Lecture / Ecriture
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L'arcane sans nom de Pierre Bordage

Pierre Bordage
  L'ange de l’abîme
  Dès 11 ans: Ceux qui sauront
  La fraternité du Panca
  L'arcane sans nom
  Mort d'un clone
  Les dames blanches

Pierre Bordage est un auteur français, principalement de science-fiction, né en 1955.

L'arcane sans nom - Pierre Bordage

Allah Bordage
Note :

   Sahil est déserteur de l’armée afghane et réfugié, sans papiers, en France. Il vit dans un squat parmi une troupe de satanistes et n’est pas insensible aux charmes de l’une d’entre elle, Ten. Néanmoins, il n’est pas à son aise dans ce monde aux antipodes de sa vie d’avant. Sans papiers, sans le sou, il ne sait quoi faire. Un jour, Méphisto, un jeune sataniste le met en relation avec un homme qui, pour 15 000€ et des papiers, lui propose un marché: tuer une femme. Sahil accepte, mais au dernier moment réalise qu’il est tombé dans un piège et qu’il risque de le payer de sa vie. Refusant de tuer la femme, il doit donc s’enfuir, poursuivi par une bande de tueurs sans scrupules.
   
   Deuxième roman de la collection Vendredi 13, après "Close-up" dont je  vous ai déjà parlé. Même jaquette, même mise en page et police d’écriture très agréables. Des livres qu’on a plaisir à avoir dans les mains. L’idée du directeur de collection, Patrick Raynal: un jour particulier, le vendredi 13, 13 romanciers s’en emparent et rendent leur copie. "Close-up" m’a emballé, "L’arcane sans nom", tout pareil, dans un genre très différent.
   
   Là, ce n’est point l’écriture de Pierre Bordage qui m’a séduit –encore qu’elle n’ait rien à envier à bien d’autres-, elle est simple, directe, efficace, au service de l’histoire, de ses rebondissements et des personnages. La majeure partie du roman se passe à Paris, mais on revient de temps en temps, dans la tête de Sahil, en Afghanistan, dans les combats terribles entre les talibans et l’armée dite régulière, dans les actes abominables perpétués par les deux parties qui bouleversent et hantent encore le jeune homme.
   
   Le voilà bien mal embarqué Sahil: empêtré dans une histoire qui le dépasse, lui qui veut juste aller dans le nord du pays pour émigrer en Angleterre, pays nettement plus accueillant que le nôtre, en ce moment pour les réfugiés, ce qui n’est pas à notre honneur (parenthèse personnelle)! Mal embarqué, certes, mais bien entouré, entre Ten, la jolie sataniste dont il est amoureux, mais qu’il n’ose pas toucher tellement elle est loin de la représentation de la femme qu’on lui a inculquée: "Il se demanda pourquoi il éprouvait ce violent sentiment de jalousie vis-à-vis d’une fille totalement dépourvue des vertus exigées d’une femme, pudeur, fidélité, honnêteté, loyauté…"(p.114) et Djidjo, la jeune fille rom, son ange gardien, la porte d’O Del :
   "-Toi, tu me protèges ? […]
   - Jofranka [la guérisseuse] dit que je suis la porte d’O Del.
   - O Del ?
   Le bien. Elle dit que, si je reste près de toi, j’empêcherai O Beng, le mal, de t’emporter." (p.86)

   
   C’est donc à un audacieux et réjouissant mélange des genres, des cultures, un melting-pot comme on disait dans le temps que nous invite l'auteur. Le choc des cultures pour Sahil, l’opposition entre son éducation et la vie occidentale. Ce roman ne laisse aucun temps mort, ni à Sahil ni aux lecteurs: c'est rapide, efficace, sans chichi.
   
   Néanmoins, Pierre Bordage ne dédaigne pas faire des remarques sur la guerre en Afghanistan, sur notre manière de recevoir les réfugiés: ce ne sont pas des parenthèses personnelles de l'auteur intervenant en tant que tel dans son roman, il met plutôt ses réflexions dans les voix de ses héros. Il est vrai que le monde qu'il décrit, celui des laissés pour compte, des marginaux n'est pas vraiment engageant, ni leur présent ni leur avenir et que la France n’a pas à s’enorgueillir actuellement ni de ses conditions d’accueil ni de ses conditions de reconduite aux frontières.
   
   Action, rebondissements, personnages attachants et bien décrits avec leurs bons côtés mais aussi leurs travers, lieux glauques et situations qui ne le sont pas beaucoup moins, plus le talent et l'efficacité de Pierre Bordage (dont j'avais beaucoup aimé les "Porteurs d'âmes") font que je viens de finir un excellent polar et que décidément, cette collection Vendredi 13 m'a l'air bien prometteuse.

critique par Yv




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