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Tricolores. Une histoire de la droite et de l'extrême droite de Zvonimir Novak

Zvonimir Novak
  Tricolores. Une histoire de la droite et de l'extrême droite

Tricolores. Une histoire de la droite et de l'extrême droite - Zvonimir Novak

Bleu, blanc, rouge
Note :

   Il fallait un professeur d'arts appliqués pour présenter la production visuelle de nos organisations de droite et d'extrême-droite depuis la IIIe République jusqu'à nos jours. Je dis bien "visuelle", car il ne s'agit pas ici d'analyser le discours politique à proprement parler, mais bien d'étudier les images de toutes tailles que les partis, mouvements et groupuscules ont produits: aussi, plus que de mots (député, liberté, égalité, nation, France, Europe…) il est question de formes et de couleurs. Ce sont justement les trois couleurs qui justifient le titre de cet ouvrage, puisque, comme on l'aura deviné, toutes les organisations de droite et d'extrême droite les utilisent, en compagnie, souvent d'une Marianne ou d'une Marseillaise.
   
   Le bleu, le blanc et le rouge sont constitutifs de notre drapeau; ils servent de décor de fond d'affiche, de couleur des lettres des slogans, de couleur des contours, etc. Si l'utilisation du noir semble plus familière aux néofascistes, le bleu tend à s'imposer davantage à la droite libérale, hier à l'UDF et aujourd'hui plutôt à l'UMP. Du côté des formes, j'ai été surpris de constater que l'hexagone, cette représentation mythique de la France que les enseignants de géographie aimaient tant ces dernières années, est finalement fort rare chez les politiques. L'hexagone a figuré dans un papillon du PSF de La Rocque en 1936 avant de revenir avec l'UDF en 1978. On lui préfère une France aux contours plus ou moins stylisés, et généralement sans la Corse.
   
   Comme on le conçoit a priori, la photographie des hommes politiques est devenue plus fréquente suite à l'élection présidentielle au suffrage universel direct (notamment 1965, 1974, 1981…) et sur l'ensemble du livre le visage le plus reproduit est celui du général De Gaulle. Dans cette iconographie, les emblèmes sont importants: la croix celtique, la croix de Lorraine et le V de la victoire, le coq gaulois, la francisque, l'arbre (le pommier de Chirac en 1995). De façon générale, ce sont les mouvements dans l'opposition qui sont les plus créatifs: «la position d'opposant, nous dit en conclusion Z. Novak, implique inévitablement un travail de persuasion et nécessite d'inventer sans cesse de nouveaux signes.» Cette caractéristique va aussi bien pour le Boulangisme, qui paraît avoir presque tout inventé, que le Front National actuel, ou la droite après le début du règne de Mitterrand. Pourtant la palme de l'inventivité pourrait bien être accordée à l'officine "Paix et Liberté" qui, quoique financée par Matignon autour de 1950, s'opposa aux communistes avec un humour ravageur. Parmi les dessinateurs qui ont conçu et signé ces images, Sennep tient une place d'honneur, nous l'avions déjà évoqué sur ce site.
   
   À la célèbre question "Peut-on rire de tout?" la lecture de ce passionnant essai doit sans doute pousser à répondre "Oui", sans même observer la restriction fameuse de Desproges. Qu'un tel ouvrage soit publié montre que la France est encore un pays de liberté d'expression. Mais pour combien de temps? Hier l'anticommunisme et l'antisémitisme, aujourd'hui l'antisionisme, l'islamophobie voire l'opposition à la Turquie sont autant de dossiers "chauds" qui provoquent de dangereuses crises d'indignation et d'intolérance. Voilà de la documentation pour les militants de tous les partis, comme pour les professeurs des lycées soucieux d'inclure dans leurs cours l'examen critique des images, fussent-elles hautement partisanes.

critique par Mapero




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