Lecture / Ecriture
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Miséricorde de Jussi Adler-Olsen

Jussi Adler-Olsen
  Miséricorde
  Délivrance
  Profanation
  Dossier 64
  Promesse

Jussi Adler-Olsen est un écrivain danois né en 1950.

Miséricorde - Jussi Adler-Olsen

Couronné par des prix scandinaves prestigieux
Note :

   « L’homme s’est distrait de tout temps en contemplant les souffrances de ses semblables »
   
   Carl Morck décide de mener une ultime investigation sur la disparition de Merete, vice présidente du parti des démocrates, avant que l’affaire ne soit définitivement classée. En effet, cette jeune femme a disparu brutalement il y a plus de cinq ans. A l’époque la police était vite arrivée à la conclusion qu’elle était tombée à l’eau suite à un accident. Mais le corps n’a jamais été retrouvé.
   
   Carl, enquêteur hors pair, n’est plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il est revenu de son arrêt maladie, suite à la grave blessure qu’il a eue lors d’une attaque alors qu’il était en mission dans le cadre de son service. Plus ou moins mis sur la touche, on l’affecte à un nouveau département de la brigade criminelle, département spécial baptisé V. dont la seule mission sera de traiter des affaires dignes d’une attention spéciale. Mais Carl prend sa mission tellement au sérieux qu’il ressort des affaires non élucidées, dont celle de Merete. Aidé de Hafez El Assad, il va tout entreprendre pour comprendre et rechercher tous les indices qui ont été distillés les deux jours précédant sa disparition. Et faire ressortir des éléments sur lesquels on ne s’est pas suffisamment penché à l’époque…
   
   J’ai beaucoup aimé ce polar qui pourtant me faisait peur lorsque j’ai lu la quatrième de couverture… Je pensais avoir dans les mains un thriller sordide et je me suis retrouvée face à un roman policier original, qui met en place l’intrigue de façon très brillante. D’un côté, une politicienne s’occupant d’un frère handicapé, et disparaissant au cours d’un voyage, de l’autre un flic de génie, qui ressort d’anciennes affaires, malgré le traumatisme subi lors de la fusillade qui a vu la mort et les graves blessures d’un de ses collègues, encore hospitalisé dans un état très critique.
   
    L’auteur met remarquablement en place les différents éléments de l’intrigue et de l’enquête: j’ai trouvé géniale cette création d’un nouveau département où on essaie de ressortir d’anciennes affaires, la façon dont les choses nous sont apprises au fur et à mesure. Pas une minute on ne s’ennuie car de nouveaux éléments ou de nouveaux personnages comme celui de la psychologue enrichissent tout au long du texte et de façon remarquable le roman. Les personnages sont riches, tout est raconté sans mièvrerie avec une écriture magnifique, calme et puissante. Sans compter que plus le roman avance, plus on se pose de questions sur les motivations qui ont poussé certaines personnes à éliminer Merete.
   
   Une très très belle découverte, un texte intense, de grand talent, couronné par des prix scandinaves prestigieux.
   
   
   Les enquêtes de Carl Morck et du département V:
   
   1 - Miséricorde (Kvinden i buret, 2007)

   2 - Profanation (Fasandræberne, 2008)
   3 - Délivrance (Flaskepost fra P, 2009)
   4 - Dossier 64 (Journal 64, 2010)
   5 - L’Effet papillon (Marco Effekten, 2012)
   6 - Promesse (Den Grænseløse, 2014)
    ↓

critique par Éléonore W.




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Un enquêteur syrien à Copenhague, c'est original
Note :

   "Le sol en béton sur lequel elle se réveilla était glacé. Elle leva la tête et sentit une douleur lancinante. Ses jambes étaient lourdes et elle pouvait à peine soulever ses épaules, qui semblaient collées au sol. Elle se força à s'asseoir et essaya de s'orienter dans cette obscurité fracassante. Elle voulut appeler mais elle n'osa pas et elle se contenta de respirer profondément et en silence. Puis elle tendit prudemment les mains pour sentir s'il y avait quelque chose à sa portée. Il n'y avait rien".
   

   Les billets qui fleurissent depuis quelque temps sur ce polar danois étaient suffisamment élogieux pour que je m'y intéresse à mon tour et je ne l'ai pas regretté. 500 pages qui ne se lâchent pas malgré le côté éprouvant pour une claustrophobe (que je suis) puisque nous apprenons quasiment dès le début que la victime, Merete Lyyngaard, est enfermée dans un caisson hermétique depuis cinq ans, alternant les périodes d'obscurité et de lumière intense. Je n'en dirai pas plus sur elle et sur ce qu'elle endure.
   
