Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie de Nick Flynn

Nick Flynn
  Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie
  Contes à rebours

Auteur américain, poète, né en 1960, dans le Massachusetts.

Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie - Nick Flynn

Encore un bon livre dans cette vie moyenne
Note :

   Sous ce titre peu engageant ne nous trompons pas se cache une œuvre littéraire de tout premier plan. Nick Flynn, pas un premier communiant, a écrit un livre qui s'il s'apparente au récit, au vécu, est aussi une fiction digne des meilleurs romans. Quelques références, Edward Anderson, Nelson Algren, des écrivains de la Crise, et ce n'est pas un hasard. Parlant de son père qu'il n'a pas connu Nick Flynn qui l'a rencontré en travaillant pour les SDF de Boston a écrit entre autres:
   
   "A l'approche de Noël il fait le Père Noël pour l"Armée du Salut. Planté sur un trottoir devant un chaudron noirci, il agite une clochette. Plus tard en marchant dans les rues je m'aperçois pour la première fois de la quantité de Pères Noël, j'en passe des douzaines, un à chaque coin de rue , même chaudron, même costume élimé, mais désormais plane le soupçon que l'un d'eux soit mon père."

   
   Un peu du climat de "L'herbe de fer" de William Kennedy aussi (bien méconnu ce Kennedy là, soit dit en passant). Mais laissons les similitudes. Le style de Flynn est très personnel, narration parfois classique, lettres, flashbacks, formulaires administratifs composent une très belle vitrine qui nous laisse entrer dans ce quotidien des sans abri, version américaine. Le père, Jonathan Flynn, a fait tous les métiers et un peu de prison aussi. Le fils, Nick, a fait tous les métiers, sans aller jusqu'à la prison. Jonathan, assez mythomane, a l'ambition d'écrire un roman (Jack London peut-être, ou Steinbeck). Peu importe. La magie de ce livre bouleversant, profondément américain, tient au fait que ce plus que chaotique rapport familial saura nous toucher, nous prenant à témoin d'un amour père-fils et réciproque qui ne ressemble à aucune autre quête du père en littérature. Thème pourtant omniprésent partout où des mots sont assemblés sur une feuille blanche.
   
   Il me semble, mais peut-être suis-je trop affirmatif, que les bancs occupés de nos cités, je les verrais un peu autrement. Grandeur de la Littérature. Qu'en penserez-vous? A propos, même Shakespeare, qui s'y connaissait en aléas de la vie, apparaît dans cette nuit américaine...
    ↓

critique par Eeguab




* * *



La paternité et le social, sans fard
Note :

   Titre original : Another Bullshit Night in Suck City
   
   
   Après avoir lu "Contes à rebours" et l'avoir beaucoup apprécié, je me devais de découvrir ce premier roman au titre si percutant. Ici encore, il s'agit d’une quasi autobiographie, mais elle couvre la période qui a précédé celle décrite dans "Contes à rebours". On y voit l'auteur, jeune adulte.
   
   Nick Flynn a été élevé par sa mère, séparé de son père, un escroc alcoolique, soit en vadrouille, soit en prison. C'est donc sans père qu'il est devenu un homme. De 24 à 27 ans, au moment dépeint par ce livre, il est en bonne voie de devenir lui-même alcoolique, mais pas escroc. Bien au contraire, il travaille pendant son temps libre dans un refuge pour SDF et c'est sans dégoût ni mépris qu'il traite ces laissés pour compte bien souvent crasseux, agressifs, malades mentaux etc. On est dans la vraie vie, et bien loin du clochard philosophe des romans. L'auteur témoigne d'une bienveillance aussi profonde et sincère que sans illusion, face à ces épaves qu'il côtoie, dont il s'occupe, qu'il douche, dont il n'exclut même pas de faire partie un jour. Il ramasse les clochards, dans la rue, les amène à l'asile, y fait des gardes etc. et lors d'une nuit au refuge, "il arrive que tout se passe bien, mais c'est rare."
   
   En dehors de ce travail, Flynn étudie et écrit des poèmes. Un jour, un SDF particulièrement instable, violent et agressif débarque au refuge... et c'est le père de l'auteur. Qui voit ainsi ce qu'il est devenu et qui fait le point sur sa relation réelle ou fantasmée à son père, et sur sa propre évolution. Cette confrontation sera rude, mais permettra à N. Flynn de réaliser qu'il lui faut se désintoxiquer et lui donnera la force de le faire.
   
   C'est un récit où tout est dit avec franchise, sans dissimulation et plutôt crûment comme savent souvent le faire les Américains. C'est le portrait des dessous d'une mégapole (Boston) et aussi de ce qu'est une société humaine du tout bas de l'échelle sociale. C'est également le récit d'un garçon dont le père est une épave nuisible, qui "avance vers la vieillesse" et qui -un comble pour un fils lui-même auteur!- se présente comme écrivain, auteur d'un livre génial, que personne n'a jamais lu...
   Mais aussi, ce père, n'est-il pas la face affreuse de son propre possible échec? Flynn doit surmonter tout cela pour parvenir à se construire. Cela ne se termine pas en happy end rose bonbon, mais tout de même sur une progression et un message d'espoir. C'était une étape difficile mais nécessaire et Flynn pourra poursuivre sa vie d'homme dont il nous parle dans deux autres livres :
   The Ticking Is the Bomb (Contes à rebours) 2010
   The Reenactments (pas encore traduit) 2013
   
   "Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie" est un livre poignant, éclairant et passionnant.
   
   Ayant donc, poursuivi sa trajectoire et dépassé – forcément blessé- tous ces obstacles, Nick Flynn a terminé ses études, est devenu lui-même enseignant et a publié. Il est avant tout un poète et auteur de "non-fiction" comme disent les Américains, avec ses trois volumes de mémoires. En tant que poète, il est tout à fait reconnu et a reçu de très nombreux prix.

critique par Sibylline




* * *