Lecture / Ecriture
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Les saisons de Giacomo de Mario Rigoni Stern

Mario Rigoni Stern
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  Les saisons de Giacomo
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Mario Rigoni Stern est né en Vénétie en 1921. C’est un montagnard très attaché à ses racines.
Il a participé à la seconde guerre mondiale dans les chasseurs alpins, a été fait prisonnier en stalag pendant des longs mois avant de s’évader.
Il a été publié assez tard.
Il a reçu le prix PEN italien en 1999.
Il est mort en juin 2008 à 86 ans.

Les saisons de Giacomo - Mario Rigoni Stern

Saisons de guerre ou de paix
Note :

   "Un homme se penche sur le passé du pays de son enfance. Nous sommes dans le Haut-Adige, après la deuxième guerre mondiale, sur cette montagne vénitienne dévastée par d'âpres combats. Au fil d'une série de flash-back, le narrateur - qui n'est autre que l'auteur - se souvient des années de misère qui avaient déjà suivi la grande guerre. De son ami Giacomo, qui exhumait le cuivre des obus et des bombes de 14-18, de l'exil des pères vers la Lorraine ou l'Amérique, de la montée du fascisme .." (Présentation de l'éditeur).
   
   
   De Mario Rigoni Stern, j'ai lu seulement un court texte écrit après la mort de son ami, Primo Levi, texte qui m'avait donné envie d'aller plus loin. C'est chose faite avec cette évocation de l'enfance de l'auteur.
   
   Le premier intérêt du livre est son écriture, sobre et lyrique à la fois, qui exalte les beautés de la montagne et de la vie des gens très pauvres qui l'habitent depuis des générations. Les échos de la vie ailleurs y parviennent atténués, la vie s'écoule au rythme de la nature et de ses aléas.
   "Ils dînèrent de pommes de terre bouillies et salées, avec un peu de lait et un œuf chacun. La lampe accrochée à la poutre au-dessus de la table projetait contre le mur leurs ombres, sans réussir à éclairer les coins de la cuisine. Le bois dans l'âtre avait aussi fini de flamber et les braises commençaient à s'habiller de cendre. Giacomo se leva de table, il tira d'une de ses poches une poignée de petites pommes de terre, qu'il frotta pour les nettoyer, et il les mit sous la cendre, ramassant la braise autour avec la pelle pour les retrouver le matin, sentant bon et encore chaudes".

   
   La terre est très marquée par les combats qui s'y sont déroulés, les hommes qui n'ont pas de travail sont voués à devenir des récupérateurs, avec les risques que cela comporte. Et vingt ans après les combats acharnés, la jeune génération repart pour une nouvelle guerre tout aussi meurtrière. Ce sera le sort de Giacomo, dont nous suivons l'enfance et la jeunesse qui sont ponctuées par les départs du père à l'étranger.
   "Aussitôt, la nouvelle que deux amis d'un village voisin avaient été déchiquetés par l'explosion d'une grosse grenade qu'ils voulaient désamorcer, transmise de bouche à oreille, arriva aux récupérateurs, aux bergers, aux vachers, à tous les hameaux. L'angoisse dura jusqu'à ce que chacun ai vu rentrer les siens à la maison. Après, quand on sut de qui il s'agissait, les femmes se réunirent devant les oratoires des hameaux pour dire le chapelet et les litanies ora pro eis et non ora pro nobis".

   
   La montée insidieuse du fascisme transparaît, l'appartenance quasi-obligatoire au parti et aux mouvements de jeunesse. Mais l'essentiel du livre est dans la description de la vie au quotidien, du passage des saisons, du calme et du bon sens des villageois habitués à faire face à toutes sortes de privations et de coups durs. Dans ce milieu très rude, la solidarité va de soi, condition de la survie.
   
   Un livre que je qualifierais de plutôt contemplatif et qui mérite largement que l'on prenne du temps pour lui.

critique par Aifelle




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