Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Quelle époque! de Anthony Trollope

Anthony Trollope
  Miss Mackenzie
  Le cousin Henry
  Quelle époque!
  Peut-on lui pardonner?
  Phinéas Finn
  Les diamants Eustace

Anthony Trollope (1815 – 1882), est un romancier britannique de l'époque victorienne.

Quelle époque! - Anthony Trollope

Gros pavé dans la mare
Note :

   Londres, années 1870. Lady Carbury espère percer dans le monde littéraire. Son objectif, subvenir aux besoins de son fils, Felix, qui a déjà dilapidé son héritage. Si par le plus grand des hasards elle parvenait à le marier à une riche héritière, son bonheur serait parfait. Une héritière comme Marie Melmotte, fille de ce mystérieux homme d'affaire devenu en quelques mois la coqueluche de Londres malgré sa réputation sulfureuse. Et si seulement sa fille Hetta acceptait d'épouser sir Roger Carbury son cousin, c'est ni plus ni moins la félicité qui serait atteinte.
   
   Mais Hetta n'aime pas Roger, en tout cas, pas de cet amour-là. Elle aime Paul. Paul qui est en affaire avec Melmotte. Melmotte qui soutient un projet titanesque, vaste toile d'araignée qui prend petit à petit au piège l'aristocratie anglaise dont Felix qui souhaite épouser Marie, qui doit épouser un beau parti...
   
   Considéré comme le chef d’œuvre d'Anthony Trollope, "Quelle époque!" est aussi sans aucun conteste un énorme pavé. Pavé au sens propre, et pavé dans la mare. Sur un millier de pages (oui, le poche fait 821 pages. Jetez un œil à la police du texte...), Trollope déploie une vaste satire sociale où les faux-semblants, l'escroquerie, le mensonge et la cupidité règnent en maîtres. Autant dire qu'il n'épargne personne, et surtout pas les quelques personnages qui pourraient attirer la sympathie.
   
   Prenons Sir Felix Carbury par exemple. Difficile de faire plus antipathique que ce nobliau égoïste, lâche, et menteur dont les vices sont encouragés par une société sont les rouages et les règles sont absolument vides de sens. Tout le contraire de son vertueux cousin Roger Carbury, honnête, incapable de mentir, soutien d'une famille dont il ressent comme autant de blessures les compromissions. Et empli comme une outre de ses certitudes morales issues d'un autre temps, incapable de la moindre réelle tolérance. Lady Carbury est une insupportable bonne mère et une horrible bonne femme aveuglée par l'ambition. Marie Melmotte est une jeune cruche qui se révélera la digne fille de son père fort heureusement pour son salut. Hetta est amoureuse, ce qui résume la situation. Paul Montague un idiot emberlificoté dans des affaires amoureuses et financières qui le dépassent.
   
   Le tableau est le même pour tous les personnages, ce qui donne une galerie légèrement désespérante mais profondément humaine puisque du plus profond amour maternel à l'égoïsme le plus crasse en passant par l'ambition, le désespoir, la passion amoureuse, Trollope passe en revue l'ensemble de la gamme des sentiments tout en décryptant le fonctionnement vicié d'une société dont les valeurs sont devenues celles de l'argent et de la réussite mais qui ne pouvait plus avancer sans dépasser le monde ancien des petits et grands propriétaires ruraux.
   
   Le tout donne un roman fleuve qui offre à la fois des résonances résolument contemporaines et un portrait de l'Angleterre de la fin du 19e siècle percutant, une ironie d'une rare violence et des histoires d'amour et haine dépeintes avec sensibilité. Certes on aimerait parfois que Trollope avance un peu plus vite, mais les fils qu'il tire, la complexité de son récit, sa richesse et l'humour dont en dépit de tout il fait preuve, font de "Quelle époque!" un roman absolument passionnant.
   
   Moi, je vais aller jeter un œil ou deux, voire trois sur l'adaptation BBC.
    ↓

critique par Chiffonnette




* * *



Long mais bon
Note :

   Titre original : The way we live now
   
   Paru en feuilleton en 1874-1875 puis en deux volumes en 1875
   
   Anthony Trollope (1815-1882) est un romancier victorien moins connu en France que Dickens, mais qui a écrit beaucoup de romans, tout en exerçant le métier d'inspecteur des postes, et mérite absolument d'être lu. Bien évidemment, comme d'habitude dans ces circonstances, mon billet manquera totalement d'objectivité.
   
