Lecture / Ecriture
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Bons baisers de Cora Sledge de Leslie Larson

Leslie Larson
  Bons baisers de Cora Sledge

Bons baisers de Cora Sledge - Leslie Larson

Humour tonique
Note :

   Cora est une vieille dame de quatre-vingt-deux ans qui ne décolère pas. Ses trois enfants l'ont collée en maison de retraite et elle n'apprécie pas du tout d'avoir dû quitter son chez-elle et sa chienne Lulu. Il faut dire qu'elle y avait mis du sien: obèse, boulimique, bourrée de petites pilules depuis des années, fumeuse invétérée, elle se mettait elle-même en danger.
   
   Cora s'exprime dans un langage direct et imagé, ce qui donne lieu à des scènes hilarantes sur ce qu'elle voit autour d'elle, ce qui n'empêche pas de distinguer derrière cette grossièreté de façade le désespoir qui la mine. Et puis il s'en passe des choses pas nettes dans cet endroit, des objets disparaissent, de l'argent aussi et le cristal auquel Cora tenait tant.
   
   Dans le brouillard qui est le sien, deux évènements vont la tirer de sa misère. Sa petite-fille lui fait cadeau d'un cahier, et à sa grande surprise elle va prendre plaisir à y écrire l'histoire de sa vie. C'est ainsi que nous allons faire connaissance avec Cora, jeune fille et apprendre comment sa vie a dérapé et pourquoi elle est devenue accro aux anxiolytiques en tout genre.
   "J'essaie de comprendre à quel moment je me suis perdue en route. Sans doute vers trente ans. Maintenant que mes idées sont plus claires, je me connais un peu mieux. Les pensées qui me traversent l'esprit sont un phénomène inédit pour moi. Tout comme les choses que je sens, que je vois. J'ai l'impression d'être un bébé qui vient de naître. D'ailleurs, çà me flanque la frousse".

   
   Et puis surtout, elle va tomber amoureuse du beau Vitus, pensionnaire comme elle de ce lieu détesté. Elle va se reprendre en main, maigrir, marcher et faire des projets. Vitus est-il digne de cet amour? C'est une autre histoire mais peu importe, Cora retrouve goût à la vie avec une énergie réjouissante.
   
   Au début, Cora m'a paru plutôt geignarde, mais très vite cette impression s'est effacée au fur et à mesure qu'elle raconte sa jeunesse, le secret qui l'étouffe et le gros chagrin qu'elle n'a jamais pu surmonter. Il y a dans ce roman un mélange de drôlerie et d'émotion très réussi et qui montre que même à quatre-vingt-deux ans l'avenir est ouvert et qu'il n'y a aucune raison de se résigner. A la fin, Cora a des phrases magnifiques pour s'adresser à la jeune fille qu'elle a été.
   
   Un dernier extrait pour vous donner une idée du style :
   "Vous avez déjà remarqué ces réclames dans les magazines? Avant, après? On vous montre les photos d'une grosse dondon en short avec des cuisses bien grasses, un ventre proéminent et des nichons qui pendent jusqu'aux genoux? A en juger par ses cheveux, on a l'impression qu'un cyclone est passé par là, et elle a une mine aussi avenante que si son chat venait de se faire écraser. A côté, on voit une petite chose en pantalon moulant, avec un cul pas plus gros qu'une boule de glace, des nénés qui remontent sous son menton et un ventre plus plat qu'une planche à repasser. Celle-là, on ne pourrait pas lui pincer un centimètre de peau. Coiffure et maquillage sont parfaits, et elle sourit d'une oreille à l'autre. Qui ne le ferait pas d'ailleurs, avec cette silhouette? Impossible de croire que les deux photos représentent la même personne. Eh bien voilà, c'est mon cas."
   
   Un roman hautement recommandable et tonique.
    ↓

critique par Aifelle




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A plein régime
Note :

   La vie en maison de retraite médicalisée peut réserver bien des surprises tant pour celles et ceux qui s’y trouvent que pour ceux qui y ont envoyé leurs parents. A quatre-vingts ans, Cora Sledge n’est plus autonome. Bourrée d’un cocktail de médicaments qu’elle ingurgite pour faire face à ses angoisses constantes, Cora évolue dans un brouillard comateux qui masque sa triste réalité. Obèse et poussive, elle n’est plus capable de s’assumer seule dans la maison qu’elle a habitée avec son mari pendant des décennies maintenant qu’il est décédé. C’est pourquoi ses enfants, répartis aux quatre coins des Etats-Unis, ont décidé de la placer dans une maison médicalisée où s’entassent des vieillards cacochymes en attente du grand départ définitif.
   
   Toutefois, Cora ne rêve que de s’échapper de ce qu’elle considère être un enfer où on la maintient malgré elle. Un enfer marqué par les rivalités individuelles entre les femmes qui continuent de faire assaut de séduction pour tenter d’attirer à elles les quelques hommes encore à peu près valides. Un enfer où l’égoïsme, la volonté d’en imposer aux autres ou de se mettre en avant y compris en usant de perfidie n’ont pas abdiqué face au grand âge, les bassesses humaines restant ce qu’elles sont.
   
   Pour se venger de ses enfants qui l’ont remisée là où elle refuse d’être, Cora décide d’entreprendre la rédaction d’un journal qui, bientôt, deviendra le récit des grands et petits secrets d’une vie qui ne fut pas toujours simple et dont ses enfants sont loin de tout savoir. Au fur et à mesure que les chapitres d’une vie dure, faite de déceptions et de tristesse plus que de joie et de liberté, vont s’égrainer, nous comprenons mieux ce que peuvent être les ressentiments de Cora. Mais, en parallèle, la rencontre avec Vito, un encore bel homme émigré d’un pays de l’Est dont Cora ne sait rien va bouleverser la vie de l’octogénaire car l’amour peut frapper n’importe où, n’importe quand et à n’importe quel âge.
   
   Vito a tout de l’homme qu’elle a toujours rêvé de rencontrer et lui redonne le goût de vivre au point de perdre à une vitesse effrayante un peu de son poids superflu et de se débarrasser de ses médicaments qui la font évoluer dans un monde parallèle. Elle n’aura bientôt qu’une idée en tête : fuir avec Vito et refaire sa vie dans sa maison profitant des dernières moments pour couler une existence enfin paisible.
   
   Sur la base de cette intrigue, Leslie Larson construit un joli roman touchant qui montre que, rarement, la vie prend le chemin qu’on aurait rêvé suivre. Souvent, les espoirs sont déçus. Souvent, les autres ou les circonstances se jouent de vous comme nous le verrons à de fréquentes reprises au sein de ce microcosme agité qu’est la maison de retraite. Les traits de caractère et la psychologie des divers personnages y sont bien campés et l’on sourit souvent aux situations surprenantes et pleines de rebondissements qu’invente l’auteur. Certes, nous sommes très loin d’un livre au style particulièrement léché ou d’un livre indispensable, mais Leslie Larson a au moins le mérite de nous proposer un roman facétieux sur un thème grave, bien tourné, et qui vous fera passer un bon moment. Ce n’est déjà pas si mal.

critique par Cetalir




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