Lecture / Ecriture
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L'héritage Dickens de Louis Bayard

Louis Bayard
  L'héritage Dickens
  Un œil bleu pâle

Louis Bayard est un auteur américain, journaliste au Washington Post et au New York Times, né à Albuquerque en 1963.

L'héritage Dickens - Louis Bayard

Thriller
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "Enfant malade, Tim Cratchit est devenu célèbre bien malgré lui. Il a en effet été l'un des personnages principaux du roman de Charles Dickens, "Un conte de Noël". C'était lui, le jeune Tiny Tim, qui réussissait à émouvoir le héros du livre, Ebenezer Scrooge, et devenait ainsi l'instrument de sa rédemption. En 1860, une vingtaine d'années plus tard, Tim a bien changé. Lassé de l'image d'Epinal qui lui a trop longtemps collé à la peau, il vit désormais dans un bordel des bas-fonds de Londres, où, en échange du gîte et du couvert, il apprend à lire et à écrire à la tenancière. Il lui arrive également de sillonner la Tamise sur le bateau du capitaine Gully pour récupérer les cadavres qui y flottent. C'est ainsi qu'il repêche un jour le corps d'une petite fille, marqué d'une lettre mystérieuse. Quelques jours plus tard, une autre enfant est retrouvée assassinée, son corps marqué de la même façon. Qui s'en prend ainsi aux petites filles perdues des bas-fonds de Londres? C'est le début d'une enquête passionnante pour Tim, qui va le mener dans les beaux quartiers de la ville, là où tout s'achète et se monnaie. Pris dans un réseau de mensonges, de meurtres et de manipulations, ce qu'il va découvrir dépassera tout ce qu'il a pu imaginer."

   
   
   Commentaire

   
   Il s'agit donc d'un "thriller" victorien (je mets le mot entre guillemets parce qu'en fait, il n'est pas question de suspense haletant, juste d'une atmosphère vraiment sombre et pesante... et je ne sais pas quel mot utiliser, vu que j'ai mon cerveau-du-jeudi-soir, en ce moment) avec Tim Cratchit (Tiny Tim, pour ceux qui ont lu "Un conte de Noël" comme personnage principal. Vingt ans se sont écoulés, Scrooge est toujours vivant et grâce à lui, Tiny Tim est non seulement encore en vie, mais il a pu recevoir une éducation et n'a pas grandi dans la misère totale. Toutefois, Tim n'est pas nécessairement en paix avec sa situation, son histoire ou avec lui-même. Il habite dans disons... une maison de plaisir et donne des cours particuliers à la tenancière. De lecture, hein, pas d'autre chose. Ceci dit, elle ne doit pas avoir besoin de cours... mais c'est une autre histoire, sur laquelle je n'élaborerai pas.
   
   Quand des fillettes sont retrouvées mortes et marquées au fer, c'est plus fort que lui, Tim ne peut s'empêcher d'enquêter. C'est aidé de Colin (j'adore Colin, vraiment), jeune garçon des rues débrouillard, volontaire et prêt pour la grand'zaventure qu'il se retrouvera vite complètement pris dans une histoire qui le dépasse, tout ça pour sauver Philomela, jeune fille aperçue par hasard.
   
   Bien entendu, je me suis demandé pourquoi ce besoin soudain de sauver cette fillette, qu'il ne connaît pas, mais qui l'a marqué. Mais une fois la bizarrerie de cet événement déclencheur acceptée (disons que le sujet de l'enfance est sensible chez Tim), je me suis vite retrouvée dans un univers complètement glauque. L’atmosphère m'a emportée et j'étais réellement dans ce Londres victorien, je me baladais entre des repères connus, sur le bord d'une Tamise odorante et pleine de surprises... souvent mauvaises. On ne sent nulle part en sécurité, on sent rapidement qu'on ne peut faire confiance à personne et l'histoire est prenante. Comme je le mentionnais pas de suspense terrible, mais une histoire qui se tient, cohérente et qui se lit toute seule. Même si on voit venir de loin ce qui se passe pour Philomela, ce n'est pas facile à lire pour autant et il est impossible de penser à ça sans frissonner d'horreur.
   
   Plein de références à Dickens, donc. Bien entendu à "Un conte de Noël", dont certaines parties ont été réinterprétées pour mon plus grand plaisir, rendant ce personnage précis, qui était ma foi un peu lisse et trop parfait, beaucoup plus intéressant avec ses failles et ses brisures. Mais il y a également des clins d’œil à d'autres romans, "Bleak House" ou "Our mutual friend", "David Copperfield", "The old curiosity shop", entre autres. Ok, j'avoue, je les cherchais... et je pourrais continuer encore la liste hein!
   
