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Ruines. Représentations dans l'art de la Renaissance à nos jours de Michel Makarius

Michel Makarius
  Ruines. Représentations dans l'art de la Renaissance à nos jours

Ruines. Représentations dans l'art de la Renaissance à nos jours - Michel Makarius

Un thème bien vivant !
Note :

   En compagnie des ruines Michel Makarius nous offre une passionnante rétrospective de l'histoire de l'art occidental.
   
   La Renaissance survient dans un temps où la peinture sert en priorité les sujets religieux. Quand Botticelli peint l'Adoration des mages, il dispose ses personnages sous un abri ruiné qui fait allusion à l'effondrement prochain du paganisme. À la même époque Mantegna place Saint Sébastien en martyr ligoté à des ruines romaines. Cet emploi des ruines se retrouve aussi bien chez les Italiens que les Flamands. Au siècle suivant, les Maniéristes ont un rapport particulier aux ruines: «Pour la Manière, la ruine n'est plus un détail qui vient caractériser localement un élément singulier, crèche ou colonne de marbre, comme au Quattrocento. Elle devient au contraire le symptôme d'un état général de déréliction ou le prétexte à une image ambiguë, à la fois étrange et familière. Cette ambiguïté atteint son comble dans le haut lieu de la virtuosité maniériste, la Salle des Géants» œuvre de Giulio Romano au Palazzo Te, à Mantoue. Vers le même temps, en 1536, l'empereur Charles Quint fait son entrée dans Rome en compagnie du frison Posthumus, l'un des premiers artistes à descendre du Nord vers l'Italie riche en ruines, précédant un grand nombre d'artistes hollandais et français venant s'inspirer des ruines romaines au XVIIe siècle.
   
   Le souci de ces peintres pour l'architecture antique donne un paysage idéal, recomposé, c'est le capriccio qui est courant aux XVIIe et XVIIIe siècles: un art "ruiniste" où l'on retrouve toute la panoplie des éléments d'architecture relevés par Piranèse dans ses "Antiquités romaines". Allégories de l'Histoire, à la fois sujet et décor, les ruines expriment la magnificence dont la Ville éternelle donne maintenant la mesure. Le XVIIIe siècle imagine aussi que les jardins seraient plus émouvants si on les décorait avec des ruines, créant «le mystère d'un lieu laissé à l'abandon…» ; ce sont les "fabriques" avec «tourelles, temples, colonnes, obélisques, tombeaux et pyramides égyptiens…» Les découvertes archéologiques donnent une autre source d'inspiration aux peintres se rendant à Pompéi, à Paestum ou à Taormine (Piranèse, Hubert Robert, Michallon, Thomas Cole…) puis aux photographes se rendant en Orient pour les temples de Karnak ou de Baalbek.
   
   Les années pré-romantiques sont celles de la ruine gothique (Turner, Friedrich…) qui «renvoie l'individu à sa petitesse et à sa finitude.» En même temps qu'on crée une nouvelle image du moyen-âge la ruine entre dans le patrimoine comme monument historique. Son avenir provoque des débats avec des positions extrêmes: à celle de Viollet-le-Duc prêt à reconstruire à neuf, s'oppose John Ruskin partisan de laisser la ruine vivre sa vie. En France, la question a été marquée par le vandalisme de 1789 qui a suscité, par contre-coup une volonté de conserver: Lenoir ouvre à Paris le musée des Monuments français. La photographie des ruines prend son essor avec l'archéologie industrielle tandis que les frères Alinari diffusent leurs cartes postales depuis 1852.
   
   En même temps que la photo faisait reculer la ruines peinte, le tournant de 1914-1918 — moins marqué dans cet essai que celui de 1945 — donne naissance au dadaïsme et au surréalisme qui ont su peindre des ruines souvent imaginaires. Les artistes ne voudront bientôt plus se déplacer sur le motif — alors que les touristes fréquentent ces mêmes ruines plus que jamais, y compris les lieux de ruines récentes. Twin Towers ou cathédrale de Cologne, Makarius a posé la bonne question: «Comment perpétuer le souvenir du désastre?» reprenant l'interrogation d'Auguste Perret face aux ruines de la cathédrale de Reims. Pour la période récente, l'auteur montre que la représentation picturale des ruines est concurrencée par la mode des installations, et une tendance à la disparition de l'œuvre: de la représentation de la ruine, on est passé à la ruine de la représentation.

critique par Mapero




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