Lecture / Ecriture
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L'an prochain à Tbilissi de Sana Krasikov

Sana Krasikov
  L'an prochain à Tbilissi

L'an prochain à Tbilissi - Sana Krasikov

Nouvelles d'exil
Note :

   Recueil de nouvelles qui ont toutes en commun de mettre en scène des réfugiés, des exilés, des immigrés de l'Europe de l'est vers les Etats-Unis. C'est parfois un peu difficile de se retrouver tant l'auteure place de personnages dans ses histoires. Je suis passé totalement au travers des deux premières nouvelles, pour cette raison, mais aussi parce qu'elle sont construites comme des puzzles. Sana Krasikov distille des informations par morceaux qui doivent s'imbriquer ensuite les uns dans les autres, mais parfois, comme dans ces deux premières nouvelles, j'ai eu 'impression qu'il manquait une ou plusieurs pièces. Ou alors, c'est moi qui ai la comprenette difficile (je vieillis, je vieillis, que voulez-vous, je dois faire face à mes limites!)
   
   Après une mise en route un peu ardue, j'ai néanmoins persévéré et j'ai bien fait, les six dernières nouvelles me sont plus accessibles (ou alors, j'ai rajeuni ou compris la clef pour entrer dans le monde de l'auteure). La réussite professionnelle et sociale et surtout les apparences de cette réussite sont au cœur de toutes. L'homme se doit d'offrir à la femme confort et biens matériels (a priori deux points communs entre les Etats-Uniens et les nouveaux Russes et ex-résidents de l'URSS). Sana Krasikov construit des petits romans, pas des nouvelles à chute, juste des histoires, des tranches de vies. Ses personnages sont complexes, tiraillés entre leur pays d'origine et leur pays d'adoption. Les hommes sont assez absents, contraints de travailler pour arriver à leurs fins matérielles. Les femmes espèrent des vies de "Desperate housewives", sorte de panacée bourgeoise américaine. Entre espoir, désillusions, tragédies grandes ou mineures, elles avancent bien décidés, à accéder au rêve américain. Entre extrême solitude de celles qui épousent le premier citoyen des Etats-Unis venu pour avoir la green card et le permis de travail et les belles relations des autres pour tenter d'améliorer leurs vies d'exilées, l'auteure brosse des portraits de femmes actuelles, modernes pleines d'envies et de contradictions. Certaines s'en tirent mieux, plus jeunes, plus adaptées à la vie américaine, comme Alina, la jeune étudiante que Victor, loin d'être un jeune homme, aimerait voir beaucoup plus proche de lui:
   "Rien qu'en la regardant, il devinait qu'une fille comme Alina n'était pas du genre à perdre les pédales devant un écran d'ordinateur et ne tapait pas du poing sur le clavier, comme ses fils, au point d'envoyer valser la touche majuscule et de la faire atterrir derrière les meubles. Non, dans le même genre de circonstances, les filles comme elles se levaient sans doute pour se servir un verre d'eau. Si ça n'allait pas, elles allaient courir. Elles corrigeaient toutes les erreurs de leur curriculum vitae avant de l'envoyer, au lieu de contempler d'un air hébété, quand c'était trop tard, le paragraphe "Compétences", en se demandant si elles avaient vraiment voulu écrire "Bonnes excellentes capacités orales et communicationnelles"". (p.78)

   
   Pas mal du tout ce recueil, même si comme je le disais plus haut, certaines nouvelles sont un peu confuses. Sana Krasikov s'est lancée dans l'écriture d'un roman, son premier, qui ne devrait plus tarder (on va quand même lui laisser le temps de le terminer et celui, pour son éditeur français de le traduire.)

critique par Yv




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