à Robert Miller et à ses questions sans réponses. Sa peur grandit au fur et à mesure qu'il comprend que loin d'être des meurtres ordinaires, cette affaire met en cause les plus grandes institutions du pays, la C.I.A. le F.B.I. et d'autres.
   
   Je n'ai pas toujours suivi facilement ce qui a trait à l'histoire du Nicaragua et d'autres pays d'Amérique Latine, aux trafics d'armes et de drogue liés aux guerres provoquées par les Etats-Unis, mais ce qui est raconté là fait froid dans le dos. J'aimerais croire que c'est sorti seulement de l'imagination de l'auteur, j'ai bien peur que dans ce domaine la réalité dépasse la fiction.
   
   Malgré les bémols sur certaines longueurs et délayage de l'histoire, j'ai tourné les pages avec de plus en plus d'intérêt, j'ai tremblé pour ce malheureux Miller et espéré qu'il s'en sorte vivant. Je n'en dirai pas plus évidemment.
   
   "Tel était le monde dans lequel évoluait Robert Miller. On était loin de NYPD blue, des Experts ou de New-York, police judiciaire. Les affaires ne commençaient pas et ne se concluaient jamais en un seul épisode. Dans la vie, ça ne marchait pas comme ça. Elle était laborieuse et fatigante, la vie, elle éprouvait la patience et les nerfs, et on n'obtenait de résultats qu'à force d'assiduité, de labeur et de constance. Et quelquefois, malgré tous ces efforts, on ne trouvait rien".

   
   Un bon pavé pour l'été.
    ↓

critique par Aifelle




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Mauvais camarade, bon romancier
Note :

   R.J. Ellory s'est fait récemment prendre les doigts dans le pot de confiture quand on a découvert qu'il répandait, sous pseudonyme, des commentaires enthousiastes concernant ses propres bouquins sur le site amazon.co.uk. D'ordinaire, ce qui n'est guère plus glorieux, on envoie ses potes ou c'est l'attachée de presse qui s'y colle. Mais Ellory ne s'est pas arrêté là : non content d'encenser sa propre production, il s'est également fendu, sur le même support, de notes péjoratives sur les romans de ses confrères en polar britannique, Mark Billingham et Stuart MacBride (voir Le Monde des livres du 7 septembre 2012). Il serait bien confortable de rédiger une notule encensant Billingham et Mac Bride, en les présentant comme bien meilleurs que R.J. Ellory que je découvre avec « Les anonymes ». Problème numéro 1 : je n'ai jamais lu ni Billingham, ni MacBride. Qu'à cela ne tienne, démolissons gaillardement Ellory. C'est là qu'apparaît le problème n° 2 : son bouquin est un excellent thriller, sans aucune prétention littéraire mais captivant de bout en bout. Finalement, Ellory est un mauvais camarade, maladroit de surcroît et un rien enflé du melon - on en connaît d'autres - mais c'est peut-être aussi un type lucide.

critique par P.Didion




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