Lecture / Ecriture
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Un avenir de Véronique Bizot

Véronique Bizot
  Les jardiniers
  Mon couronnement
  Un avenir
  Âme qui vive
  Les sangliers

Véronique Bizot est une écrivaine française née en 1958.

Un avenir - Véronique Bizot

Risques d'avalanche
Note :

   Prix du style 2011
   
   
   "Quittez cet endroit, me direz-vous, mais j'ai laissé passer le moment où c'était encore possible, a dit la femme, dans la plupart des cas, nous laissons passer ce moment."
   
   Paul, malgré un "rhume colossal" parcourt les 300 kilomètres le séparant de la demeure familiale, pour vérifier qu'un robinet a bien été purgé. C'est en effet le prétexte qu'a trouvé son frère Odd- qui lui a annoncé par courrier qu'il disparaissait pour un certain temps- pour le faire revenir à la maison.
   
   Bientôt la neige va bloquer Paul qui aura ainsi tout le loisir de revenir sur son passé et de reconstituer progressivement l'histoire de sa famille, une famille haute en couleurs!
   
   "Cascade narrative" annonce la quatrième de couverture et c'est tout à fait cela. On se retrouve embarqué dans un récit où les identités se constituent par petites touches, souvent par paires qu'on devine potentiellement interchangeables, où les destins se jouent à peu de choses, évoluent de manière surprenante et où les lieux et les moyens de transport (parfois saugrenus) jouent un rôle essentiel... La boucle sera bouclée mais nous serons entre temps passés des paysages alpestres enneigés aux terrasses monégasques sans oublier un petit détour par la Malaisie.
   
   Il faut accepter de perdre ses repères pour embarquer dans le récit de Paul et le laisser décanter pour mieux le savourer.
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critique par Cathulu




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Grinçant!
Note :

   Paul reçoit une lettre de son frère qui lui annonce qu'il va disparaître quelques temps, et qu'il a oublié, en quittant la maison familiale, de vérifier un des innombrables robinets. Malgré un rhume, et la neige, Paul fait les trois cent kilomètres qui séparent sa vie du passé familial.
   
   C'est noir, c'est grinçant, c'est déstabilisant, on peut dire sans avoir peur de se tromper que Véronique Bizot continue dans la veine de "Mon couronnement ". J'attendais avec impatience son retour mais force m'est d'admettre que j'ai manqué lâcher prise au cours des vingt premières pages. Trop de mal à entrer dans des phrases sinueuses, trop de mal à entrer dans les pensées de Paul, dans cette maison lugubre...
   Puis, petit à petit, le charme a fait son effet. Par petites touches, souvenir par souvenir, Véronique Bizot esquisse le portrait d'une famille naufragée, met en lumière les hypocrisies, la violence et l'absurdité des relations humaines, les mille et une manières de rater sa vie dans l'aller-retour incessant entre le passé de cette fratrie aux ego inconciliables et un présent étouffé sous la neige.
   
   Comme dans "Mon couronnement ", l'humour se mêle au désespoir et de petites bouffées d'air parsèment le récit, l'espoir que les choses puissent changer pointe le bout de son nez. Au final, je suis contente d'avoir embarqué dans cette drôle d'histoire.
    
   
   Extrait :
   
   "J'étais inquiet à l'époque, je le suis d'ailleurs resté, l'inquiétude dans laquelle j'étais enfant ne m'a jamais quitté, pas un jour il ne m'a été possible d'en faire abstraction mais j'ai fini par l'envisager comme un inconfort, rien de plus. Cette inquiétude se manifeste à l'improviste et de façon hétéroclite, j'ai noté qu'elle atteint généralement son point culminant quand ma vigilance se relâche et que j'en viens imprudemment à combiner un nombre excessif de motifs de satisfaction, si bien que tout sentiment d'allégresse est chez moi aussi fugitif qu'un appel d'air entre deux trains qui se croisent à grande vitesse."

    ↓

critique par Chiffonnette




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Prix du style 2011
Note :

    « Le mercredi notre frère m’écrivit qu’il disparaissait pour un temps indéterminé, un bref courrier posté d’une gare que j’ai reçu le jeudi, dont j’ai aussitôt transmis copie aux autres, qu’ils n’aillent pas se lancer dans d’inutiles recherches, et j’ai ensuite parcouru sous la neige, le cerveau embrouillé par un rhume colossal, les trois cents kilomètres qui séparent mon domicile du sien afin de vérifier, comme il me le demandait en post-scriptum, que le robinet d’un lavabo du second étage, à propos duquel il conservait un doute, avait bien été purgé par lui avant son départ. »
   
   
   Première phrase du récit et au final, le prix du style de l’année.
   
   Après avoir reçu cette lettre de Odd, son frère jumeau qui vient de partir brusquement sans laisser d’adresse, Paul, le narrateur, passe quelques jours dans la grande maison de son enfance, en proie à un rhume carabiné. La neige l’empêche de rentrer chez lui, en ville. Alors, c’est emmitouflé dans une robe de chambre usée, chaussé des vieilles pantoufles de son frère qu’il passe de longues journées glaciales en ressassant le passé. Ses trois sœurs sont parties, deux sont mariées, Adina et Dorthéa et Margrete, la dernière est dans un asile psychiatrique. La solitude de cette demeure lui semble d’autant plus terrible que rien ne fonctionne vraiment comme il faudrait. Tout se détériore, les meubles, la télévision, les appareils électriques
   
   Ce que j’ai aimé, c’est que dans cette situation bien peu réjouissante, Paul fasse revivre les souvenirs de sa famille de façon sympathique, son père Harald, si rigide, sa mère gaie et rieuse, si bien que, tout en soupçonnant un geste extrême de la part du frère disparu, on devine que la fin ne sera peut-être pas exactement celle à laquelle on s’attend mais justifiera le titre.
   
   Dommage que cent pages, ce ne soit jamais assez pour moi, bien que de plus en plus à la mode, ces courts récits ne sont ni tout à fait de vrais romans ni tout à fait des nouvelles non plus mais, à part cette restriction, j’ai plutôt apprécié ce livre.

critique par Mango




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