Lecture / Ecriture
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Le Roi ébahi de Gonzalo Torrente Ballester

Gonzalo Torrente Ballester
  Le Roi ébahi
  Le roman du rond-de-cuir

Le Roi ébahi - Gonzalo Torrente Ballester

La reine est nue
Note :

   Il a fallu un grand sens de l'humour et une plume économe au romancier galicien (1910-1999) pour se tirer du récit de cette affaire d'Etat qui tient du conte philosophique. Le roi que le titre mentionne est Philippe IV célèbre au moins par les portraits qu'en fit Vélasquez. Le jeune souverain n'a jamais vu de femme nue avant de passer la nuit avec la belle Marfisa. Son ébahissement se poursuit dans la galerie interdite des peintures collectionnées par son grand-père — Des cochonneries signées Titien et "Hiéromboch": la police des mœurs a rarement le sens de l'art... Désormais, Felipe veut voir aussi sa femme toute nue, il n'en démord pas, et dès la nuit prochaine.
   
   Aussitôt, la Cour et la Ville s'enflamment tel un réseau social surchauffé par l'été brûlant. Pour les autorités, la question se pose de déterminer si le péché du roi pourrait influencer les affaires du pays. Bien sûr, le royaume traverse une crise financière; il vit suspendu à l'arrivée des galions d'Amérique convoités par les corsaires anglais; en attendant le Trésor est soumis au bon vouloir des banquiers de Gênes. Aux Pays-Bas, les huguenots menacent d'écraser les troupes catholiques. Les péchés de la vie privée du roi peuvent-ils réellement faire basculer la vie du royaume tout entier? Dans la débauche, la défaite et la ruine? D'urgence, les bigots œuvrent pour empêcher le roi de revoir la reine, nue ou habillée. Dans les galeries vides, le roi se morfond: «Mon confesseur m'a dit que ce n'était pas un péché. Il est vrai que mon confesseur est mort cet après-midi même. Tu ne trouves pas cela bizarre?» glisse-t-il au comte qui avait déboursé les dix ducats pour payer les services de Marfisa.
   
   Le romancier nous a concocté une gestion de crise très sophistiquée et très plaisante à suivre. Le gouvernement cogite en la personne du Favori (un cavalier célèbre sous le pinceau de Vélasquez, Prado, 1635); il semble s'accorder avec le capucin Villaescusa dont les ambitions de carrière pointent jusqu'à Rome; notons cependant qu'il énerve tout son monde à force de vouloir brûler des sorcières et plein de Galiciens, compatriotes du romancier. Le Grand Inquisiteur calme les esprits et nomme rien moins que quatre commissions de théologiens pour temporiser. Le père Almeida revenu du Brésil, le comte Peña Andrada revenu de la guerre de course, et la belle Marfisa, tous recherchent comment redonner espoir au roi. Les événements qui se produiront au couvent San Plácido — où Marfisa est repliée sur indication du Grand Inquisiteur en personne — ne manqueront pas de donner au nouveau règne des débuts prometteurs. Et des commandes attendues pour Diégo Vélasquez.
   
   
   • Imanol Uribe en a tiré un film qui a remporté huit Goyas.

critique par Mapero




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