Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Moi et Kaminski de Daniel Kehlmann

Daniel Kehlmann
  Les arpenteurs du monde
  Gloire
  La nuit de l’illusionniste
  Moi et Kaminski

Daniel Kehlmann est un écrivain allemand né en 1975.

Moi et Kaminski - Daniel Kehlmann

Droit dans le mur
Note :

   C'est un bon roman, mais dont on ne tire pas de grande satisfaction. Cela a même été pour moi une lecture constamment désagréable. Désagréable parce que l'on suit en permanence un personnage très déplaisant qui s'appelle Sébastian Zöllner et que l'on pourrait qualifier de "jeune loup aux dents longues" (du genre à rayer le parquet). Zöllner est un arriviste totalement égocentré ("Moi d'abord et Kaminski, X, Y ou le reste du monde") qui ne recule devant rien pour parvenir à ses fins.
   
   Ses fins, pour le moment, c'est d'obtenir du peintre retiré et (hélas pour notre requin) quelque peu oublié, les éléments d'une biographie la plus accrocheuse possible (tout scandale bienvenu etc.) que l'on sortira quand Kaminski voudra bien casser sa pipe ce qui, ne devrait raisonnablement plus trop tarder.
   
   Mais qui est raisonnable dans cette histoire? Pas Zöllner en tout cas qui ira jusqu'au cambriolage et la fouille impudente des papiers les plus intimes. Pas Kaminski non plus, qui ne l'a jamais été et n'a sans doute pas grand chose à apprendre de son biographe pour ce qui est d'obtenir ce qu'il veut par tous les moyens.  "Un jeune artiste est quelque chose d’étrange. A moitié fou d'ambition et d'avidité.", dit-il en parlant de lui-même à ses débuts, mais le lecteur constate que cela correspond tout autant à Zöllner. A ce propos, la quatrième de couverture laisse supposer que Kaminski est meilleur que Zöllner et que ce dernier connaitra la révélation à son contact
    "... un vieux monsieur retiré du monde mais qui n'a rien perdu de son anticonformisme. Et le miroir qu'il tend au journaliste sans scrupules n'est pas des plus flatteurs" dit-elle.
   Ttt... Mon avis à moi est que Zöllner n'aperçoit même pas le miroir, que je ne pense d'ailleurs pas que Kaminski se souciait de lui tendre. Les deux foncent vers un ultime but, Kaminski parce qu'il jette ses derniers feux et qu'il veut encore obtenir quelque chose, Zöllner parce que tout son avenir professionnel se joue sur ce coup-là. Ils sont totalement égoïstes dans un monde qui l'est autant qu'eux. La scène du vernissage branché est un summum dans le genre, chacun, le sourire aux lèvres, y joue sauvagement des coudes. Le snobisme et l'arrivisme le disputent à l'inculture la plus crasse (la palme allant sans grande surprise à la chroniqueuse télé). Le lecteur horrifié continue -si c'est de moi que l'on parle- à trouver toutes ces histoires "bien déplaisantes", et on n'a pas fini...
   
    Zöllner fonce d'autant plus brutalement qu'il est sur tous les plans -pas seulement professionnel- dans une période où tout s'écroule et qui ne pourra s'achever que par sa gloire ou sa ruine totale. C'est un gros coup de poker, il risque de ne bientôt même plus avoir un toit sur sa tête, tout comme il peut être demain l'invité des médias et la vedette courtisée du moment...
   Kaminski est talonné par la camarde et ne se soucie plus de rien ni de personne si tant est qu'il s'en soit jamais soucié.
   
   Le récit commence par l'enquête de Zöllner, une série de brèves rencontres de témoins où partout il suscite l'antipathie par sa façon de faire. Ce début haché, ces échanges aigres, placent le lecteur d'entrée de jeu dans cette ambiance désagréable que j'évoquais et qui jamais ne disparaitra totalement. Le rythme rapide et brutal évoque ces courses désespérées droit dans le mur.

critique par Sibylline




* * *