   Une lecture agréable, donc. Ok, certaines péripéties me sont parfois apparues un peu inutiles, mais dans l'ensemble, j'ai beaucoup apprécié mon moment de lecture. Quoi, y a du Dickens, dedans!
   
   Et j'ai bien envie de lire "Un œil bleu pâle" du même auteur. Je passe toujours un bon moment, avec ce type de roman!
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critique par Karine




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Enquête dans le cruel Londres victorien
Note :

   Avec "L'héritage de Dickens", Louis Bayard nous livre un roman policier sur fond historique qui est aussi un hommage à Charles Dickens
   
    Vous vous souvenez du pauvre enfant infirme et souffreteux, rencontré dans "Un conte de Noël" de Charles Dickens, Timothy Cratchit? Le père du jeune garçon travaillait chez Mr Scrooge, un vieillard, avare et dur, qui le payait si mal qu'il n'avait même pas de quoi faire vivre sa famille, et encore moins faire soigner son fils! Vous vous souvenez comment ce soir de Noël, Mr Scrooge voit apparaître trois spectres qui vont lui révéler l'affreuse solitude qui sera la sienne s'il continue à être aussi pingre et sans cœur? Et comment Scrooge revenu à de bons sentiments se fait le protecteur de la famille Cratchit et de Tim en particulier qu'il fait opérer.
   
    Si vous n'avez pas oublié ce petit garçon exemplaire et méritant, vous aurez le plaisir de retrouver le jeune garçon devenu adulte, de savoir ce qui lui est arrivé et quelles ont été ses relations avec le "bon" Mr Scrooge que nous retrouvons comme personnage secondaire du roman.
   
    Vous n'avez pas lu ce conte? Ce n'est pas grave! Cela ne vous empêchera pas d'apprécier ce roman qui se passe à l'époque victorienne à Londres et dans lequel l'auteur se plaît à nous faire une peinture de la société de cette période et nous introduit ainsi dans les bas fonds de la ville, là où un riche lord dépravé va chercher ses victimes. Car il s'agit d'un thriller sur fond historique, le suspense se mêlant à l'Histoire d'une heureuse façon.
   
    Nous sommes en 1860, vingt ans après le récit raconté dans "Un Conte de Noël", Timothy Cratchit à la mort de son père se retrouve sans le sou, refusant de quémander de l'aide à son tuteur, Scrooge. Il trouve à se loger gratuitement dans un bordel contre des leçons de lecture dispensées à la tenancière, Mrs Sharpe, qui souffre d'être analphabète. Entre deux cours, il gagne un peu d'argent en allant repêcher les noyés de la Tamise avec son vieil ami le capitaine Gully. Cependant, Tim, est bouleversé de découvrir des cadavres de petites filles portant une lettre mystérieuse tatouée sur le corps. Il est bien le seul à s'émouvoir; la police a bien d'autres choses à faire que de retrouver le meurtrier de misérables orphelines que personne ne vient réclamer! Sa rencontre avec Philomela, une petite italienne, poursuivie par un homme inquiétant, va le lancer dans un enquête qui mettra sa vie en péril... et pas seulement la sienne! Il est aidé dans sa quête par le capitaine Gully et par Colin, un petit Gavroche londonien qui n'a pas froid aux yeux!
   
    L'intrigue à rebondissements, témoigne d'une imagination fertile. Louis Bayard nous malmène, nous secoue, nous tire d'un danger rocambolesque pour nous précipiter dans un autre, nous balade dans un roman noir où sévissent des êtres sordides et sans pitié. Nous sommes dans un roman à la Wilkie Collins ou à la Eugène Sue. Les personnages sont bien sympathiques même lorsqu'il sont un peu filous comme l'est Colin. Les méchants sont... méchants à souhait! Bref! un plaisir de lecture qui n'est pas à bouder!
   
    La description de Londres à l'époque victorienne avec ses bas-fonds, ses ruelles sordides, ses pauvres habitations, ses enfants des rues, est très vivante. On retrouve bien la misère que décrivait Dickens et le petit Colin est un personnage qui pourrait figurer dans la troupe des enfants voleurs de Olivier Twist. Louis Bayard peut même aller plus loin dans la description en peignant la vie dans un bordel, ses prostituées mais aussi ses bons bourgeois ou nobles hypocrites qui les fréquentent, description que la société victorienne prude et bien pensante, à l'époque de Dickens, n'aurait pu admettre dans un roman.
   