   Dans le groupe des "aventuriers" Augustus Melmotte, apparu depuis peu à Londres, dont l'origine de la richesse pose question, éblouit cependant la bonne société. Il se lance dans une vaste opération spéculative, le Chemin de Fer du Pacifique Centre et Sud et du Mexique, les actions s'achètent, se vendent avec bénéfice, sans qu'on en sache vraiment plus. Alors, escroc ou génie de la finance?
   
   Pour conquérir une jeune fille, parmi les jeunes gens de bonne famille et désargentés démarre "la grande course de la coupe Marie Melmotte".
   
   Apparaît aussi la mystérieuse Winifred Hurtle, une américaine au passé pas très clair, une "tigresse", qui ne veut pas lâcher sa proie, à savoir Paul Montague, qui lui a promis le mariage.
   
   Face à ces personnages qui luttent pour être maîtres (ou maîtresse) de leur destin, un groupe d'anglais traditionnels de petite ou moyenne noblesse : Roger Carbury vit sur ses terres, alors que d'autres mènent à Londres la grande vie, accumulant les dettes, jouant (trichant même). Lady Carbury intrigue pour qu'on loue ses romans dans les journaux.
   
   Sa fille Hetta parviendra-t-elle à choisir entre ses amoureux, Roger et Paul? John Crumb, le meunier un peu rustaud, convaincra-t-il Ruby de l'épouser? La pauvre Georgiana trouvera-t-elle un mari? A qui Marie Melmotte accordera-t-elle sa main (et son argent)?
   
   Trollope se lance dans une satire des milieux aristocratiques, politiques (Melmotte deviendra candidat à la députation), journalistiques et financiers. Un véritable tourbillon, qui foisonne de personnages, et dévoile sans prendre de gants les travers de son époque, qui ressemble parfois beaucoup à la nôtre. Il y a du Balzac et du Zola chez ce romancier.
   
   Lancez-vous sans crainte dans ces 800 (ben oui, on a affaire à un auteur victorien) pages dynamiques!
    ↓

critique par Keisha




* * *



1000 pages, 2 kilos
Note :

   Titre original : The way we live now
   
   Présentation de l'éditeur :
   
   "Augustus Melmotte est un financier véreux. De ces capitalistes à la morale douteuse qui lancent de vastes opérations spéculatives pour piéger les investisseurs naïfs. A ses côtés jeunes gens de bonne famille désargentés et voleurs, romancières sans talent, politiciens malhonnêtes et journalistes menteurs pour qui la triche est une seconde peau. Car dans le Londres victorien, on trompe, séduit et arnaque comme on respire, on s'adonne à la satire et cela prend des airs furieusement contemporains."
   

   
    Commentaire
   

    Je voulais lire Trollope depuis un moment. Je ne connaissais rien de lui alors j'ai regardé sur Goodreads pour voir lequel de ses romans avait la meilleure cote. J'ai donc commancé "The way we live now" sans trop savoir dans quoi je m'embarquais. Jusqu'à ce que je le reçoive. 1000 pages. 2 kilos quelque. Ok. Ça a été long à lire. Pas parce que ça ne m'intéressait pas, au contraire. Mais je devais poser mon livre sur une table sinon c'était le retour de la traditionnelle tendinite du pouce... Bref, assez de blabla et parlons du roman.
   
    Trollope a - selon la préface de mon édition - écrit ce roman à son retour d'un périple d'un an en Amérique. Il aurait été effaré des changements survenus dans son Angleterre... et c'est ce qui aurait occasionné l'écriture de ce roman touffu. C'est tout le portrait d'une époque qui est dressé entre ces pages. Une époque en plein changement, où l'aristocratie est souvent désargentée, où les apparences sont reines, où le mensonge est l'ordinaire. C'est l'arrivée de la spéculation, c'est la richesse de plus en plus grande de la "vulgaire" classe des marchands et des hommes d'affaire. C'est l'incapacité fréquente de l'ancien monde à s'adapter à cette nouvelle époque. Le roman est foisonnant, il y a énormément de personnages et il est ma foi assez long à se mettre en place. On doit placer les personnages, les chapitres nous baladent de scène en scène et je me suis un bon moment demandé où ça s'en allait, cette histoire. Pourtant, après 200 pages lues assez lentement, j'étais pleinement embarquée dans cette histoire.
   
