Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La part de l’autre de Eric-Emmanuel Schmitt

Eric-Emmanuel Schmitt
  Oscar et la dame rose
  Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
  L'enfant de Noé
  La rêveuse d’Ostende (et autres nouvelles)
  Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent
  La part de l’autre
  La femme au miroir
  Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus
  Le sumo qui ne pouvait pas grossir
  Dès 08 ans: Les aventures de Poussin Ier
  La nuit de feu
  La secte des égoïstes
  Les perroquets de la place d’Arezzo

Éric-Emmanuel Schmitt est un auteur d'origine française né en 1960 et naturalisé belge en 2008.

La part de l’autre - Eric-Emmanuel Schmitt

Indigne de la gravité du sujet !
Note :

   Ce livre, une collègue me l’avait prêté lors de sa sortie, il y a quelques années déjà. Je n’ai pas pu dépasser les cinquante premières pages, prise d’une violente envie de vomir…
   
   Pourquoi? Disons que mes origines allemandes y sont certainement pour quelque chose… et comme beaucoup de mes compatriotes (en tout cas ceux de ma génération, enfants de parents eux-mêmes nés pendant le régime nazi), j’entretiens une relation un peu conflictuelle avec mon pays et son passé. J’ai été élevée dans la conscience aigüe du tort causé par mon pays, et Hitler a toujours été pour moi le symbole du mal absolu, la négation de tout ce qui est humain…
   
   Et voilà qu’ Eric-Emmanuel Schmitt s’empare de ce symbole et le fait homme, l’humanise, lui prête des pensées, des sentiments, des gestes tout à fait triviaux… Je crois que c’est cela qui m’a donné la nausée la première fois que j’ai tenté de lire ce livre. Comment oser traiter en simple mortel cet immortel symbole du mal?
   
   Bon, quelques années ont passé, quelques discussions avec des amis français aussi qui ne comprennent pas toujours très bien mon attitude («Mais t’y es pour rien! Même tes parents étaient trop petits pour voter Hitler!»). Et puis, j’ai eu quelques échanges très intéressants à ce propos avec des élèves que j’avais en Prépa lors de la sortie du film «La chute», film qui m’a posé le même problème que ce livre et que je refusais d’aller voir au début… ce sont eux, avec leur regard neuf et intelligent qui m’ont convaincue que je devais être ouverte…
   Tout ceci pour dire que finalement, j’ai ravalé mon dégoût pour reprendre le roman de Schmitt…
   
   Il part de l’hypothèse que l’Histoire en aurait été tout autrement si, au lieu de se faire recaler, Hitler avait été reçu à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne où il s’était présenté deux fois. Schmitt nous raconte donc deux histoires en parallèle: celle, plutôt bien documentée, du vrai Adolf Hitler, et de l’autre côté celle, totalement imaginée, de Adolf H., grand spécialiste de l’orgasme féminin, qui devient un peintre célèbre et professeur à l’Académie de Berlin, épouse une Juive et adhère à la cause des Sionistes.
   
   Le problème, c’est qu’avec cela, j’ai quasiment tout dit. C’est un roman d’une banalité affligeante. Bien sûr, les événements, les grands noms s’enchaînent, mais c’est tout. Tout est traité sur le mode anecdotique, rien n’est creusé. Aucune matière à réflexion! Notre Adolf H. a beau rencontrer le gratin des artistes à Paris, faire partie du mouvement surréaliste… nous n’apprenons rien sur son implication, ses conceptions, ou alors des généralités qui relèvent des pires clichés! Par contre, l’auteur lui accorde cinq pages pour deviser sur le prénom étrange d’une fille dont il est amoureux… c’est sans intérêt aucun! Les dialogues sont le plus souvent ennuyeux et d’un primitif à pleurer, les observations du narrateur omniscient sortent tout droit de VSD («Comme toujours dans ce genre de soirée, ce sont les semaines qui précèdent qui sont les plus délicieuses. On imagine son costume, on le fait réaliser, on l’essaie, on l’améliore et, enfin, on se montre. Un bal costumé culmine et meurt de l’entrée en scène…», p. 332). Et là, où le niveau semble plus ambitieux, il y a des relents de déjà vu (v. la vie d’Hitler qui devient un opéra) ou du copiage, quasiment au mot près, d’analyses du psychisme d’Hitler vues dans des documentaires à la télé et disséquant les gestes de l’Hitler-orateur faisant l’amour à son auditoire («De Nuremberg à Nuremberg», il me semble, j’espère ne pas confondre)…
   
   Non, tout cela est sans originalité, facile, superficiel, un traitement indigne de la gravité du sujet. Point.
   J’espère que le reste de l’œuvre d’Eric-Emmanuel Schmitt n’est pas de la même trempe!

critique par Alianna




* * *