    Et puis il y a le plaisir, bien sûr, d'une lecture au second degré, en retrouvant Tim mais aussi Scrooge, plaisir de faire des retours en arrière par rapport au Conte de Noël de Dickens. Et force est de constater que Louis Bayard s'est fait un malin plaisir de revisiter le conte moral de Dickens, et non sans ironie, de traiter les personnages à sa manière, avec irrévérence envers l'aspect édifiant du conte.
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critique par Claudialucia




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Maintenant sorti format poche
Note :

   J'avais envie de me détendre un peu et cette brique de 400 pages est très bien pour cela (tant qu'on ne se la laisse pas tomber sur le pied). Je ne reviendrai pas sur l'histoire déjà bien mise en place par les lectrices précédentes, je vais plutôt me tourner vers les personnages, et tout d'abord le principal, Timothy Cratchit, notre ex-enfant malade, devenu un adulte boitant et, de ce fait, douloureux, et peu doué pour les épreuves de force et les bagarres dont sont coutumiers les héros de romans d'action et de suspens. Il est notre narrateur, c'est par ses yeux et sur ses pas que nous progresserons tout au long de cette aventure. Ses pas, je vous l'ai dit, ils sont douloureux et difficiles dans une époque où l'on n'a pas encore appris à respecter le handicap et où l'on est plus proche de jeter des pierres aux malheureux déshérités pour s'amuser. Sans travail, jouissant pour tout revenu de la rente que lui alloue son oncle N. qui est le vieux Scrooge qu' "Un chant de Noël" nous a fait découvrir. Il manifeste une violente antipathie pour cet homme qui, malgré ses défauts de caractère, à quand même toujours soutenu, voire entretenu toute sa famille, et j'avoue que j'ai du mal à comprendre cette hostilité, cela remonte sans doute au conte de Dickens mais, au regard de tous les bienfaits reçus depuis, c'est avoir la rancune drôlement tenace, non? Son frère Peter, qui lui, est devenu indépendant et commence à réussir comme photographe, semble partager son sentiment hostile. Toujours est-il que Timothy voudrait bien pouvoir ne plus dépendre de L'oncle N., mais que pour l'instant, faute d'emploi, il ne le peut. Par mesure d'économie, il est déjà bien heureux d'avoir trouvé à se loger... dans un bordel où une chambre lui est allouée gratuitement, en échange de cours à la tenancière qui, loin d'être sotte, voudrait par dessus tout apprendre à lire. La fréquentation de ce lieu animé amène notre narrateur à user assez souvent d'un langage assez leste, voire cru.
   
   Pour le reste, "En ce qui me concerne, je suis fait pour l'observation". Timothy Cratchit est un contemplatif, sa condition physique l'y incite, je le concède, mais l'observation est aussi le moyen de remarquer et de savoir des choses que les autres ignorent, et cette capacité ne peut qu'être utile à un enquêteur. Tim est hélas également un rêveur, ce qui va plutôt en sens inverse. Il ne s'est pas encore remis de la mort de son père, avec lequel il se reproche de ne pas avoir assez parlé. Aussi, depuis son décès, il ne cesse de s'imaginer lui parlant, lui écrivant des lettres, et lui expliquant ce qu'il ne lui a pas dit avant. De plus, il croit le voir partout lorsqu'il se promène dans Londres, même s'il sait que l'individu qu'il découvre à chaque fois qu'il s'approche, lui est toujours inconnu.
   
   Les personnages secondaires sont intéressants aussi. Cette fois pas tant par leur peinture psychologique, qui est bonne mais pas exceptionnelle, mais plutôt par la fenêtre qu'ils nous ouvrent sur la société de l'époque. Ainsi le vieux capitaine, ami de Tim, qui, à bord d'une barque, sillonne la Tamise à la recherche de cadavres de noyés qu'il repêche moyennant prime, ainsi le personnel de la maison close et son mode de fonctionnement, ainsi que celui de la clientèle, ainsi les "bonnes œuvres" où les "bonnes sœurs" n'ont pas le beau rôles (pas de baisers dans l'aide fournie par les orphelinats) et pour finir, les prostituées, sans être inoffensives, sont moins redoutables que les dames patronnesses.
   
   Il y a aussi les portraits à la Daumier, croqués en quelques traits, mais parlants et plein de vie qui font de ce roman quelque chose de mieux qu'un roman de gare. Ce greffier de tribunal, par exemple :
   "Le greffier est une sorte de nain vouté, momifié et aigri, grimaçant jusqu'à l’extrémité des semelles. Il offre sa bible tel un banquier puis, le déposant ayant juré, dénonce son prêt d'un geste vif dans lequel la satisfaction le dispute à la révulsion."
   
   Pour que l'intrigue arrive à son terme en une conclusion satisfaisante, sur la fin, on quitte peu à peu le domaine de la stricte vraisemblance, mais le lecteur ne s'en offusque pas. Les choses vont comme il le souhaite et il est content. (Le lecteur plus sourcilleux aura calé avant)

critique par Sibylline




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