Lecture / Ecriture
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Une histoire des haines d’écrivains - de Chateaubriand à Proust de Anne Boquel

Anne Boquel
  Une histoire des haines d’écrivains - de Chateaubriand à Proust
  Une histoire des parents d’écrivains

Une histoire des haines d’écrivains - de Chateaubriand à Proust - Anne Boquel, Etienne Kern

Le réjouissant petit bout de la lorgnette
Note :

   Livre à quatre mains d'Etienne Kern et Anne Boquel
   
   
   Vous lisez "Voici" ou "Gala" chez le coiffeur? Moi pas, pour un tas de raisons, la 1ère étant évidemment que chez le coiffeur on est sans lunettes et que sans lunettes, je ne lis rien du tout; la seconde -pour les moments où on peut remettre ses lunettes- étant que ces journaux parlent toujours de gens dont je ne vois pas du tout qui ils peuvent bien être. C'est incroyable ce que les anecdotes perdent alors de leur intérêt!
   
   Cette amorce parce que c'est à cela que m'a fait penser cet ouvrage: un siècle de littérature vu exclusivement par le petit bout de la lorgnette. On n'en sort sans doute pas grandi mais indubitablement bien rigolard et j'ai passé un fort bon moment, sans compter qu'au moins là, je voyais de qui on parlait.
   
   L'ouvrage groupe les points de dispute par thème -toujours les mêmes depuis Cromagnon: l'amour, l'argent, le rang social (que dire de l'Académie!?), la politique, les chapelles rivales, sans parler des querelles internes; et suit la chronologie. Sur ce gros siècle, Classiques, Romantiques, Naturalistes, Symbolistes, Parnassiens, se succèdent en grandes vagues et, comme toutes les vagues, créent parfois de belles tempêtes (grandeur nature ou dans un verre d'eau). On a déjà compris qu'être l'ennemi d'une célébrité vous pose un homme et que plus on parle fort, mieux on est entendu. On a déjà saisi l'impact des formules qui frappent (même creuses) et l'on sait parfaitement que l'excès peut être payant s'il touche au bon endroit ou s'il est bien diffusé. Bref, nos ancêtres, fussent-ils littérateurs, savaient parfaitement être indignes et odieux, ils ne nous attendaient pas pour l'apprendre. Pour peu que les circonstances s'y prêtent, les plus grands pouvaient être les plus bas :
   "C'est un esprit eunuque, la couille lui manque, il n'a jamais pissé que de l'eau claire." Nous apprend de Lamartine un Flaubert qui n'était pas le seul à renoncer parfois au strict standard de la politesse. On se lâchait et l'on n'y allait pas avec le dos de la cuiller, croyez-moi:
   "La parfaite stupidité de ce jouisseur et surtout manifestée par des yeux de vache ahurie ou de chien qui pisse, à demi noyés sous la paupière supérieure et qui vous regardent avec cette impertinence idiote que ne paierait pas un million de claques."

   C'est Léon Bloy qui parle de Maupassant. Sans chercher à le flatter comme on le voit.
   
   Arrivée au terme de ma lecture je me suis donc fait la réflexion que nos littérateurs d'aujourd'hui ont la répartie beaucoup moins assassine et que ce n'est pas maintenant que l'un d'eux en traiterait un autre de tænia...
   Eh bien si, justement, car prise d'une suspicion soudaine vis à vis de mon propre angélisme, je suis allée vérifier et ce tænia-là n'a pas un siècle, c'est Houellebeck qui le lança contre Assouline (une querelle intestine, sans doute). Et poursuivant mes recherches j'en ai trouvé pas mal d'autres où l'on ne s'épargnait guère et où l'on tenait à montrer l'étendue de son champ lexical. Ouf! Nous n'aurons pas à rougir de notre époque. Nos écrivains ne s’amollissent pas et sauront se montrer dignes de leurs prédécesseurs. Nous autres, lecteurs, n'en attendions pas moins d'eux. En fait, on attendait bien quelque chose d'autre aussi, mais ça on en parlera une autre fois.
   
   Bref, si vous avez un grand ado qui prépare son bac et qui chouine sur ses cours de lettres, offrez-lui donc ce livre. Il s'amusera bien et il apprendra au passage un tas de choses sur la contemporanéité des hommes (et femmes, pas les dernières celles-là!) de lettres ou sur la chronologie des mouvements littéraires d'une manière qui lui permettra de s'en souvenir sans peine, sans compter que la bonne dame de Nohant l’ennuiera moins quand il saura à quel point elle n'a pas fait qu'écrire des romans champêtres.
   
   Mais à vrai dire, même si vous n'avez plus à vous soucier de votre niveau en histoire de la littérature, juste pour le fun, vous devriez également lire cet ouvrage. Il devrait vous faire passer un bon moment. Pour ma part, je sens que je ne vais pas attendre longtemps avant de m'intéresser à leur seconde anthologie: "Une histoire des parents d'écrivains: De Balzac à Marguerite Duras".
   Humm... Miam ! C'est prometteur.

critique par Sibylline




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