   Le tout nouveau Département V de la police est chargé de reprendre l'affaire qui avait été classée. En fait, ce département a surtout servi à mettre au placard Carl Morck, enquêteur qui revient tout juste d'arrêt maladie. Il se remet mal d'une fusillade qui a coûté la vie à un de ses collègues, et en a laissé un autre paralysé sur un lit d'hôpital. On lui adjoint un curieux assistant, d'origine syrienne, Hafez el Assad, oui ça ne s'invente pas! Censé assurer seulement le ménage et le classement, il se révèle plein de ressources inattendues, voire inquiétantes. Relégués au sous-sol du commissariat, leur collaboration va s'avérer fructueuse et le duo fonctionne finalement plutôt bien, avec des hauts et des bas.
   
   Voilà une série fort prometteuse, Carl Morck est bougon, malheureux, peu sociable, il traîne son lot de culpabilité, mais c'est un policier hors pair. Quand à Hafez el Assad, il a ce qu'il faut de zones d'ombres, d'ambiguïté, d'ingénuité par moment, de quoi nous intriguer encore pour plusieurs volumes. De beaux jours en perspective.
   ↓

critique par Aifelle




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Convaincu !
Note :

   Merete Lyyngaard est retenue depuis cinq ans dans une pièce vide, nourrie grâce à des seaux que ses ravisseurs lui passent par un sas. Mais pourquoi, nul ne le sait. Cette ancienne espoir de la politique danoise a disparu du jour au lendemain.
   
   Carl Morck, flic de Copenhague, revient au travail après une interruption due à une fusillade subie par ses collègues et lui. L'un est mort, l'autre est sur un lit d'hôpital, paralysé et Carl est le seul à s'en être sorti. Il emmerde tout le monde. Pour s'en débarrasser, la police crée le Département V chargé d'enquêter sur de vieux dossiers pas encore clos. A la tête de cette unité, Carl, assisté de Hafez al Assad, un Syrien, homme à tout faire. Leur première affaire sera par hasard celle de la disparition de Merete Lyyngaard.
   
   Pas mal du tout ce premier volume des aventures de Carl et Assad. On assiste à la naissance du Département V, à leur première collaboration. Le lecteur suit en parallèle, les tergiversations de Carl pas très emballé pour se coltiner de vieux dossiers avec un homme de ménage réfugié politique au passé inconnu (songez, qu'il porte le même nom que l'ancien dirigeant autoritaire de la Syrie, le père de l'actuel qui ne fait pas mieux voire pire que son papa!) et les souffrances de Merete enfermée dans un caisson pendant cinq longues années. Si l'on peut deviner rapidement les raisons de son rapt, puis celles de sa séquestration et les auteurs, l'intérêt du livre consiste au raisonnement des enquêteurs pour parvenir aux bonnes conclusions et à la relation qui s'instaure entre Carl et Assad. 
   
   Carl est un vieux flic à l'ancienne, désabusé, démotivé depuis cette fusillade, qui vit dans une modeste maison en banlieue avec son beau-fils et un locataire éternel étudiant qui le materne. Son ex-femme l'a quitté pour aller vivre ses passions amoureuses dans... l'abri de jardin!
   
   Assad est recruté comme homme de ménage, préposé au café ; il s'avère précieux, doté d'un sens de la réflexion affiné et sensé et malgré quelques initiatives maladroites, très utile :
   "Assad avait sûrement extrapolé un peu en remplissant sa mission, mais à quoi fallait-il s'attendre de la part d'un assistant, docteur ès gants de caoutchouc et seau en plastique? Il faut bien ramper avant d'apprendre à marcher." (p.93)

   
   Cette enquête qui commence en dilettante petit à petit se professionnaliser, car Carl reprend goût à son travail, Assad n'y étant pas étranger. Un duo très improbable qui fonctionne. Assad ajoute le côté décalé, humoristique qui fait que l'on ne s'ennuie pas du tout au long de ces 526 pages (version poche). A tel point, pour ne rien vous cacher, bande de petits veinards, que Délivrance, le troisième opus de cette série qui vient de sortir, m'attend gentiment et que je viens d'acquérir la deuxième aventure du Département V, Profanation, dont je parlerai bientôt.

critique par Yv




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