    Pourtant, pas évident de s'attacher aux personnages! Nous suivons toute une galerie de personnalités toutes plus imparfaites les unes que les autres. Sir Felix Carbury, le "jeune premier" beau comme un cœur est complètement détestable. Il n'a aucun sens des priorités, il passe son temps à boire et jouer à son club, il se fout de tout et de tout le monde excepté lui-même et son petit plaisir. Sa mère, Lady Carbury, en est complètement folle même s'il les ruine, elle et sa fille Hetta. L'amour aveugle. Limite que sa fille, qui est l'un des seuls personnages gentils du roman, lui pèse davantage que son ingrat de fils dans son refus d'épouser l'homme que sa mère lui a choisi, Roger Carbury. Arrive donc dans le décor un multimillionnaire venu du continent, Mr. Melmotte. Financier un peu louche, l'argent lui sort par les oreilles. Notre Lady Carbury n'a donc qu'un seul but: marier son imbécile de fils à Mlle Marie Melmotte, fille du grand homme.
   
    Plusieurs aspects de la société anglaise "passe au cash" dans ce roman. Trollope dénonce à la fois la politique, les journaux qui publient un peu n'importe quoi, les pots-de-vins, la course folle à l'argent, l'arrivée avec grand fracas du capitalisme et des spéculations boursières, les mensonges et les demi-vérités dits par tous et chacun, l'opposition au changement, les préjugés de toutes sortes, que ce soit envers les juifs ou la classe commerçante, l'arrivisme, le saint pouvoir de l'argent qui ne vaut limite plus rien. Presque tout le monde est malhonnête à sa façon mais les personnages ne sont pas unidimensionnels pour autant. Aimables, pas nécessairement. Mais malgré tout, les portraits sont assez réalistes pour que ça frappe. Et bizarrement, même aujourd'hui, ce discours demeure actuel pour certains points. Certaines de ces préoccupations sont encore bien vivantes dans notre monde.
   
    On apprend à apprécier certains personnages. J'ai une affection particulière pour Mrs. Hurtle, la veuve américaine partie retrouver Paul Montague, affection qui s'est développée au fil des pages parce que bon, au départ, ce n'était pas gagné. Ce Paul est bien gentil mais bien faible tandis que Roger Carbury, droit et intègre, reste farouchement campé sur ses positions et refuse d'évoluer avec son temps. Marie Melmotte se découvre des capacités insoupçonnées (je l'aime bien elle) et je n'ai pu m'empêcher d'être fascinée par l'ampleur de l’œuvre de Mr. Melmotte, malgré la teneur de celle-ci. J'ai eu le goût d'étrangler Lady Carbury, de botter le derrière de Sir Felix, de secouer Ruby Ruggles et d'encourager John Crumbs, même s'il fait un peu homme des cavernes.
   
    Les thèmes ressemblent un peu à ceux de Thackeray dans "La foire aux vanités", mais le récit et les personnages sont dessinés à plus gros traits. L'humour est parfois présent, surtout dans les réflexions et dans les contradictions des personnages mais il n'est pas aussi réjouissant que celui de Thackeray ou de Dickens (oui, je les trouve drôles... je n'y peux rien). J'ai par contre beaucoup aimé la structure du récit, qui n'est que plus ou moins linéaire et qui nous trimballe d'un personnage à un autre et qui nous balade dans le temps.
   
    Mille pages donc. Des longueurs? Oui, vraiment. C'est la première fois que je ressens à ce point une publication en feuilleton. Il y a beaucoup de répétitions, de récapitulations. Quand on le lit tout d'une traite, ça devient un peu fatigant. De plus, peut-être que les valses hésitations étaient nécessaires pour qu'un public de feuilleton saisisse bien l'ampleur de la chose, il y a quand même beaucoup de redondance, autant dans les machinations de Mr. Melmotte, dans les démarches de Mrs. Hurtle, dans les parties de cartes de Felix ou dans les chicanes de Dolly Longstaffe et de son père.
   
    N'empêche que le contexte et le roman m'ont passionnée et que ces personnages sont devenus vivants pour moi, probablement en raison de leurs défauts et de leurs failles. Trollope n'épargne presque personne et jette un regard ma foi assez désabusé sur la société victorienne de la fin du 19e siècle. Le tout se tient relativement bien et se comprend très facilement malgré la narration parfois décousue et un narrateur qui s'adresse au lecteur sans toutefois prendre tout à fait forme.
   
    Je relirai Trollope!

critique par Karine




* * *